Grève à iTélé: Le moral au plus bas, comment les journalistes (sur)vivent-ils?

SOCIAL iTélé est entrée dans sa quatrième semaine de grève, et donc dans l’histoire de la télévision française, alors que les journalistes sont à bout moralement et financièrement…

V. J.

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Lors d'une manifestation de soutien devant iTélé à Boulogne, le 28 octobre 2016.
Lors d'une manifestation de soutien devant iTélé à Boulogne, le 28 octobre 2016. — ALAIN JOCARD / AFP

Ce lundi, les salariés d’iTélé  ont reconduit la grève pour une 22e journée d’affilée, entrant ainsi dans leur quatrième semaine de mobilisation, et par la même occasion dans l’histoire de la télévision française. Une situation inédite, que les journalistes de la chaîne info vivent tant bien que mal. Plus mal que bien, alors que la direction joue la montre, « le pourrissement ». Le terme, violent, revient dans toutes les bouches, pigistes, CDD et CDI.

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Interdiction d’entrer

« Nos badges sont bloqués depuis quelques jours, lâche Claire*, une fidèle pigiste. C’est la première fois. Selon la direction, c’est pour des raisons de sécurité et d’assurance, mais ils tiennent une liste noire à l’accueil. Interdiction aux agents de nous laisser entrer, et interdiction aux salariés de nous faire monter comme visiteurs. » Une dizaine de journalistes ont ainsi vu leurs piges annulées, et participent aux assemblées générales quotidiennes pour avoir des réponses. « Une RH a été prise à partie lundi, mais elle n’avait rien à répondre la pauvre : "Je n’y suis pour rien, je ne sais rien" », témoigne Claire.

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« Nous avons mille questions par mois, et aucune réponse »

Une salariée, Anita*, confirme être maintenue dans la confusion. Même ses N + 1 ou +2 ne savent pas de quoi il retourne : « Nous avons mille questions par mois, et aucune réponse ». Jean*, en CDD, évoque des journées très difficiles, au gré des AG. « Jeudi dernier, un rédacteur en chef adjoint a fait le possible portrait d’iTélé dans quelques années, devant une rédaction les larmes aux yeux. Dans ces cas-là, le moral en prend un sacré coup. »

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Des portes de sortie

Sur les trois principales revendications (le choix de travailler ou non avec Morandini, la signature d’une charte éthique, la nomination d’un numéro 2 de la rédaction), les salariés attendent toujours, même si des choses seraient sur le point d’être mis par écrit. « Au sein des AG, il y a une vraie volonté de réfléchir à des portes de sortie, explique Claire. Certains se demandent par exemple s’il ne faudrait pas lâcher sur Morandini, s’il y a d’autres avancées en contrepartie. Mais en face, ce n’est pas le cas. » Pour Jean, Vincent Bolloré est un entêté et Serge Nedjar, le nouveau patron d’iTélé, un bébé colérique : « Cela ne vole pas plus haut que ça. » Il en viendrait presque à regretter Guillaume Zeller, ancien et éphémère directeur de la rédaction, « tout aussi incompétent mais qui le disait ».

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Un signal d’alarme

Financièrement, les journalistes survivent comme ils peuvent. Jean avoue s’être déclaré non gréviste une ou deux journées depuis le début du mouvement, des jours où il se fait plus discret. Une cagnotte a été également mise en place, tout d’abord à la demande des gens du groupe Canal + puis en l’élargissant aux dons des volontaires, des téléspectateurs. Anita y a versé une partie de son salaire. Elle est en arrêt maladie depuis plusieurs semaines.

« Et je ne suis pas la seule, précise-t-elle encore sous le coup de l’émotion. Cela fait quinze ans que je fais ce métier, je sais que c’est dur, tout le temps, mais là, j’ai craqué. Dès juin, ils nous ont demandé de faire le même travail avec 1/3 des effectifs en moins, nous ont promis du renfort pour la rentrée, mais rien n’est arrivé. Sauf Morandini. » Elle parle de la violence du peu de réponses, évoque de vrais risques psychosociaux et fait le parallèle avec France Télécom. Son témoignage est aussi une alerte, la salariée d’iTélé craint la possible étape d’après, des gens qui craquent ou pètent les plombs au travail.

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Anita, Jean, Claire comprennent que certains salariés acceptent « le chèque » et « sauvent leur peau », d’autant plus que la direction refuse toute négociation collective et privilégie le cas par cas. « Le pourrissement. » Mais le mouvement reste très solidaire.

*Les prénoms ont été changés