« Big Little Lies », un « Desperate Housewives » à la sauce de HBO

SERIE La minisérie avec Nicole Kidman et Reese Witherspoon, chronique acide d’une banlieue aussi riche que cynique, rappelle Wisteria Lane, en plus sombre et fastueux

Anne Demoulin
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Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Nicole Kidman dans «Little Big Lies».
Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Nicole Kidman dans «Little Big Lies». — HBO

EDIT : Après une diffusion sur OCS en France, c'est au tour de TF1 de diffuser, dès ce mardi soir, Big Little Lies. A cette occasion, nous vous invitons à relire cet article sur une série brillante.

Comme Desperate Housewives, Big Little Lies, la nouvelle minisérie événement de HBO avec Nicole Kidman, met en scène la vie, en apparence parfaite, de cinq femmes dans la ville côtière et huppée de Monterey en Californie. Si, en surface, les embrouilles entre mamans embourgeoisées au bord de la crise de nerfs font pas mal penser à Wisteria Lane, l’univers de la série diffusée dimanche aux Etats-Unis sur la chaîne câblée américaine et lundi en France sur OCS, gagne en profondeur à chaque épisode. Comment Big Little Lies est une version plus fastueuse, plus sombre, plus classe et plus léchée encore que la série culte de la chaîne publique d’ABC ?

Un casting cinq étoiles

Créée par David E. Kelley, le showrunner d’Ally McBeal, la série est adaptée du best-seller de l’Australienne Liane Moriarty, paru en septembre 2016 en France sous le titre de Petits secrets, grands mensonges. La série bénéficie de la mise en scène léchée de Jean-Marc Vallée, le réalisateur canadien à qui l’on doit entre autres C.R.A.Z.Y, Wild ou encore Dallas Buyers Club.

On retrouve pas mal de Susan Mayer, Lynette Scavo, Edie Britt, Bree Van de Kamp et Gabrielle Solis dans les cinq personnages féminins principaux de Big Little Lies. Nicole Kidman incarne Celeste, ex-avocate, maman de jumeaux, maltraitée par son riche mari de banquier. Reese Witherspoon campe Madeline, une femme au foyer bavarde et débordante d’énergie qui ne supporte pas de voir sa fille aînée se rapprocher de la nouvelle épouse de son ex, plus jeune et plus hipster, Bonnie, jouée par Zoë Kravitz. Shailene Woodley, l’héroïne de Divergente et Nos Etoiles contraires, interprète Jane, une jeune mère célibataire, au passé trouble, nouvelle en ville. Laura Dern, l’inoubliable révélation de Blue Velvet, crée une irrésistible Renata, femme d’affaires et mère de famille aussi brillante que névrosée. Ces stars hollywoodiennes sont épaulées par Alexander Skarsgard (True Blood), James Tupper (Revenge, Grey’s Anatomy) et Adam Scott (Parks and Recreation). Tous livrent une interprétation impeccable.

Une chronique cynique 

Si dans Desperate Housewives, tout commençait par un suicide, ici, tout commence par un meurtre, survenu en pleine fête de l’école. Ce meurtre sert de fil rouge aux 7 épisodes. Au flash-back sur les événements qui ont conduit au meurtre, le montage, admirable, frôlant parfois l’épilepsie, mêle les visions et souvenirs des personnages, et les interrogatoires de l’enquête. Ces derniers font écho aux ragots qui gangrènent cette petite communauté aussi riche que cynique, bien plus assassine que le voisinage de Fairview. Big Little Lies, au-delà de la guerre d’ego entre mamans nanties qu’elle semble devoir raconter, au-delà du thriller où l’on se demande « qui a été tué ? » et « par qui ? », creuse derrière les visages de façade pour dévoiler des visages meurtris.

Alors que sa fille benjamine lui demande pourquoi elle contemple l’océan, Madeline (Reese Witherspoon) se lance dans une vague énumération de ce qu’il renferme : « La vie… les rêves… les mystères ». « Des monstres ? », renchérit la petite fille. « Qui sait vraiment ce qui se cache sous la surface ? », lui rétorque Madeline. L’océan déchaîné des fastueuses maisons de Monterey évoque alors le Montauk de The Affair. Derrière le sourire sardonique de ces Desperate Housewives de luxe aux répliques bien senties, Jean-Marc Vallée dépeint des drames humains, où il est question de violences conjugales notamment.