«L'Arme fatale», «L'Exorciste», «Westworld»... Pourquoi tant de films deviennent des séries?

SERIE TV Les films squattent le petit écran avec les adaptations en séries de «L'Arme fatale», «L'Exorciste», «Westworld», signe d'une paresse créative et économique...

Vincent Julé

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«L'Exorciste», «L'Arme fatale», «Westworld»... Trois films adaptés en séries
«L'Exorciste», «L'Arme fatale», «Westworld»... Trois films adaptés en séries — Fox / HBO

Cette semaine, commencent aux Etats-Unis les séries L’Arme fatale et L’Exorciste. Oui, les séries. Elles seront bientôt suivies par les débuts de Westworld, Frequency et Shooter, sans oublier les nouvelles saisons de Ash vs. Evil Dead, From Dusk Till Dawn, School of Rock et les projets d’adaptation des Infiltrés, Training Day, Taken, The Mist, etc. C’est simple, à part la taille de l’écran, la grille de rentrée des chaînes américaines ressemble à la devanture d’un cinéma. Pourtant, les séries ne sont-elles pas le nouvel Eldorado hollywoodien, là où naissent les rares idées originales, là où les cinéastes trouvent refuge, et liberté ? On nous aurait menti ?

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Il existe une série Allô maman, ici bébé avec George Clooney

Mais ne jouons pas trop la surprise, ou les drama queens, les adaptations de films en séries existent depuis presque aussi longtemps que la télévision elle-même. MASH dans les années 70, Highlander l’après-midi sur M6, Stargate et ses spin-off et même Buffy contre les vampires. Pour l’anecdote, il existe également des séries Dirty Dancing, Working Girl (avec Sandra Bullock !) et Allô maman, ici bébé ( avec George Clooney !!). Mais l’industrie semble atteint d’une frénésie, culminant en cette saison 2016-2017. Rédacteur en chef du mook 100 % séries SOAP, Leo Soesanto y voit « une paresse créative et économique ».

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Une logique de catalogue

Paresse créative, car toutes ces adaptations, mais également les reboots (24, MacGyver), suites (Twin Peaks, Prison Break) et déclinaisons (Chicago Fire, NCIS), renseignent sur l’actuelle importance, pour ne pas dire prédominance de la « marque ». « Les gens qui ont vu le film seront forcément tentés de jeter un oeil à la série, explique Leo Soesanto. En ces temps d’embouteillage sériel et créatif, avec les networks, les chaînes câblées et les Netflix ou Amazon, être direct, catchy, peut faire la différence. »

Et si la marque ne coûte rien, c’est encore mieux. Car les studios derrière ces séries sont bien sûr ceux qui détiennent les droits des films. « Nous sommes dans une logique de catalogue, d’usine, commente le journaliste spécialisé. Avoir une marque permet de lancer une production plus facilement, sans passer par les différents stades de développement. Je ne suis pas sûr que le monde ait besoin d’un retour du buddy movie avec L’Arme fatale, surtout après l’échec de la série Rush Hour. Mais si ça se plante, on passe au suivant. Les films sont devenus un réservoir d’idées, de marques, pour la télévision, à l’instar des super-héros au cinéma. »

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Il y a de l’espoir

Mais aussi opportunistes soient-elles, ces adaptations ne sont pas toutes des « adaptations » stricto sensu. L’Exorciste veut surfer sur le succès d’un American Horror Story, capitaliser sur l’étiquette « Le film le plus flippant de tous les temps », mais également donner une suite au film original. Ou plus précisément « une nouvelle histoire, avec de nouveaux personnages, qui se déroule dans le même univers que le long-métrage », a clarifié le créateur Jeremy Slater au dernier Comic Con. « Cela n’empêche en effet pas certains auteurs de réinventer la roue, positive Leo Soesanto. Il y a donc de l’espoir. Sur le papier, la série Fargo n’était pas vraiment une bonne idée, mais le showrunner Noah Hawley en a tiré autre chose qu’un erstaz du film des Coen, une oeuvre unique. » Pareil pour Westworld, inspirée du film de Michael Crichton et développée par Jonathan Nolan pour HBO. Les premières critiques sont dithyrambiques, et la série visible sur OCS à partir du 3 octobre.

Fin d’un cycle

Phénomène de la rentrée, L’Arme fatale, L’Exorciste ou Westworld se révèlent des valeurs refuges, dans un monde des séries est en pleine mutation, voire en panique. « Comme en témoignent le renouvellement puis l’annulation de Vinyl, HBO ne sait plus où elle en est, alors qu’elle doit réfléchir à l’après Game of Thrones, détaille le rédacteur en chef de SOAP. Même la plate-forme Netflix devient plus précautionneuse sur ses séries [elle ne communique pas sur les audiences de The Get Down, annule Bloodline pour des raisons budgétaires]. Nous sommes à la fin d’un cycle, et au début d’on ne sait quoi. » A suivre…