On a regardé le final de «Westworld » avec un des papas du robot Nao

SERIE Le roboticien Rodolphe Gélin, l’un des papas des robots français Nao, Romeo et Pepper, commente pour « 20Minutes » le dernier épisode de la nouvelle série culte de HBO, diffusée en France sur OCS…

Anne Demoulin

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Anthony Hopkins joue un roboticien dans la série «Westworld».
Anthony Hopkins joue un roboticien dans la série «Westworld». — HBO

Il est l’un des papas des robots français Nao, Romeo et Pepper. Rodolphe Gelin, directeur de recherche chez SoftBank Robotics, leader mondial de la robotique humanoïde, partage avec le docteur Ford de Westworldla passion de la mécatronique. Le chercheur a regardé le final de la nouvelle série culte de HBO, diffusée en France sur OCS, qui sera de retour à l’antenne en 2018, à la rédaction de 20 Minutes. Le final qui dure exceptionnellement une heure et demie, enchaîne les révélations. Si vous n’avez pas regardé le dernier épisode, cet article contient des spoilers !

La belle mécanique de Dolores

Le dernier épisode s’ouvre sur Dolores, en train de se faire réparer, on voit entièrement sa mécanique interne. « Enfin, j’attendais de voir l’intérieur depuis longtemps ! », se réjouit le roboticien. Il aura fallu attendre le dernier épisode de la série créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy pour découvrir les rouages des robots humanoïdes du parc à thèmes imaginé par Michael Crichton dans les années 1970. « La série ne montrait jusqu’alors qu’une sorte d’imprimante 3D. C’est bien vu. Mais on n’a pas d’infos sur comment la partie électronique, la motorisation ou la peau sont conçues. Quand Dolores est blessée, on entraperçoit des vérins classiques. Là, on peut voir son exosquelette », commente le chercheur. Rien de bien révolutionnaire, selon l’expert. « On voulait leur piquer des idées de fabrication, mais on est un peu déçus ! (Rires). Tout dans la série relève d’“un ingénieux dispositif” comme disait Jules Verne. »

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Le mystère de l’homme en noir

La théorie des fans s’est confirmée : l’impitoyable homme en noir, obsédé par le labyrinthe, n’est autre que le tendre William. « C’est pour ça que nos robots ont l’allure de robots pour qu’il n’y ait jamais de malentendu », explique Rodolphe Gelin, dont l’entreprise fabrique des « robots avec des têtes de robots ». Westworld montre des humains qui ne pensent « qu’à tuer et à baiser ». Pas une fatalité, selon l’observateur qui considère cependant que « l’intérêt de la robotique humanoïde, c’est d’en apprendre beaucoup plus sur l’homme, tant dans son fonctionnement interne, que dans la façon dont nous, hommes, interagissons avec les autres hommes. » Le marché du robot à usage sexuel existe d’ores et déjà. « Les Japonais réalisent des machines dans ce sens-là. Les premières n’étaient pas du tout anthropomorphes, mais des machines compliquées, qui simulaient des mouvements de bassins complexes. Il y a aussi des poupées gonflables de plus en plus sophistiquées. Il y a des chances pour que ce soit la branche de la robotique qui marche le mieux, comme dans tous les domaines. » Un follower de 20Minutes sur Twitter ose la question : « Avoir des rapports sexuels avec un robot, c’est tromper ? » « La série a inspiré les internautes ! Si c’est juste du sexe et qu’on ne tombe pas amoureux… c’est un autre débat », s’amuse le roboticien.

Les souvenirs de Dolores

Autre théorie confirmée, la série enchevêtre différentes époques et des souvenirs que Dolores revit sous forme d’hallucinations. Plausible pour le roboticien. « Je peux montrer à un robot un milliard d’images pour qu’il apprenne à reconnaître des bouteilles, puis le configurer pour qu’il reconnaisse des voitures. Pour cela, je retire quelques couches supérieures de ses programmes et je garde tout le reste, le deep learning, ce qui permet au robot de reconnaître les contours, etc. Tout ce que le robot voit pour apprendre lui forme une sorte d’inconscient. Au bout d’un moment, le robot ne sait plus pourquoi quand il voit une bouteille, il conclut que c’est une bouteille. Cette configuration de son réseau de neurones lui fait une sorte de mémoire rémanente. »

Le labyrinthe ou l’émergence de la conscience du robot

Le fameux labyrinthe, l’obsession de l’homme noir, est une métaphore, utilisée par Arnold pour pousser Dolores à développer sa conscience. « C’est n’importe quoi ! Un robot n’est que le fruit de programmes qui s’exécute. Il n’a pas de libre arbitre », tranche le roboticien.

Le final sur la plage

Le nouveau scénario imaginé par le docteur Ford s’achève par un final larmoyant sur fond de soleil couchant avec Dolores et Teddy. « Une fois qu’on aura donné aux robots une apparence parfaite, on pourra remplacer les acteurs, les robots-acteurs n’embêteront pas le producteur, c’est une belle réflexion sur le rôle de l’acteur », remarque le roboticien. Les parcs d’attractions font d’ores et déjà appel à des automates. « Disney a été un des premiers à les utiliser dans ses parcs à thèmes, d’abord des oiseaux robotisés, puis des Capitaine Crochet, etc. Ce ne sont que des automates, mais, c’est un début. »

Le scénario de Ford ne s’arrête pas là. Il a manipulé Dolores pour qu’elle l’assassine devant tout le board de Délos au beau milieu de la soirée d’inauguration dudit scénario, et avec une armée d’autres hôtes, prêts à en dégommer avec les invités. La révolte des robots peut commencer, mais où sont donc passées les lois d’Asimov ? « L’idée d’Asimov était de mettre un programme en dessous des autres qui confère une espèce de conscience qui surveillera tous les autres programmes. C’est super-compliqué. Comment le robot peut-il analyser que ce qu’on lui demande de faire va tuer quelqu’un ? », rétorque le chercheur.

La fuite inachevée de Maeve

Maeve poursuit sa tentative d’évasion. Au cours de celle-ci, on découvre qu’il existe bel et bien d’autres parcs, dont un avec des samouraïs.

Maeve n’est pas la rebelle que l’on pense, mais l’objet d’un scénario baptisé « évasion ». « Dans notre studio, on a des linguistes, des scénaristes, des gens qui viennent du jeu vidéo. Derrière le robot, il y a vraiment tout un travail de game play. Il faut que les gens ne se lassent pas de nos robots. Dans Westwold, les visiteurs ne passent pas leur vie avec, à la différence de notre robot Pepper, qui doit accompagner les personnes âgées tous les jours. Les problèmes que posent Westworld tiennent en fait plus de l’avenir du jeu vidéo que de la robotique. Quand on se promène dans un beau jeu vidéo, il y a des tas de personnages qui sont pilotés par une intelligence artificielle. ».

Maeve parvient à rentrer dans le train qui pourrait la libérer du parc, mais se ravise pour aller chercher le robot qu’elle considère comme sa fille. « Tout était programmé. Un robot n’a pas, comme un homme, de libre-arbitre », se réjouit le chercheur, agréablement surpris par ce retournement de situation. Alors, Westworld est-elle une bonne série sur la robotique ? « Real Humans, même si les robots sont beaucoup plus avancés que les nôtres, posait des problèmes plus réalistes auxquels nous réfléchissons. Westworld pose des problèmes de riches et part trop loin dans le futur. Cette série pose des problèmes que l’on n’est pas près de se poser. » Nous voilà rassurés !