Arrivée de Morandini sur iTélé: La rédaction promet un «accueil glacial»

MEDIAS Alors que les journalistes ont voté mardi une motion de défiance envers la direction, des salariés de la chaîne confient leurs inquiétudes et leurs espoirs à « 20 Minutes »…

Fabien Randanne

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Jean-Marc Morandini en conférence de presse, le 19 juillet 2016.
Jean-Marc Morandini en conférence de presse, le 19 juillet 2016. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

« Personne ne veut voir ce mec-là dans la rédaction. L’accueil va être glacial. » Les journalistes d’iTélé joints par 20 Minutes ce mercredi l’expriment de manière plus ou moins élégante, mais ils sont unanimes. Jean-Marc Morandini, qui devrait animer dès le 19 octobre une nouvelle émission sur iTélé, est loin d’être le bienvenu sur la chaîne info du groupe Canal +.

« Nous ne voulons pas que l’image de la chaîne et la nôtre soient associées à [celle de Jean-Marc Morandini], lui qui a produit une web-série à caractère érotique, lui qui, présumé innocent, est mis en examen pour […] "corruption de mineurs aggravée" et qui est placé sous contrôle judiciaire », explique la Société des journalistes (SDJ) dans un communiqué publié mardi et annonçant le vote, à 92,2 % de la motion de défiance de la rédaction à l’égard de la direction.

« On se rend compte sur le terrain qu’il y a un Morandini bashing qui vire au iTélé bashing, confirme l’un des salariés de la chaîne à 20 Minutes. L’autre jour trois personnes ont refusé de me répondre à cause de Morandini. Ils suivaient l’actu. » Le moindre micro-trottoir devient une galère. « Il y a aujourd’hui un mélange de colère et de résignation poursuit ce journaliste. On se rend compte que la direction a une main de fer. » L’un de ses confrères nuance : « Je sais que Serge Nedjar [le directeur d’iTélé] est emmerdé. Il n’est pas trop favorable à l’arrivée de Jean-Marc Morandini mais il se retrouve à dire : "C’est comme ça et pas autrement." »

« Je ne veux pas avoir ma tête dans son émission ! »

Si, légalement, rien ne s’oppose à l’arrivée de la nouvelle recrue, sera-t-il possible d’imposer aux membres de la rédaction d’iTélé de travailler avec lui ? Selon nos informations, le talk sur les médias qu’animera Morandini en semaine de 18 h à 19h impliquera la participation de plusieurs journalistes maison. « Je ne veux pas avoir ma tête en direct dans son émission. C’est hors de question ! », s’agace l’un d’eux, redoutant, en cas de duplex depuis l’extérieur, d’éventuels débordements en direct impliquant des plaisantins plus ou moins biens intentionnés.

« S’il se passe quoi que ce soit en breaking [une info de dernière minute] sur son affaire, cela pose un problème déontologique. Qu’est-ce qu’on fait ? Et si ça arrive pendant l’un de ses directs, on coupe l’antenne ? », s’interroge-t-il ? Des questions qui taraudent la plupart des salariés de la chaîne, déjà éprouvés par les coupes dans les effectifs. En juin, la rédaction s’était mise en grève pour dénoncer, notamment, la suppression de 70 postes et, déjà à l’époque, une motion de défiance contre la direction avait été adoptée.

L’été avait cependant relativement apaisé les esprits. « En septembre, les gens étaient plutôt motivés. Ils se faisaient à l’idée du futur nouveau nom [le 24 octobre iTélé deviendra Cnews] et, malgré les émissions annulées et les problèmes de budget, il y avait du positif, un regain de confiance », raconte un salarié de la chaîne info. Quand, la semaine passée, la direction a confirmé l’arrivée de Jean-Marc Morandini, le malaise a été ravivé.

« Il n’y a jamais eu de ligne éditoriale claire »

« Jean-Marc Morandini vient alors qu’il a été suspendu de deux autres antennes qui l’employaient [Europe 1, avec qui il reste sous contrat, l’a mis en retrait et NRJ 12 a remonté ses numéros de Crimes déjà enregistrés pour qu’il n’apparaisse pas à l’écran], déplore l’un des membres de la rédaction qui estime que la direction se trompe en pensant que Morandini permettra de relancer l’audience. C’est impossible ! Ce n’est pas lui qui y arrivera, surtout en période électorale. Ce n’est pas l’animateur qu’il nous faut. »

D’autres jugent que cette stratégie est en fait l’expression d’une absence de stratégie : « Vincent Bolloré veut un groupe qui marche à l’international. Il a sans doute découvert au moment de la signature qu’il y avait une chaîne info dans le package. iTélé, ça l’embête. S’il peut vendre la chaîne, il vendra. Il n’a jamais voulu mettre les journalistes au pas. C’est tout le contraire, on a été laissé à l’abandon. On s’est autogéré pendant un an et demi. Il n’y a jamais eu de ligne éditoriale claire. »

Malgré tout, le découragement n’a pas encore gagné toute la rédaction… « Il y a l’amour du maillot. Je ne suis pas découragé, au contraire, je veux m’investir pour que ça change, assure un journaliste qui travaille pour iTélé depuis de nombreuses années. On a encore la niaque. »