«Westworld» a-t-il l’étoffe de «Game of Thrones» ou est-ce le prochain «Vinyl» ?

SERIE HBO espère avoir trouvé le successeur de GOT avec le western fantastique de J.J. Abrams et Jonathan Nolan, le résultat est-il à la hauteur de l’immense attente ?….

Anne Demoulin

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James Marsden et Evan Rachel Wood dans «Westworld».
James Marsden et Evan Rachel Wood dans «Westworld». — John P. Johnson / HBO

Avec Westworld, HBO espère avoir trouvé le digne successeur de Game of Thrones. Après le flop de la saison 2 de True Detective, l’échec de la dispendieuse Vinyl, l’annulation de The Leftovers, et la saga de George R. R. Martin qui approche (doucement mais sûrement) de la fin, la chaîne câblée américaine a besoin d’une série qui frappe un grand coup. Le pilote de Westworld, diffusé ce lundi sur OCS, est-il à la hauteur des promesses ?

Une série très attendue

Le premier épisode de Westworld a été suivi par 3,3 millions de téléspectateurs toutes plateformes confondues. Un chiffre qui égale celui du premier épisode de True Detective en 2014 et un score supérieur à celui du lancement de Game of Thrones en 2011.

La série a de quoi attirer la curiosité des téléspectateurs. Le western fantastique est signé par J.J Abrams, créateur (entre autres) de la troublante Lost : Les Disparus et de Jonathan Nolan, le scénariste de Dark Knight et Interstellar. Il s’agit de l’adaptation d’un film culte sorti en 1973, Mondwest, un long-métrage de Michael Crichton, le papa de Jurassic Park.

Le casting est tout aussi alléchant. Anthony Hopkins incarne un scientifique démiurge qui a conçu un parc d’attractions sur le thème du Far West, peuplé androïdes. Les visiteurs de ce parc du futur peuvent y jouer les cow-boys héroïques, les bandits de grand chemin ou de sadiques hors-la-loi, bref, satisfaire tous leurs penchants et céder à toutes leurs pulsions. Evan Rachel Wood campe la doyenne des robots, James Marsden, son amoureux transi. Ed Harris, un mystérieux et terrifiant homme en noir.

Un budget colossal qui se voit à l’écran

HBO a investi quelque 100 millions de dollars pour les 10 premiers épisodes de Westworld. Comme dans Games of Thrones, le budget se voit à l’écran. Le générique n’a rien à envier à celui de la série la plus piratée dans le monde. Pour cause, le studio Elastic, qui a réalisé l’ouverture de Game of Thrones, a conçu ces images en noir et blanc où hommes et machines se mélangent à un piano mécanique qui jouera plus tard les tubes des Rolling Stones ou de Soundgarden. La musique, quant à elle, a été composée par Ramin Djawadi, à qui l’on doit l’illustration sonore de la saga de George R. R. Martin.

La série a été tournée en 35 mm. La ville a été construite à Santa Clarita au ranch Melody, qui avait été utilisé pour de nombreux westerns comme Le train sifflera trois fois ou La Chevauchée fantastique, et plus récemment pour une autre série de HBO, Deadwood. Les grands espaces de la série n’ont rien à envier aux paysages de Westeros. Les prises de vues ont été réalisées à Moab où John Ford tourna son Rio Grande en 1950.

Une mythologie à la hauteur

Le succès de Game of Thrones tient en sa capacité à revisiter des mythes, des symboles et des croyances qui font écho en nous. Westworld n’est pas en reste. Si le créateur du parc d’attractions s’appelle le Dr. Robert Ford, du nom du réalisateur de La Chevauchée Fantastique, John Ford, c’est parce que la série convoque le mythe «  américain par excellence », le western. Toutes les figures archétypales du western sont là : le shérif, les canailles, le cow-boy solitaire, les chevauchées, les bagarres, les entraîneuses du saloon. Le visiteur peut compter sur une centaine de scénarios possibles selon le personnage Lee Sizemore.

Et ce mythe croise l’un des thèmes les plus féconds de la science-fiction de Blade Runner à 2001 : Odyssée de l’Espace ou plus récemment Real Humans : la question des rapports entre humains et intelligences artificielles. Alors qu’un update des humanoïdes provoque quelques bugs, une sorte de virus joliment appelé « les rêveries », les robots vont peu à peu développer une mémoire, et donc, s’humaniser.

On pressent dès lors que la première deslois de la robotique selon Asimov (un robot ne peut faire de mal à un humain) va être violée. Un grand classique façon Terminator ? J.J Abrams et Jonathan Nolan sont plus malins que cela. L’histoire de Westworld n’est pas racontée du point de vue des visiteurs, comme dans Mondwest ou Jurassic Parc, mais des robots. C’est à eux qu’on s’identifie. « A partir de quand une intelligence humaine possède un peu d’humanité ? », est une des nombreuses questions philosophiques de la série.

Dans les années 1950 et 1960, le western posait la question de la violence constitutive de l’Amérique à l’aune des guerres de Corée et du Vietnam (L’Homme de l’ouest, Il était une fois dans l’Ouest, Les Portes du paradis). Westworld pose la question de la violence, intrinsèque à la condition humaine, à l’heure des réseaux sociaux et des objets connectés, dans un monde artificiel où il n’y a aucun interdit. On s’en doute, côté sexe et violence, Westworld n’a donc rien à envier à son aînée.

Le ton de la série est grave et ne laisse pas de place à l’humour, à la différence de Game of Thrones.

Un monde dans des mondes

L’immense succès de Games of Thrones tient aussi à ses nombreuses intrigues éparpillées dans sept royaumes. Comme dans GOT, Westworld s’intéresse à de nombreux personnages qui n’ont pas forcément tous des interactions entre eux. La première saison de Westworld se déroule dans deux mondes : le parc et sa reconstitution du Far West, et le monde réel de la série, celui du créateur du parc et de ses collaborateurs, qui se limite aux coulisses du parc, en fait. Et pourtant, que d’enjeux et de complexité, soutenus par une narration déstructurée, des scènes clés répétées à l’infini comme dans Un Jour sans fin.

Westworld offre une mise en abyme passionnante. La série peut se lire aussi comme une satire des coulisses d’une série télévisée, comme au travers ce personnage scénariste qui s’oppose au retrait des robots endommagés du parc parce que cela risque mettre en péril son entrelacs d’intrigues pré-écrites. Les showrunners de Westworld ont établi une feuille de route pour les cinq saisons à venir selon les médias américains. Dans le film de Michael Crichton, les visiteurs pouvaient outre le Far West, explorer le Moyen-Age et l’antiquité romaine. D’autres mondes pourraient venir étoffer le champ des possibles. Le pilote tient donc ces promesses et donne envie de poursuivre l’exploration des moindres recoins du parc. Qui sait ? Des dragons se cachent peut-être dans le monde médiéval…