«Braquo» saison 4: Un dernier carnage pour la fin ?

SÉRIE TV Lundi, Canal+ débute la diffusion de l'ultime saison de «Braquo», souvent critiquée pour sa violence et son artillerie lourde, expliquée ici par son auteur et son acteur principal...

V. J.
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Jean-Hugues Anglade, (anti-)héros de «Braquo»
Jean-Hugues Anglade, (anti-)héros de «Braquo» — Tibo et Anouchka / Capa Drama / Canal+

« Braquo ? J’ai détesté la seconde saison, j’ai trouvé ça zéro, nul. Une partouze immonde, où tout est grotesque et démesuré. » Derrière cette critique virulente de la série de Canal + se cache nul autre qu’Olivier Marchal, son créateur. Parti au terme d’une seule saison, il a laissé les rênes de l’écriture à Abdel Raouf Dafri, scénariste de Mesrine et Un prophète. « Je suis venu à la demande d’Olivier, raconte l’intéressé, alors qu’il n’y avait pas d’arche narrative mais déjà un calendrier de production. J’ai eu trois semaines par épisode, sans aucun recul, en speed total. Mon écriture était biologique, pleine de fièvre et de folie. Je n’ai pas du tout le même état mental qu’Olivier. » Au final, Abdel signera tous les épisodes restants de la série, dont la quatrième et ultime saison débute lundi soir sur Canal.

Franchir la ligne rouge (sang)

Interprète d’Eddy Caplan et (anti) héros de Braquo, Jean-Hugues Anglade conçoit que l’on peut regretter l’écriture « marchalienne » : « La première saison montrait une police orpheline, face à dilemmes graves, forcée de franchir la ligne jaune. C’est une série de la transgression, des flics de terrain face à des adversaires qui n’ont pas de règles. » Des adversaires qui, il le reconnaît, prennent plus de place dans les saisons suivantes : « Des mafieux étrangers de la pire espèce, des affaires qui nous dépassent, surtout pour une BAC départementale. Mais c’est normal, c’était nécessaire à la pérennité de la série. »

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En mode heavy metal

De série dépressive et réaliste, Braquo devient plus spectaculaire, plus « badass ». Et est accusée par certains téléspectateurs, mais surtout la critique, de sortir l’artillerie lourde comme cache-misère. Abdel Raouf Dafri assume, ou plutôt rectifie : « Réaliste, Braquo ne l’a jamais été. Tu montres la série à un flic du SDPJ [Sous-direction de la Police judiciaire], il te riera au nez. Braquo n’est pas une vraie photographie de la police, mais la série ressemble à ce que j’avais envie qu’elle soit. Le pathos, le psychologisant, ce n’est pas mon énergie. Je voulais passer en mode heavy metal, de Maurice Chevalier à AC/DC. Le polar n’est pas figé, il y a du True Detective, du Elmore Leonard, du James Ellroy, du Maniac Cop. Je voulais tester ses différentes variations. »

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« Une violence à la hauteur de la société française »

Lorsque Caplan, Morlighem et Delgado abordent la dernière ligne droite de Braquo, ils sont encore endeuillés de la perte d’un des leurs, mais se sont débarrasés de leur Némésis Vogel et ont finalement « gagnés ». Sauf que la violence appelle la violence, et qu’ils se retrouvent aux prises avec un redoutable caïd turc, Baba Aroudj, dont Morlighem a tué le fils unique lors d’une opération de police. Une violence, qui selon Abdel Raouf Dafri, est « à la hauteur de la société française ». « Lorsque la violence est américaine, comme dans Ray Donovan et Banshee, ou colombienne dans Narcos, cela ne pose pas de problème, continue-t-il. Mais il ne faut surtout pas qu’elle vienne en France. Un peu comme le nuage de Tchernobyl. »

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A la Inspecteur Harry

Faut-il s’attendre à un carnage final ? Toujours est-il que Jean-Hugues Anglade n’était pas satifsait par la première fin de la série. « C’est la première fois qu’il s’est manifesté, s’amuse Abdel Raouf Dafri. L’acteur a fait une proposition, « un cadeau pour Caplan ». « C’était parfait », conclut le scénariste, qui n’espère qu’une chose, il en est même sûr : « Que Braquo vieillise bien comme les films de l’Inspecteur Harry avec Clint Eastwood. »