De «Community» et Childish Gambino à «Atlanta», la double vie de Donald Glover

TELEVISION En plongeant au cœur de la communauté noire de Georgie, l'acteur-rappeur accouche d'une série personnelle très réussie...  

Philippe Berry

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L'acteur Donald Glover (droite), créateur de la série de FX «Atlanta».
L'acteur Donald Glover (droite), créateur de la série de FX «Atlanta». — FX

« Quoi, Troy est Childish Gambino ? » Nous sommes en 2011, le single Camp commence à tourner sur YouTube et de nombreux fans de Community découvrent avec stupéfaction que Donald Glover, l’acteur qui incarne le gentil partenaire d’Abed dans la sitcom en passe de devenir culte, est aussi le rappeur qui scande « It will be summer camp, bitch ! ». Cinq ans plus tard, ce grand écart prend tout son sens dans sa nouvelle série sur FX, Atlanta, qui brouille les lignes entre les genres. Et à 32 ans, Glover s’impose comme un auteur-interprète incontournable.

Comme Louis CK (Louie), Lena Dunham (Girls) et Aziz Ansari (Master of None), Donald Glover a eu carte blanche pour son projet. Et comme ses aînés, il écrit sur un thème familier : il a grandi à Atlanta, le berceau d’Outkast, une ville à plus de 50 % noire. Dans la série, il incarne un mec un peu paumé, devenu papa trop tôt, qui espère changer son destin en devenant le manager de son cousin « Paper Boi », un rappeur underground. Lors des derniers TCA (Television Critics Association), Glover a expliqué qu’il avait un objectif : « Montrer aux gens ce que c’est que d’être Noir. On ne peut pas l’écrire, c’est un truc qu’il faut ressentir. »

Repéré par Tina Fey à 22 ans

Donald Glover (non, il n’a pas de lien de parenté avec Danny Glover de L’Arme fatale) se fait remarquer à l’université NYU en 2006 dans la troupe Derrick Comedy. YouTube vient à peine de naître mais déjà leurs vidéos cartonnent, notamment cette parodie de spelling bee dans laquelle un candidat doit épeler « nigger-faggot » (« nègre-PD »).

Glover fricote également avec la fameuse Upright Citizens Brigade. Sur le conseil d’Amy Poehler, ancienne du groupe, Tina Fey l’embauche pour écrire sur 30 Rock. Il sort tout juste de la fac et n’a que 22 ans. Il enchaîne en 2009 comme acteur dans la sitcom Community. Ses pleurs font souvent rire et il forme avec Danny Pudi le duo fandom ultime, Troy & Abed.

Kanye West génération 4Chan

Côté musique, il dégaine un premier album en 2011 comme Childish Gambino, un pseudo sorti d’un Wu-Tang Clan name-generator. Son rap est ludique, ses textes inventifs et infantiles, comme du Kanye West génération 4Chan (« And baby stay stacked like she bad at Tetris », « My dick is like an accent mark, it’s all about the over E’s » [ovaries], « I’ve seen it all, like I’m John Mayer’s penis hole »). Il culmine avec un second album baptisé Because The Internet. Et c’est exactement ça, Donald Glover était la culture Internet avant que la culture Internet soit cool.

Chicken wings et brutalité policière

Sa série est plus nuancée. Glover conserve quelques références geeks (un des personnages veut choper une « Instaslut », une « slut » d’Instagram) mais la vraie force du show, acclamé par une grande partie de la communauté d’Atlanta sur Twitter, c’est son authenticité. « On vient de passer de wings poivre-citron aux maladies mentales et à la brutalité policière. Probablement les deux minutes les plus noires de l’histoire de FX », souligne le podcasteur LaJethro Jenkins.

Atlanta n'a pas la prétention d'avoir les réponses aux maux de la société américaine. Mais avec son format de 22 minutes oscillant entre l’hyperréalisme social et le surréalisme comique, la série est un ovni qui réussit à trouver sa voix dès ses deux premiers épisodes. Elle est bien à l’image de son créateur.