«Hap and Leonard»: Christina Hendricks nous parle séries, sexisme et Arcade Fire

INTERVIEW L’inoubliable Joan de «Mad Men» revient dans «Hap and Leonard», un thriller pulp diffusé en France sur Sundance Channel ce 2 juin…

Annabelle Laurent

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Christina Hendricks dans Hap and Leonard, sur Sundance Channel France e 2 juin.
Christina Hendricks dans Hap and Leonard, sur Sundance Channel France e 2 juin. — James Minchin/SundanceTV;

Joan n’est plus, vive Christina Hendricks. Après huit ans passés dans la peau de la secrétaire en chef de Sterling Cooper dans Mad Men (2007-2015), l’actrice enchaîne les projets, au cinéma (The Neon Demon, en retrouvant Nicolas Winding Refn après Drive, et bientôt Pottersville) comme sur le petit écran, cher à son cœur.

Dans la mini-série Hap and Leonard, dont les fans de Banshee et Fargo devraient surveiller la diffusion ce 2 juin en France sur Sundance Channel, on la retrouve dans le rôle de Trudy. Une femme fatale qui embarque deux meilleurs amis (James Purefoy, Marc-Antoine dans Rome et Michael Kenneth Williams, le Omar de The Wire) dans la quête d’un million de dollars tombé au fond d’un lac... 

Comment êtes-vous arrivée sur cette série ?

Je m’apprêtais à faire une pause après Mad Men mais j’ai trouvé le scénario tellement inhabituel et bien écrit que j’ai reconsidéré ma décision. Ce personnage classique du  pulp qu’est Trudy évolue de façon complètement inattendue, c’est ce qui m’a intéressé.

Votre personnage est celui d'une femme fatale…

Des femmes fatales, il y en a toujours eu dans la fiction et il y en aura toujours… Mais ce que Joe Landsdale a réussi dans ses romans [la série est adaptée de la série de romans du même nom] et ce que les réalisateurs d’Hap and Leonard ont poursuivi, c’est nous laisser croire qu’on cerne les personnages, que l’on catégorise – le bel homme fort, le hippie un peu fou… - et de vite jouer avec nos attentes pour nous montrer qu’ils sont plus que cela.

Au regard de votre filmographie, aucun genre ne semble vous effrayer…

Pour ce projet en particulier, j’ai été séduite par l’ambiance country [du Texas des années 1980]. J’aime quand l’atmosphère m’enveloppe. Le réalisateur et les acteurs ont bien sûr influencé ma décision, mais à partir du moment où le personnage me saute au visage, c’est bon.

Christina Hendricks en Joan Holloway, il y a bien longtemps... En 2008, dans la saison 1 de Mad Men. 
Christina Hendricks en Joan Holloway, il y a bien longtemps... En 2008, dans la saison 1 de Mad Men.  - AMC

Dans « Mad Men », Joan a toujours eu la cote auprès des fans, qui la voyaient comme une sorte de mentor. Comment l’expliquez-vous ?

Assez tôt, dès la saison 1, j’ai commencé à remarquer combien les fans étaient solidaires de Joan, ce qui est assez drôle parce que pour moi, elle était assez méchante, parfois (Rires). Mais elle est aussi très honnête. Elle ne se laisse pas abattre, c’est une femme très forte, très intelligente aussi. Et elle affronte les épreuves avec tellement d’énergie positive que je crois que les gens y trouvaient de l’inspiration…

Vous aussi ?

Oh j’espère avoir retenu quelque chose d’elle, oui ! La jouer pendant huit ans, c’était comme avoir une meilleure amie que tu admires. J’espère lui avoir emprunté un peu de sa confiance et de persévérance.

Il y en a sans doute des dizaines, mais si vous deviez citer une scène de « Mad Men » qui vous a marqué ?

Il y a cette scène avec John Slattery dans la saison 1. Roger vient d’avoir une crise cardiaque, il vient dans mon bureau et je le maquille pour tenter de lui donner meilleur mine afin que personne ne soit au courant. Je trouve cette scène tellement bouleversante pour ce qu’elle dit de leur relation : elle veille sur cet homme qu’elle aime en secret, et prend énormément sur elle tandis que lui se préoccupe de tous, sauf d’elle. C’est pour moi un bon exemple du grand talent d’écriture de Matthew Weiner, et c’était un très beau moment à jouer.

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Joan s’est battue contre le sexisme tout au long de Mad Men. Que vous inspirent les voix qui s’élèvent contre les inégalités à Hollywood ? Comme celle de Jennifer Lawrence par exemple ?

La plupart des actrices ont malheureusement fait l’expérience du sexisme. Moi aussi, bien sûr. Christina Hendricks est évidemment bien mieux lotie que Joan Harris, mais face aux nombreuses inégalités qui persistent entre hommes et femmes, Jennifer Lawrence a tout à fait le droit de faire ce qu’elle fait. Il faut qu’on continue à se battre, sur les salaires, la quantité de rôles, le type de rôles…

Sur le type de rôles, justement, vous êtes-vous déjà sentie limitée dans votre carrière ?

Je ne suis pas dans la tête des directeurs de casting, vous savez. Les rôles, je les ai ou je ne les ai pas. On ne vous dit jamais pourquoi. Et tous les acteurs sont castés sur des caractéristiques physiques. De mon côté j’ai joué tous types de rôles, des médecins, des avocates…

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Certains jugent encore la qualité du cinéma supérieure à celle des séries, et voudraient vous voir davantage sur grand écran…

Cette mentalité est en train de disparaître, heureusement. Le seul débat valable est de savoir à quel point la télévision est en train d’être meilleure que le cinéma.

Quittons-nous sur une chanson. J’ai lu que vous étiez fan d’Arcade Fire. Quel titre d’eux choisir, là, tout de suite ?

Neighborhood #1. C’est la toute première chanson que j’ai entendu d’eux. Il y a tant d’enthousiasme, tant d’énergie dans ce titre. Et Funeral (2004) est le meilleur album de la décennie.