«Le Grand Journal»: L'émission est touchée par une sale année, mais pas coulée

MEDIAS Le départ de Maïtena Biraben a été annoncé ce jeudi, le lendemain de l’officialisation de la reconduction du talk-show sur Canal + à la rentrée…

Fabien Randanne

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Dans le décor du «Grand Journal», en 2015.
Dans le décor du «Grand Journal», en 2015. — Xavier Lahache - Canal+

Il tangue, mais ne coule pas. Si Maïtena Biraben quitte le navire à la fin du mois, Le Grand Journal, lui, voguera toujours dans la grille de Canal + à la rentrée. Malgré les audiences sévèrement douchées – elles ont été divisées par deux en un an - et le flot incessant de critiques et de polémiques, la direction de la chaîne cryptée refuse jeter son bébé avec l’eau du bain médiatique. Quelle est donc la stratégie du capitaine Bolloré ? La question plonge les spécialistes des médias dans un abîme de perplexité.

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« C’est une émission en échec, je ne comprends pas pourquoi elle est maintenue, s’étonne la sémiologue Virginie Spies. Vincent Bolloré n’est pas un homme de média, il dirige la chaîne sans avoir conscience que la télévision, ce n’est pas une entreprise comme une autre et que l’on peut réinventer les choses. Ou alors, il veut tuer Canal +… En tout cas, si je voulais couler la chaîne, je ne m’y prendrais pas autrement. »

« Une coquille vide »

Le Grand Journal a longtemps été une vitrine, une tête de gondole de la quatrième chaîne. « La saison prochaine, elle sera une coquille vide », prédit Aliette de Villeneuve, responsable du pôle contenus des programmes chez NPA Conseil. « La marque « Grand Journal » est dépréciée, elle a beaucoup souffert, mais elle est identifiée, tout le monde la connaît. On sait que c’est le rendez-vous de Canal + le soir », nuance-t-elle aussi tôt, en plaidant pour un « reboot complet de la marque et de la case ». Car, à ses yeux, si les audiences continuent de prendre l’eau la saison prochaine, « ce sera un signal très négatif pour les autres émissions en clair ».

Vincent Bolloré n’en fait pas mystère, il envisage de réduire fortement les plages de programmes en clair pour inciter les téléspectateurs à s’abonner. Une stratégie qui va complètement à rebours de celle qui a longtemps été celle de la chaîne : penser les émissions en clair comme un produit d’appel. Mais aujourd’hui, le clair, pour le groupe Canal +, c’est surtout D17 et D8…

« La politique, au "Grand Journal", ça ne marche plus »

En attendant, pour redresser la barre du Grand Journal, il semble primordial de repenser le contenu de fond en comble. « Se contenter de remplacer Maïtena Biraben par Victor Robert, cela ne mènera à rien d’autre que de mettre ce nouvel animateur en difficulté », insiste Virginie Spies.

L’analyste des médias ajoute : « Le public attend peut-être autre chose de l’émission ces dernières années. Clairement, la politique, au Grand journal, ça ne marche plus. En revanche, cela fonctionne très bien en pastille dans C à Vous, le talk-show concurrent de France 5. Il faut donc trouver une nouvelle formule, prendre des risques, il y a plein de formats à inventer. »

Aliette de Villeneuve ne dit pas autre chose : « Le talk-show est un genre qu’il n’est pas difficile de renouveler, il est toujours possible de trouver de bonnes idées. Nouveau présentateur, nouveau rubriquage… Tout reste à faire, c’est un vrai challenge. » Pour Canal +, pourtant, cela ne semble pas la mer à boire.