M6: Une rentrée sensationnaliste? La question qui dérange

TÉLÉVISION « La Rue des allocs », « Dossier tabou », « Zone Interdite : Mères porteuses, l’enquête qui dérange »… Une ligne éditoriale de rentrée efficace, mais qui a également fait couler beaucoup d’encre…

Clio Weickert

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Comme l'a indiqué elle-même la chaîne, M6 a fait sa rentrée «sous le signe du succès»
Comme l'a indiqué elle-même la chaîne, M6 a fait sa rentrée «sous le signe du succès» — Renaud CORLOUER/Marie ETCHEGOYEN/Aurelia BLANC/Benjamin DECOIN/M

La Rue des allocs, Dossier Tabou, Zone Interdite : Mères porteuses, l’enquête qui dérange, autant de titres un brin tapageurs qui ont rythmé la rentrée de M6. Cette ligne éditoriale  a porté ses fruits, puisqu’en septembre la chaîne a enregistré « la plus forte progression d’audience toutes chaînes confondues à la fois auprès de l’ensemble du public, de la cible commerciale et du public de moins de 50 ans ».

M6 se réjouit d’une telle efficacité, mais ces choix éditoriaux font aussi couler beaucoup d’encre. Dernier fait en date, leDossier Tabou de Bernard de la Villardière, qui chaque jour, connaît un nouveau rebondissement. La question se pose : M6 donne-t-elle effrontément dans le sensationnalisme pour attirer le chaland ?

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Défendre sa place 

L’ex « petite chaîne qui monte » a toujours été une habituée du buzz (Loft Story, plus récemment The Apprentice - un échec -, ou encore certains titres quelque peu putassiers d’Enquête exclusive…). Mais, côté info, elle n’y va pas de main morte cette année. « Ça ressemble un peu au TF1 à l’époque de Charles Villeneuve et du Droit de savoir », décrypte la sémiologue et analyste des médias Virginie Spies. « On est sur quelque chose de relativement populiste et on voit que les enjeux sont forts. Ils veulent se démarquer car la concurrence est de plus en plus rude. »

Les adversaires sont de plus en plus nombreux. Il est désormais loin le temps où les chaînes se comptaient sur les doigts de la main. « Il y a une concurrence énorme en termes de chaînes gratuites », reconnaît Vincent Régnier, le directeur des magazines d’info de M6. « Il faut être encore plus fort pour résister, ce que nos émissions parviennent à faire. Autour de nous, nous voyons que ça se rénove, que ça bouge. Nous devons aussi rénover nos marques et en inventer d’autres ».

Le parti pris assumé du spectaculaire

Un ravalement de façade qui ripoline la grille de M6, avec une peinture sensationnaliste. « Il n’y a rien de sensationnaliste, se défend Vincent Régnier. Ce sont des thèmes forts qui interpellent, qui peuvent être en eux-mêmes sensationnels mais jamais notre traitement ne le sera. Notre job c’est d’expliquer et d’informer. » Malgré tout, le directeur des magazines concède que la simple vulgarisation n’est pas suffisante pour faire de l’audience. « Nous sommes quand même en prime time et il faut que nous racontons à nos téléspectateurs quelque chose qui soit spectaculaire, dans le bon sens du terme, précise-t-il. Ça passe par différentes choses, par le titre de l’émission, et par le fait de trouver des personnages acteurs de leur vie qui vont se raconter le plus simplement possible. Nous devons avoir une manière de raconter qui soit très concernante et très proche des gens, et ça ne veut pas dire être indécent ou impudique. »

En parlant d’impudeur, ce dimanche Karine Le Marchand recueillera les confidences des politiques dans Une ambition intime. On y verra notamment Bruno Lemaire, les larmes aux yeux à l’évocation de sa femme, ou François Bayrou évoquer l’anorexie de sa fille. Cependant l’animatrice a choisi de ne pas tout montrer, « j’ai supprimé certaines séquences parce que certains s’oublient à la fin. [Leurs propos] feraient du buzz gratuit », a-t-elle expliqué.