Fin de «Girls»: La série de Lena Dunham est-elle vraiment générationnelle?

SERIE TV En six saisons, «Girls», la série de Lena Dunham, a bougé les lignes de la télévision US, mais a-t-elle donné une voix à une génération de spectateurs et d'auteurs?...

Vincent Julé

— 

Les «Girls» tirent leur révérence après six saisons
Les «Girls» tirent leur révérence après six saisons — HBO

« Je pense que je pourrais bien être la voix de ma génération. Ou au moins, une voix d’une génération. » En une réplique, lâchée par son personnage Hannah dès le pilote, Lena Dunham disait déjà tout - ou presque - sur sa série Girls, et sur elle-même. Après six années, et alors que l’ultime saison a débuté dimanche sur HBO, et lundi sur OCS, que reste-t-il de cet acte de foi, de cette promesse ? Alors oui, Girls a fait bouger les lignes, devant et derrière la caméra, mais est-elle devenue une série générationnelle ? Ou au moins, la série d’une génération ?

>> Grâce à «Girls», on ne verra plus les corps féminins comme avant

« Ce sont mes amies et je ne les ai jamais vues à la télé »

A l’occasion de ces 10 derniers épisodes, avant un possible film, Lena Dunham est revenue pour The Hollywood Reporter sur les origines du projet, et sur le mémo qu’elle a envoyé à HBO. Pas une bible de 30 pages, pas le scénario du pilote, un mémo. A HBO, la chaîne des Soprano, de Game of Thrones mais aussi de Sex and the city. «  Sex and the City dépeignait des femmes aux carrières brillantes, que leur horloge biologique rendaient folles, écrivait-elle alors. Gossip Girl parle de perdre sa virginité et de gagner en popularité. »

« Mais entre l’adolescence et la vie d’adulte, il existe un entre-deux inconfortable, continue l’actrice et scénariste, où les femmes sont éjectées de la fac pour un monde sans glamour ni repères. Une période à la fois déchirante, hilarante et terriblement humaine. Ces filles sont surdiplômées et sous-employées (…), ces filles sont magnifiques et exaspérantes, conscientes et égocentriques. Ce sont vos petites amies, vos enfants, vos soeurs, vos employées. Ce sont mes amies et je ne les ai jamais vues à la télé. »

>> Lena Dunham: «J'ai réalisé que la nudité pouvait avoir un pouvoir politique»

Générationnel et surtout américain

Lena Dunham y voit le pire pitch jamais écrit, « effrayant et prétentieux », mais elle y identifie bien une génération, voire une intergénération. « Cet entre-deux est un phénomène social et culturel très ancré aux Etats-Unis, explique Iris Brey, journaliste spécialisée et auteure de Sex and the series - Sexualités féminines, une révolution télévisuelle (SOAP Editions). A l’instar du lycée, les quatre années à la fac - les fameuses freshman, sophomore, junior et senior years - sont un rituel de passage, quelque chose qu’on commence ensemble et qu’on termine ensemble. Ce n’est pas toujours appréciable pour nous Français, car il n’y a pas d’équivalent, il est toujours possible de reprendre ses études plus tard. Là-bas, une fois diplômé, tu es livré à toi-même. C’est donc autant générationnel qu’américain. »

>> «Not that kind of girl» de Lena Dunham: Les mémoires d'une jeune fille pas rangée

« On y parle de sexualité, d’amitié, de féminité différemment »

Les lycéens ont leurs histoires et séries (Dawson, Hartley, Gossip Girl), les étudiants aussi (Felicity, Undeclared, Greek), mais les jeunes de 23-24 ans ? Même les héros de Friends ou Big Bang Theory approchent plutôt la trentaine. Lena Dunham a ainsi donné une voix à ces « laissés pour compte » de la société et de la télé américaines, « mais aussi un langage contemporain » ajoute Iris Brey : « On y parle de sexualité, d’amitié, de féminité différemment. Il y avait bien sûr Sex and the city ou The L Word, mais par exemple, c’est la première fois qu’on voit des filles éduquées avec le porno, et l’influence qu’il a pu avoir sur leurs relations. »

Mais quatre filles blanches et artistes à Brooklyn sont-elles représentatives de leur âge, de leur génération ? « Quand la télé résume la société à des hommes blancs de 40 ans, personne ne dit rien, non ?, renvoie la journaliste. C’est très réducteur, un faux procès même. Pourquoi Lena Dunham ne pourrait-elle pas parler de sa génération par le prisme de quatre "girls" blanches ? »

>> «Girls» : Un clap de fin au goût amer pour Lena Dunham

La voie d’une génération

Avec une moyenne de 500 à 600.000 fidèles par épisode, Girls n’a pas non plus été un succès d’audience. Son influence est pourtant bien réelle sur une génération de spectateurs, et encore plus sur une génération d’auteurs. « Girls est aussi générationnelle, parce qu’elle a vu une femme de 24 ans créer, produire et jouer dans sa propre série. Lena Dunham a ouvert la voie, d’autres se sont vues en elle et dit que c’était possible, à l’instar des créatrices des séries Fleabag, Chewing Gum ou même Transparent. »

Lena Dunham aura beaucoup fait parler d’elle en six années de prises de position, de débats polémiques, de réseaux sociaux, au risque, parfois, d’éclipser sa série. Mais il ne faut pas s’y tromper, c’est dans Girls qu’elle a fait le plus de travail sur elle, sur son héroïne Hannah et sur la série elle-même. C’est pourquoi il était temps d’arrêter. A maintenant 30 ans, elle n’est plus la même. Plus de la même génération ?