Canal+: Que vaut le plan de sauvetage de Vincent Bolloré?

MÉDIAS Ce mardi dans les colonnes des « Echos », le président de Vivendi et du groupe Canal +, a affirmé que la chaîne cryptée était « sauvable »…

Clio Weickert

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Vincent Bolloré, le président de Vivendi et du groupe Canal+
Vincent Bolloré, le président de Vivendi et du groupe Canal+ — NIVIERE/SIPA

Perte de 400.000 abonnés en un an, risques de faillite, émissions en péril et fuite de ses derniers « esprits Canal »… Le début 2016 n’a pas été très rose pour la chaîne cryptée. Mais c’est bientôt fini. Ce mardi dans les colonnes des Echos, Vincent Bolloré, le patron de Vivendi, a déclaré haut et fort que Canal + était « sauvable », et « qu’il sera sauvé ». « Sous réserve des accords prévus et des économies à faire », a-t-il tout de même précisé.

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Et pour que le navire ne prenne pas l’eau, le capitaine a confirmé un changement de direction radical : cap sur le crypté. Mais en quoi consiste le nouveau plan de sauvetage « à long terme » de Vincent Bolloré ? Et à quel prix ?

Le clair sur la sellette

« Quand on ouvre une plage en clair, on gagne certes à court terme des recettes publicitaires, mais à long terme, on perd des abonnés », analyse Vincent Bolloré. Et parce qu’il en a perdu un paquet depuis son arrivée, il a annoncé être prêt à sacrifier le clair et le réduire considérablement. « Plutôt du bon sens », selon la sémiologue et analyste des médias Virginie Spies. « Les programmes en clair ne fonctionnent plus car il y a moins de liberté, plus d’enjeux marketing et plus de concurrence qu’à l’époque de la création de Canal. Il a raison de changer son fusil d’épaule, sinon l’étape d’après, c’est la mort de la chaîne. »

Mais pour Julien Bellver, journaliste et corédacteur en chef de Puremedias.com, la réduction du clair serait symptomatique du mal qui ronge la chaîne. « Le clair n’a jamais fait de mal à Canal +. Il peut même lui faire beaucoup de bien. Quand les émissions marchent, elles génèrent un important CA publicitaire qui couvre leurs coûts », explique-t-il. « Un clair puissant, c’est le signe extérieur d’une chaîne en bonne santé, une chaîne qui donne envie de s’y abonner. Un clair en difficultés ou absent fait sortir la chaîne du radar médiatique », ajoute-t-il.

Un grand pas vers le tout payant ?

« Il n’y a pas une seule chaîne payante au monde qui ait des tranches en clair », déclare le patron de Canal. Par conséquent, si réduire les plages en clair est loin d’être exclu, se diriger vers le tout payant ne le serait pas non plus. « Vincent Bolloré ne croit pas au modèle du clair/crypté. Il n’y a selon lui que les chaînes 100 % à péage qui ont un avenir », réagit Julien Bellver. Un virage qui n’est pas sans risque. « Le 100 % crypté marche à une condition, que le catalogue film/séries/sports soit ultra puissant et financièrement abordable. Ce n’est pas le cas de Canal + aujourd’hui », estime-t-il.

Sans compter sur le facteur affectif, note Virginie Spies : « Il y a une dimension quasi amoureuse entre les téléspectateurs et la chaîne, des souvenirs et des habitudes… et c’est là que ça peut être risqué. D’autant que depuis son arrivée, Bolloré est parti sur des mauvaises bases et a une très mauvaise image ». A tel point selon elle, que le simple nom du patron ferait désormais fuir des aficionados de l’esprit Canal. Alors de là à payer…

D8, le cimetière des éléphants ?

Et quid des derniers rescapés de la chaîne ? Alors que l’avenir du Grand journal, et celui du Petit, semblent plus qu’incertains, que va-t-il advenir de Salut les terriens !, du Tube ou encore de La Nouvelle édition ? Si certaines pourraient basculer en crypté (pas forcément encourageant, quand on regarde du côté des Guignols), d’autres pourraient être relégués vers la petite sœur. « On a du mal à imaginer Thierry Ardisson sur D8, en plaisante Virginie Spies, on est loin de l’esprit Canal et de son ton moqueur… » Selon Puremedias, le producteur et animateur lorgnerait déjà vers d’autres horizons.

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BeIn à la rescousse

Si le plan de Vincent Bolloré pourrait laisser quelques sacrifiés sur le bord de la route (si iTélé semble sauvé, son avenir demeure encore incertain), il y a un domaine que le patron de Vivendi ne compte pas lâcher : le sport. Une offre qui a fait la renommée de Canal, mais qui a depuis quelques années pris un sacré coup dans l’aile. Or, comme le rapportent les Echos, « il estime que, si le groupe obtient de l’Autorité de la concurrence le droit d’être le distributeur exclusif de BeIn Sports, il pourra commencer à rebondir ». Mais BeIn est-il suffisant pour relancer la chaîne ? « Vincent Bolloré semble suspendu à l’accord beIN/Canal qui est loin d’être acquis. Depuis un an, Canal + s’est appauvrie, notamment avec la perte des droits de la Premier League. Pour sauver Canal, il doit montrer à ses clients que grâce à son arrivée, leur offre à 40 euros par mois va s’enrichir », selon Julien Bellver. Canal + passera-t-il l’hiver prochain ? La chaîne ne semble en tout cas pas à l’abri d’une (nouvelle) tempête.