Présidentielle américaine 2016: «House of Cards», «Homeland»... Comment Clinton est devenue la coqueluche des séries US?

SERIE A l’approche des élections américaines, les fictions avec des présidentes, secrétaires d’Etat ou encore Premières dames avides de pouvoir ont envahi le petit écran, une manière de soutenir la candidature de la Démocrate…

Anne Demoulin

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Bellamy Young dans «Scandal», Tea Leoni dans «Madam Secretary »,Robin Wright dans «House of Cards», Lynda Carter dans «Supergirl», Geena Davis dans «Commander in Chief».
Bellamy Young dans «Scandal», Tea Leoni dans «Madam Secretary »,Robin Wright dans «House of Cards», Lynda Carter dans «Supergirl», Geena Davis dans «Commander in Chief». — ABC/Nicole Wilder/Nicole Rivelli/CBS/Netflix/The CW Network/Buena Vista International

Y aurait-il eu Barack Obama sans 24 heures chrono ? David Palmer y incarnait en 2002 le premier homme noir élu à la Maison-Blanche, un président compétent, réfléchi, intègre et raffiné. « Il est délicat de mesurer l’impact de la télé sur un vote, mais ce personnage a préparé le public conservateur de la Fox à l’idée d’avoir un président noir. Il y a eu un effet Palmer », juge Alexis Pichard, doctorant à l’université du Havre, qui prépare une thèse sur l’imbrication du thriller et du politique dans les séries américaines de l’après 11-Septembre. Pendant que Barack Obama préparait son investiture, Allison Taylor s’installait début 2009 dans le bureau ovale de 24 heures chrono, un personnage fictif inspiré par Hillary Clinton. Le premier avatar d’une longue série. Comment la candidate démocrate est-elle devenue la coqueluche des séries américaines ?

Faire accepter l’idée d’une femme présidente

La première présidente des Etats-Unis de l’histoire des séries, Julia Mansfied (incarnée par Patty Duke), est apparue en 1985 dans la sitcom Hail to the Chief. Un show d’ABC annulé au bout de sept épisodes : « Les téléspectateurs ne pouvaient pas accepter l’idée d’une femme présidente », expliquera Patty Duke dans sa biographie.

Dans un sondage organisé par CNN en mars dernier, 8 Américains sur 10 estimaient que leur pays était prêt pour une femme présidente. En 2006, ils étaient seulement 6 sur 10. La télévision a contribué à préparer le public américain et à faire évoluer les mentalités. En 1995, des scénaristes imaginaient Bill Clinton cédant sa place à Hillary Clinton dans Sliders, une série de science-fiction !

Il y a tout juste 10 ans, la vice-présidente Mackenzie Allen (campée par Geena Davis, soutien d’Hillary Clinton) accède à la fonction suprême à la mort du président dans Commander in Chief sur ABC. Non sans difficulté. Le président mourant exige sa démission, et son propre parti veut qu’elle renonce au poste. La critique américaine Judith B. Walzer en vient à se demander si le message caché de la série n’est pas que le job est trop compliqué pour une femme dans Dissent. « Les séries avec des femmes présidentes se focalisent sur la question “comment concilier vie professionnelle et personnelle” », remarque encore le chercheur. Pas mieux dans Prison Break, où la vice-présidente Caroline Reynolds fait assassiner son prédécesseur !

Les premiers avatars d’Hillary Clinton

Après qu’Hillary Clinton a failli devenir la candidate démocrate à l’élection en 2008, la « morale et exigeante » Allison Taylor fait son apparition dans 24 heures chrono. Les avatars de l’ex-Première dame débarquent sur le petit écran. « Ces femmes politiques sont représentées comme des professionnelles morales et efficaces. Elles sont surdiplômées, intelligentes et modérées », note le chercheur.

En 2009, The Good Wife raconte « comment une femme bafouée devient une femme politique forte ». En 2012, la mini-série de six épisodes Political Animals met en scène le destin d’Elaine Barrish (Sigourney Weaver), ancienne première dame des États-Unis et femme trompée, devenue secrétaire d’État. « Le personnage d’Elaine Barrish est l’avatar le plus ressemblant », estime le chercheur. « Nous nous sommes inspirés de madame Clinton, qui est une femme très remarquable et une grande secrétaire d’Etat », expliquait Sigourney Weaver en 2012. « C’est une politicienne très douée, dotée d’un puissant sens moral… mais elle est également la matriarche d’une famille très vivante et dysfonctionnelle », ajoutait l’actrice, qui soutient aujourd’hui activement la candidate démocrate.

Hollywood en marche pour la candidate démocrate

Depuis deux ans, les clones d’Hillary Clinton à l’écran se multiplient. « Madeleine Albright, Condoleezza Rice et Hillary Clinton ont servi de modèle à Madam Secretary, cette femme d’exception, ex-analyste de la CIA nommée secrétaire d’Etat », explique Alexis Pichard. La deuxième saison du show lancée en 2014, produit par Morgan Freeman, un autre fervent supporteur de la candidate démocrate, laisse entendre qu’Elizabeth McCord puisse un jour accéder à la vice-présidence. Parks and Recreation s’achève en 2015 sur l’idée que Leslie Knope sera un jour présidente. Dans State of Affairs, la présidente est une femme noire, un clin d’œil à Michelle Obama sans doute.

Dans Veep, Julia Louis-Dreyfus devient présidente. « Veep est une satyre. Selina Meyer est exécrable et incompétente. Elle fait penser à Iznogoud, elle veut devenir présidente à la place du président », remarque Alexis Pichard.

Une ambition politique que partage Claire dans la dernière saison de House of Cards : « Les femmes sont des hommes comme les autres, et elles ont soif de pouvoir », commente le chercheur.

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Dans Scandal, l’ex-Première dame, Mellie Grant, qui a sacrifié toute sa carrière politique pour permettre à son mari de devenir le 44e président des Etats-Unis, affronte un avatar de Donald Trump. Shonda Rhimes, la créatrice de la série, soutient aussi la campagne d’Hillary Clinton. Supergirl a fait appel à une Wonderwoman, Lynda Carter pour occuper le bureau ovale.

La prochaine saison de Homeland, de retour le 15 janvier, se déroulera entre l’élection et l’investiture de la nouvelle présidente des Etats-Unis, incarnée par Elizabeth Marvel, vue dans House of Cards. La nouvelle série Graves raconte la retraite d’un ancien président tandis que sa femme se lance en politique. « Cette convergence au moment des élections n’est pas un hasard. Hollywood, majoritairement démocrate, a peur que Donald Trump ne soit élu, et s’est mis en marche pour soutenir la candidature d’Hillary Clinton », conclut le chercheur. La candidate à la fonction suprême a même joué son propre rôle dans Broad City. Reste à voir si les grands électeurs américains suivront le script !