«Orange is the new black»: Pourquoi une série sur une prison parle si bien des (vraies) femmes

SÉRIE TV Loin des clichés habituels et à des kilomètres des éternels stéréotypes féminins, la série qui reprend ce vendredi sur Netflix, dépeint une fresque inédite sur le « sexe faible »… 

Clio Weickert

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Image extraite de la saison 4 «d'Orange is the new black»
Image extraite de la saison 4 «d'Orange is the new black» — © Netflix

La taule, une histoire de bonshommes ? Loin de là. Depuis trois ans, et alors que la 4e saison débarque ce vendredi sur Netflix, Orange is the new black déroule le quotidien de Litchfield, une prison de femmes, des vraies. Des détenues enfermées pour des raisons aussi diverses que variées, du trafic de drogues à l’homicide, bien obligées de cohabiter dans un espace hostile et confiné, pour le meilleur et pour le pire.

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Au programme ? Des histoires de culottes, de serviettes hygiéniques, une tripotée d’histoires d’amour, d’amitié, de sexe, des crêpages de chignon en veux-tu en voilà, des jalousies, des coups bas… En bref, des histoires de bonnes femmes. Criminelles, qui plus est. Oui, mais aussi beaucoup plus que ça. Car derrière ce décor carcéral se cache une représentation inédite de la femme, des femmes. Et qui casse les clichés.

« Une femme sans mari est un navire sans gouvernail »

Sans homme, le navire OITNB avance pourtant pas trop mal. Alors même qu’il s’agit d’une série créée par une femme, Jenji Kohan, inspirée du roman autobiographique My Time in a Women’s Prison de Piper Kerman, et dont l’essentiel du casting est tenu par des actrices. Pour info, on ne compte pas moins d’une vingtaine de rôles récurrents, et cent nouvelles détenues vont débarquer à Litchfield dans la saison 4. Une bonne dose d’œstrogène au centimètre carré, donc.

Un univers féminin dont est particulièrement fière Yael Stone, l’interprète de la fringante « Morello », ravie « d’avoir pu travailler avec autant de femmes à la fois ». « Au début, on me demandait comment ça se passait sur le tournage, si on passait notre temps à se battre… Comme s’il ne pouvait en être autrement », a-t-elle confié à 20 Minutes dans le cadre de la tournée promo européenne des actrices. Mais « même s’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour une équité homme/femme », Yael Stone estime « que les producteurs ont enfin pris note que mettre des femmes en avant pouvait avoir un intérêt commercial ». Et scénaristique.

« Toutes les mêmes »

Puisqu’il n’existe pas qu’un seul gabarit de femme sur terre (si si), Orange is the new black a fait le pari d’en montrer une large palette. « Nous embrassons la diversité, pas seulement sur les origines, mais aussi sur les différentes morphologies, les orientations sexuelles… Cette série est vraiment le reflet du monde dans lequel nous vivons », explique Selenis Leyva, « Gloria Mendoza » dans OITNB. « Il y a des Latinas, des Afro-Américaines, des Asiatiques, des femmes blanches d’âges et de tailles diverses, des lesbiennes, des hétéros, une personne transgenre, et toutes coexistent dans une seule et unique série », ajoute Uzo Aduba, la géniale interprète de « Crazy Eyes ».

Autre point important, toutes les héroïnes « coexistent » sur le même plan. Car si la première saison tournait autour du personnage de la blonde et new-yorkaise Piper (et pas forcément la plus intéressante), Jenji Kohan a petit à petit, décentré son regard, pour faire vivre les autres personnages. En ce sens, la créatrice n’hésite pas à insuffler une nouvelle vie et à porter un intérêt inédit à des personnages secondaires, plus de vingt épisodes après leur apparition. L’une des nombreuses raisons pour lesquelles ce huis clos ne tourne pas en rond.

« Sois belle et tais-toi »

Des femmes de tous horizons donc, mais surtout des femmes de la « vraie vie ». Ni photoshopées, ni camouflées sous des tonnes de poudres et de paillettes, et encore moins sur leur 31 (uniforme oblige). Des femmes qui ont parfois du poil sous les bras, de la cellulite, les cheveux gras, les seins qui tombent, leurs règles une fois par mois, et qui vont même aux toilettes (incroyable, oui). « Je pense que les gens sont touchés par notre série parce que quand vous la regardez, vous vous voyez vous-mêmes ! », explique Lea DeLaria, alias « Big Boo ». « En général, la télé montre des femmes très glamours, avec des cheveux et un maquillage parfaits. Ce n’est pas notre cas, et au final notre série est plus réelle qu’une téléréalité ».

Voguant elle-même entre différents genres, du rire aux larmes, OITNB n’enferme pas ses actrices dans des cases. Et sans excuser pour autant les crimes de ses héroïnes, Jenji Kohan s’échine au fil des épisodes à montrer comment ces femmes en sont arrivées là, grâce à un astucieux recours aux flash-back, l’occasion de prouver sans cesse que l’habit ne fait pas le moine. Et encore moins la femme.