Enora Malagré : «Si vous n’aimez pas "TPMP", c’est que vous n’aimez pas les gens, non?»

INTERVIEW Enora Malagré débute 2017 avec une nouvelle émission, « Le Van » sur CStar, la tête pleine de projets mais aussi l’envie de prendre du recul, et de se confier à « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Vincent Julé

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Enora Malagré, chroniqueuse et animatrice de télévision et de radio.
Enora Malagré, chroniqueuse et animatrice de télévision et de radio. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

2017, bientôt 37 ans, sept ans de Touche pas à mon poste et… sept ans de réflexion ? Ce lundi soir à 23h45 sur CStar, les téléspectateurs pourront découvrir Enora Malagré dans une nouvelle émission et un nouvel exercice avec Le Van, dont l’incontournable Ahmed Sylla est le premier invité. Mais l’animatrice et chroniqueuse parle en 2017 de prendre du recul par rapport à la télévision - « une machine qui te broie » - pour réaliser d’autres projets, un livre (« un roman, pas très gai ») et peut-être un retour à la radio. Son rêve est de devenir la nouvelle Macha Béranger. Mais, et TPMP, et Baba, dans tout ça ? Pas d’inquiétude, elle ne quitte pas l’émission, mais des choix vont être faits. Et des questions vont être posées par 20 Minutes.

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Pourquoi Le Van est-il diffusé sur CStar et pas C8 ? Vous êtes punie ?

La question s’est posée, et j’ai eu le choix. Le Van n’a pas sa place sur C8, qui fait du divertissement, des produits canapés, et qui est déjà très incarné. CStar, il était temps de la faire grandir, de l’incarner. C’est même une demande de Vincent Bolloré. Mes invités sont dans l’ADN de la chaîne. On y parle autant de bonne musique (je reçois Tété ou Philippe Katerine - sa rencontre lunaire avec Arielle Dombasle est le moment le plus fou de ma carrière), que de Jack Kerouac ou Antonin Artaud. CStar prend un virage, d’autres choses sont d’ailleurs prévues, certaines avec moi.

TPMP, Derrière le poste, Le Van… Plusieurs émissions, plusieurs Enora ?

Dans la vie, tu n’es pas monolithique, tu es différent avec ton père, ton mec, tes amis. A la télé, c’est pareil. Dans TPMP, il y a une facette de moi, un personnage très outrancier, très clivant. Derrière le poste correspondait plutôt à comment je suis avec mes parents, et Le Van à moi avec mes potes, mes amoureux. La parole est plus libre, plus profonde, et je m’efface derrière l’artiste. Au montage, j’ai d’ailleurs viré le plus possible de plans sur moi.

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Peu le savent ou s’en souviennent, mais vous avez commencé sur… Arte !

J’ai travaillé longtemps sur Arte, pendant quatre ans, en parallèle à Nova. Non, mais faut pas croire, avant, je faisais des trucs sympas. (rires) J’y ai présenté ma première émission télé, Juke Box Memories, et créé des objets ovniesques pour Die Nacht.

Lors de votre entretien d’embauche, Cyril Hanouna aurait mis son sexe sur l’épaule d’un collègue et vous auriez trouvé ça génial. C’est une histoire vraie ou une légende urbaine ?

Pour moi, c’était une performance artistique. Faut remettre dans le contexte. A l’époque, je sors de Nova et Arte, je fais des chroniques sur le théâtre contemporain. Et là, je rencontre un mec, qui, d’un coup, dépose son sexe sur l’épaule de sa camarade, ou son pote je sais plus, en disant « C’est un perroquet-teub ». J’éclate de rire, forcément. Il est fou, on est dans le performatif.

Vraiment ?

Et pourquoi pas ? Ne soyons pas snobs ou méprisants. Pourquoi les envolées scato de Cyril ne seraient pas des performances ? Lorsque John Waters fait manger de la merde à Divine, les gens crient au génie. C’est marrant quand même, non ? Pourquoi Cyril n’aurait pas la carte arty aussi ? Je pose la question.

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TPMP est l’émission la plus commentée, la plus critiquée, du PAF…

Parce qu’elle est la plus regardée ! Cyril n’a jamais fait autant d’audience, avec 1,7 million de téléspectateurs chaque soir. En revanche, ce qui est chouette cette saison, c’est qu’il y a une autre proposition avec Quotidien. Yann Barthès, je l’adore, Cyril l’adore. Il a réussi ce tour de force de récupérer tout son public de Canal et de l’amener sur… Télé Monte Carlo s’il te plaît. Peu de gens y croyaient, donc chapeau. Mais il n’y a aucune concurrence, aucune guéguerre, si ce n’est pour les médias. Nos publics ne sont pas les mêmes.

L’année dernière, l’émission a connu de nombreuses polémiques, et de nombreux signalements au CSA. De la part non pas des médias mais bien des spectateurs.

Avec le succès, le projecteur est d’autant plus braqué sur nous. Sans parler de cette tendance, très française, de brûler ses idoles. De notre côté, c’est vrai qu’il y a eu des maladresses, des débordements, mais il ne faut pas oublier que nous faisons du direct tous les jours depuis sept ans. Tous les jours ! A force, tu es dans ta bulle, tu ne te rends pas forcément compte de tout. Mais Cyril a fait son mea culpa, et le CSA fera son boulot.

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Cyril Hanouna a-t-il donné des directives cette saison, pour une émission plus assagie, plus « médias » ?

Je suis là depuis sept ans, et le mec refait le conducteur tous les 15 jours, pour ne pas lasser les gens. Si consignes il y a, il les donne en direct. Quand Jean-Michel Maire va trop loin, il le fait sortir du plateau. Quand j’utilise des mots trop colorés, je me fais reprendre. C’est son rôle, il fait ce qu’il peut.

Mais le faire en direct, n’est-ce pas le problème ? Invité, Vincent Elbaz l’a exprimé en plateau au sujet du clash Arthur/Verdez : Pourquoi laver son linge sale en public ?

(silence) Je vois ce que vous voulez dire. C’est compliqué pour moi de répondre, ce n’est pas mon émission. Je suis une employée, je viens travailler, je réagis aux sujets du jour. Mais Cyril a instauré que les spectateurs votent aussi pour le sommaire de l’émission, pour les sujets médias qui les ont marqués. Et ce qui les marque, c’est TPMP.

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Cyril Hanouna a toujours la même réaction aux polémiques, un peu réductrice : Si les médias parlent de TPMP, c’est pour faire du buzz sur le dos de l’émission…

Si la gifle de JoeyStarr ou l’affaire Society n’avaient pas été médiatisées, nous n’en aurions pas reparlé. Libre à vous, journalistes, d’être dans l’indifférence. Mais tout le monde les a reprises, et je comprends, puisque Cyril est une personnalité importante du PAF, l’animateur du premier talk-show de France. C’est donc aussi normal que TPMP en parle.

TPMP n’est plus seulement une émission télé, mais également un phénomène sur les réseaux sociaux, avec par exemple les fanzouzes. Comment le vivez-vous ?

A l’aube de mes 37 ans et à près d’un million de followers, j’ai beaucoup de mal. Je lis de temps en temps les commentaires, mais moins qu’avant. Sinon tu deviens fou. Tu peux avoir un monologue d’amour, d’une personne qui te dit que sans toi, elle serait morte, suivi d’une autre qui souhaite ta mort, tout simplement. Tu te couches en te demandant qui tu es, pourquoi tu fais ça. Je ne suis qu’une chroniqueuse télé, je ne fais rien. Mais ça fait partie du job, et de la vie. Quand tu ne vas pas bien, tu es content d’avoir cette fanbase. Donc c’est top, mais pas simple. Nous vivons dans une nouvelle société, qui à la fois me désespère et dont je fais partie. Philosophiquement et psychiatriquement, c’est intéressant, j’ai envie d’écrire là-dessus. Les réseaux sociaux nourrissent la télé, qui est devenue elle-même un réseau social, un Facebook Live permanent. Elle s’en est nourrie pour survivre, en est le reflet. Là où Cyril a été très fort, c’est qu’il a fait de TPMP une émission sociale, une émission qui ressemble aux gens, une émission qui est faite tous ensemble. Et donc si vous ne l’aimez pas, c’est que vous n’aimez pas les gens, non ?