«Le Grand Journal» s'arrête: Une tragédie télévisuelle en cinq actes

ESPRIT CANAL ES-TU LA? Après 12,5 saisons, «Le Grand Journal», émission phare et vitrine de Canal, s'arrête en pleine saison, symbole d'un échec cinglant...

V. J.

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Dans le décor du «Grand Journal», en 2015.
Dans le décor du «Grand Journal», en 2015. — Xavier Lahache - Canal+

« C’est la fin du Grand Journal, on s’éclate. » Enfin, plus vraiment. Impossible de ne pas repenser à la parodie « sinistrose » du Palmashow alors que Canal + vient de signer la mort de l’émission après 12,5 saisons, quatre animateurs, des dizaines de chroniqueurs et une audience passée de 2 millions de téléspectateurs à moins de 100.000. Oui, ça fait mal.Le Grand Journal était le programme phare de Canal +, la vitrine de la chaîne cryptée, il ressemble aujourd’hui à une tragédie télévisuelle. En cinq actes.

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Le Grand Journal digne successeur de Nulle part ailleurs

Après la fin de NPA en 2001, Canal + se cherchera plusieurs années en access, avec - rappelez-vous - Burger Quiz avec Alain Chabat, Hyper Show avec Frédéric Beigbeder, Maurad contre le reste du monde, Merci pour l’info avec Emmanuel Chain ou 20h10 pétantes avec Stéphane Bern. Ce n’est qu’en 2004 que la chaîne cryptée, avec le producteur Renaud Le Van Kim et l’historique Michel Denisot, retrouve la formule gagnante. Une formule plus politique et plus promotionnelle (et consensuelle ?), qui trouvera son public au fil des saisons, et il faut le dire, des pastilles devenues cultes comme la Minute Blonde, le SAV d’Omar et Fred, Le Petit Journal de Yann Barthès ou Bref. avec Kyan Khojandi. Le Grand Journal, c’était alors près de deux millions de téléspectateurs, 10 % de part de marché et un record d’audience à 4,8 millions avec Johnny en invité. Le feu.

Le Grand Journal face à l’usure et la concurrence

Comme toute émission installée, LGJ doit faire face au quotidien, à la répétition, à l’usure. Et à la concurrence. Les autres chaînes veulent leur part du gâteau, et lancent donc leur talk show de soirée : C à vous sur France 5, Vous êtes en direct sur NRJ 12 ou Touche pas à mon poste sur D8. Ce n’est pas un hasard si la dernière saison de Michel Denisot à la tête du Grand Journal en 2012-2013 est aussi la première de Cyril Hanouna sur D8. Pour enrayer la baisse d’audience et draguer la nouvelle génération, Canal tente la co-présentation et le combo Michel Denisot-Daphné Bürki, mais se plante. Il faut changer tout ça, faire table rase du passé, laisser la place aux jeunes. Qui ? Antoine De Caunes ?

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Le Grand Journal fait du jeune avec du vieux

Dans un espoir de ressusciter ce bon vieux « esprit Canal », Le Grand Journal est donc confié à Antoine De Caunes à la rentrée 2013. Jamais vraiment à l’aise dans son costume d’animateur, ce dernier ne sera pas aidé ni par la valse des chroniqueurs, ni par les capsules peu mémorables des humoristes de la génération YouTube. Ah oui, et avant, il y avait le Before. De Caunes tiendra deux saisons, avec des chiffres d’audience qui paraîtraient aujourd’hui plutôt bons et stables, au-dessus d’un million de téléspectateurs.

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Le Grand Journal à l’ère Bolloré

C’est le début de la fin, l’année de tous les dangers. Avec l’arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal + en 2015, plusieurs émissions sont menacées de disparition, dont les Guignols et Le Grand Journal. Il les laisse à l’antenne, mais ne berne personne. Adoubée par le big boss, Maïtena Biraben est assurée d’animer LGJ jusqu’en 2020. Quelles que soient les audiences. Vraiment ? L’émission passe sous les 500.000 téléspectateurs, et doit faire face à des polémiques en plateau, et des tensions en coulisses. Premier clou dans le cercueil : Le Grand Journal ne descend pas sur la Croisette pour le festival de Cannes. 2020 ? C’est loin.

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Le Grand Journal porté disparu

Bolloré a tenu sa promesse… bah non en fait. Maïtena Biraben est virée pour faute grave et remplacée pour la saison 2016-2017 par son joker, Victor Robert. Et… qui a un quelconque souvenir de l’émission depuis la rentrée ?  La blague nulle de Miss Météo, la blague nulle de Lamine Lezghad, et, ah oui, la blague nulle du clair et du crypté. La guerre de l’acess se joue maintenant entre TPMP et Quotidien, tous deux millionnaire, tandis que Le Grand Journal peine à dépasser les 100.000. Lorsque la rumeur évoque son remplacement par Morandini, c’est que c’est vraiment la fin. RIP. Next : Le Petit Journal ?