VIDEO. «Dossier Tabou»: M6 donne sa version, images à l'appui, de l'altercation à Sevran

MEDIAS La chaine répond ce jeudi aux accusations des habitants de la cité des « Radars » qui se sont accrochés avec Bernard de La Villardière lors du tournage de l'émission...

Fabien Randanne, avec Clio Weickert

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Bernard de La Villardière face à des habitants de la cité des «Radars» à Sevran.
Bernard de La Villardière face à des habitants de la cité des «Radars» à Sevran. — Capture d'écran M6

M6 n’en fait pas un tabou. Mardi, des habitants de la cité des « Radars », à Sevran (Seine-Saint-Denis), expliquaient à Buzzfeed les raisons de leur altercation avec Bernard de La Villardière et son équipe de tournage, survenue le 11 avril. Un échange tendu, au cours duquel le journaliste, qui interviewait l’imam Meskine, a été pris à partie, et dont les téléspectateurs ont eu un aperçu dans Dossier Tabou, diffusé la semaine dernière.

« Lorsqu’on a vu les trois cameramans et l’animateur devant le propriétaire de la mosquée, on est allés les voir pour les saluer et pour avoir des précisions sur les motifs du reportage. On s’est demandé qui était cet imam qui n’a jamais mis les pieds à Sevran. Sauf qu’aucun des journalistes n’a répondu à nos bonjours. La Villardière nous a simplement ignorés et a dit à son équipe : "C’est bon, on tourne." », a raconté Ousmane à Buzzfeed.

Selon les autres témoignages recueillis par le site, les Sevranais qui ont entravé le déroulement de l’interview déploraient le manque de respect dont aurait fait preuve l’équipe de M6 et reprochaient à l’émissiond’entretenir les clichés liés aux cités françaises.

« Jean-Luc de La Villardière »

Ce jeudi, la sixième chaîne se défend. Dans un extrait des rushs que 20 Minutes a pu visionner, on entend Bernard de La Villardière saluer d’un « Vous allez bien ? » les habitants de la cité des « Radars » venus à sa rencontre. Les échanges sont courtois et le journaliste ne semble pas se formaliser de se faire appeler « Jean-Luc de La Villardière ».

On voit aussi que les hommes intrigués par la présence de l’équipe de tournage se demandent ce que fait là l’imam Dhaou Meskine, présenté comme le propriétaire du lieu de prière devant lequel ils se trouvent. « Le monsieur, il n’a rien à voir ici, on ne sait pas si c’est le propriétaire des lieux, on ne l’a jamais vu », souligne l’un des résidents. « Vous posez plus de questions que M6 », s’amuse l’imam, que l’on sent mal à l’aise et qui assure venir sur place « une à deux fois par an ».

« Pourquoi l’interviewer ici ? »

Les Sevranais demandent ensuite au journaliste quel est le sujet du reportage. Auprès de Buzzfeed, des témoins ont assuré n’avoir reçu aucune réponse à cette question. Or, Bernard de la Villardière explique : « On va l’interroger sur sa vie, sur ce qu’il fait, ses responsabilités. » « Pourquoi l’interviewer ici ? », s’inquiète l’un des hommes. Une question qui restera sans réponse. Le journaliste commence alors à poser ses questions à l’imam. L’altercation diffusée sur M6 et dont Buzzfeed a diffusé d’autres images, a lieu quelques minutes plus tard.

« Vous allez me laisser bosser ? (…) Ça vous embête qu’on parle de cette mosquée ? », s’énerve Bernard de La Villardière. « A raconter de la merde, ouais ça nous gêne », réplique l’un des hommes. « Quelle merde ? Ça te regarde ? Je fais ce que je veux, lui rétorque le journaliste. Je suis dans mon pays, et j’ai le droit de faire ce que je veux, d’accord. (…) Arrête de me toucher, ok ? » Le tournage a alors dû être interrompu et l’interview a finalement été enregistrée ailleurs dans Sevran.

« La vidéo de Buzzfeed montrant l’altercation entre des jeunes de Sevran et les équipes de Bernard de La Villardière a été reprise par tous les médias sans aucune vérification », déplore ce jeudi M6. La chaîne a fourni aux médias les rushs montrant les instants précédant l’incident et avance qu’elle « montre qu’aujourd’hui dans certains quartiers les journalistes ne peuvent pas faire leur travail librement ».

« Bernard de La Villardière (…) était dans un lieu public, en train de réaliser son interview quand les jeunes l’ont interpellé. En plein travail il n’a pas souhaité interrompre son interview pour leur répondre ou se justifier sur les intentions de l’enquête qu’il réalisait. Il était sur place pour faire l’interview d’un imam pas pour faire l’interview des jeunes », poursuit M6 dans un mail adressé à plusieurs médias.

« J’espère que les problèmes de fond ne vont pas être mis sous le tapis »

Les Sevranais qui ont confié leur récit à Buzzfeed étaient ulcérés d’êtres qualifiés, dans le commentaire du reportage, de « salafistes » et de « dealers ». « Si la phrase a été dite, elle ne l’a pas été sans vérification auprès des gens du quartier. Je ne veux pas en dire plus mais je fais totalement confiance à Bernard sur ce point », assure Vincent Réginer, le directeur des magazines de M6 à Pure Médias.

Contacté par 20 Minutes, Vincent Régnier confirme son soutien à Bernard de La Villardière : « J’ai suivi ça semaine après semaine. Quand il s’est fait agresser il m’a appelé, et ce que je peux vous dire, ce qui est quand même désolant, c’est qu’on soit obligés aujourd’hui de passer un temps fou à se justifier sur quelque chose qui est un contre-feu. J’espère que les problèmes de fond qui ont été posés ne vont pas être mis sous le tapis. On est là pour ouvrir un débat, pour apporter des éléments de réponse de manière la plus objective possible et on se retrouve à devoir répondre à des critiques complètement illusoires. Parce qu’en plus, on est obligés d’aller chercher des vidéos alors que nous on avait fait le choix de flouter complètement les protagonistes de cette agression. »