«Une Ambition intime»: Psy, sujets évités, entourages difficiles... Les secrets de l'émission politique de M6

TELEVISION Voici comment a été conçu le nouveau rendez-vous politique de M6, qui sera diffusé dès ce dimanche, à 21h, sur M6...

Fabien Randanne
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Arnaud Montebourg face à Karine Le Marchand dans «Une Ambition intime».
Arnaud Montebourg face à Karine Le Marchand dans «Une Ambition intime». — PIERRE OLIVIER/M6

L’animatrice de L’amour est dans le pré sur les plates-bandes des journalistes politiques ? Les téléspectateurs découvriront  , ce dimanche, à 21h,  , dans Une ambition intime. L’occasion de découvrir les personnalités politiques (Bruno Le Maire, Marine Le Pen, Arnaud Montebourg et Nicolas Sarkozy sont au sommaire du premier numéro) sous un nouveau jour. « On ne se substitue pas aux émissions politiques », insiste l’animatrice de ce programme qui avant même d’être diffusé  . En attendant de juger sur pièces, 20 Minutes retrace les coulisses riches en anecdotes de ce nouveau rendez-vous…

  • Les mots pour convaincre

Comment persuader des personnalités politiques plus habituées à être interrogées par David Pujadas ou Ruth Elkrief de répondre aux questions de  qui investit le champ politique pour la première fois ? « Je leur ai dit que je parlerai avec eux comme avec les agriculteurs de L’amour est dans le pré, explique l’animatrice. Ils sont tellement habitués à être flattés que ça les a un peu vexés. Je leur ai souligné que l’enjeu était le même pour eux que pour un agriculteur qui révèle qu’à 52 ans il n’a jamais fait l’amour. Il s’expose au regard des autres, des habitants de son village. Sur le plan émotionnel, c’est le même enjeu. » Mais selon la présentatrice, ce ne sont pas les politiques eux-mêmes qui ont été les plus durs à convaincre, mais « leur entourage », autrement dit, leurs conseillers en communication.

« Les politiques qui n’avaient rien à gagner, qui sont le plus haut dans les sondages » ont mis un certain temps à donner leur accord, révèle Karine Le Marchand. Mais « Quand [elle les a] rencontrés, ils ont dit oui tout de suite ». Il y en a quand même un qui résiste : le président de la République. « François Hollande nous trimballe depuis huit mois. Je pense que je ne le ferai pas. Ce n’est pas forcément lui qui ne veut pas, mais son entourage est très compliqué, voire méprisant », déplore l’animatrice.

  • Une préparation intime

Avant le tournage, il faut compter environ deux mois d’enquête pour les équipes d’Une ambition intime. « On épluche la presse quotidienne régionale, les passages en télé et en radio… Et on interroge aussi les familles. C’est grâce aux proches que l’on peut aborder certaines questions », salue Karine Le Marchand. Dans l’émission, il est bien plus question des récits personnels que des programmes et des lignes idéologiques. Certains invités posent donc leurs conditions. « On fait le tour des sujets qu’ils ne veulent pas aborder, comme le suicide d’un proche, par exemple », glisse la présentatrice. « Marine Le Pen, on savait qu’elle ne souhaitait pas montrer ses enfants », illustre-t-elle. Parfois, le jour J, les politiques évoquent de leur propre chef un thème dont ils disaient ne pas vouloir parler.

Il arrive que l’actualité perturbe le programme « On devait tourner l’entrevue avec François Fillon juste après l’attaque terroriste à , se remémore Karine Le Marchand. Il a voulu décaler, il pensait ne pas pouvoir parler de lui après ce qu’il s’était passé. Cela m’a rassuré de voir chez certains politiques que leur communication passait après leur mission auprès des Français. »

L’animatrice, elle, s’est préparée à son rôle de confesseur des politiques… en prenant rendez-vous chez le psy ! « J’ai commencé une thérapie car je voulais savoir à quel moment en tant que patient j’en viendrai à lâcher des confidences », annonce-t-elle.

  • Un (très) long tournage

Chaque entrevue a lieu dans le décor cosy d’un appartement qui colle plus ou moins à l’image du candidat (de style haussmannien pour Nicolas Sarkozy, champêtre pour François Bayrou, sobre et moderne pour Bruno Le Maire…). Des photos personnelles, des objets fétiches ou des accessoires liés à la personnalité de l’invité sont disséminés ci et là. L’objectif est qu’il se sente comme chez lui, comme dans une petite bulle propice aux confidences. Les caméras, elles, sont placées très loin, afin qu’elles se fassent oublier.

Chaque interview dure entre quatre et cinq heures, mais seules trente minutes seront conservées dans le montage final. « Il y a déjà une heure trente à jeter à la poubelle au début, car ils attendent le moment où on va leur taper sur la tête. Ils ne savent pas à quoi s’attendre », indique Karine Le Marchand, ajoutant que ses interlocuteurs ne peuvent s’empêcher de parler de politique. « Pour eux, affronter les journalistes politiques est un combat auquel ils se préparent », poursuit l’animatrice. Alors, forcément, quand ils sont face à une interlocutrice qui mise sur la bienveillance, ça les perturbe. « Marine Le Pen, dans cette émission, elle est détendue, souriante, on ne l’a jamais vue comme ça », note ainsi Karine Le Marchand.

L’animatrice a l’oreille attentive et sait tenir sa langue. La preuve ? « On a tourné l’émission avec Nicolas Sarkozy en juillet alors qu’ de la droite et du centre, raconte-t-elle. On avait prévu d’enregistrer deux fins [l’une évoquant sa candidature, l’autre sa décision de ne pas se présenter]. Et puis, finalement, il nous a dit : "Je vous fais confiance." » Il n’y a donc eu qu’une fin de tournée et Karine Marchand a gardé le scoop pour elle.

  • Et après…

« A la fin, ils sont rincés, s’amuse l’animatrice. Ils affirment que cette émission, c’est un peu un ovni et disent : "On le fait une fois, pas deux." » Vient alors l’étape du montage. Karine Le Marchand est catégorique, aucun de ses invités n’a été pris de remords et ne lui a demandé après coup de couper telle ou telle confidence. En revanche, l’animatrice elle-même a choisi de ne pas tout montrer : « J’ai supprimé certaines séquences parce que certains s’oublient à la fin. [Leurs propos] feraient du buzz gratuit. » Là encore, il s’agit de conserver la confiance que lui ont accordée les hommes et les femmes politiques avec lesquelles elle s’est entretenue. « Ils m’ont fait un cadeau en m’ouvrant leur cœur », estime l’animatrice, visiblement pas prête à leur claquer la porte au nez.