«Panama Papers»: «La défense des lanceurs d’alerte doit aussi concerner les journalistes», estime Elise Lucet

INTERVIEW Elise Lucet proposait mardi dans son émission « Cash Investigation » sur France 2 une enquête sur les « Panama Papers »…

Propos recueillis par Vincent Julé

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Elise Lucet propose et présente l'émission d'enquêtes «Cash Investigation»
Elise Lucet propose et présente l'émission d'enquêtes «Cash Investigation» — SCHOUSBOE Charlotte / FTV

Mardi soir, Elise Lucet propose un nouveau numéro inédit de Cash Investigation sur les paradis fiscaux et l’affaire  Panama Papers, une enquête menée dans le plus grand secret en collaboration avec Le Monde, la BBC, la Süddeutsche Zeitung et d’autres médias. La confirmation éclatante que la « gentille » présentatrice du JT de 13 heures de France 2 est devenue, en quelques années, l’un des visages incontournables et implacables de l’investigation en France. Une envie depuis toujours, et surtout beaucoup de travail, a-t-elle confié à 20 Minutes.

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Avez-vous toujours été attiré par l’investigation ?

Oui, il ne faut pas oublier que j’ai présenté Pièces à conviction sur France 3 pendant plus de dix ans. Déjà dans mes émissions Nimbus, Science 3 et Les Aventuriers de la science dans les années 1990, je prenais l’angle scientifique pour mener des enquêtes sur les pesticides ou les OGM. Mais j’ai aussi appris au fil des années, au gré des rencontres, à faire preuve de pugnacité, à prendre mon temps, etc.

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«Cash Investigation» est né de cette envie ?

L’émission est aussi et surtout une réponse aux directeurs de communication et aux attachés de presse, qui veulent de plus en plus dicter leur métier aux journalistes. Il s’agissait de repositionner, de réinvestir le champ journalistique.

Vous êtes surtout connue pour être le visage du JT de 13 heures de France 2 : handicap ou avantage ?

La première année de Cash, j’ai remarqué que cela créait un vrai trouble : « Pourquoi la fille du «13 heures» vient me parler, pourquoi est-elle aussi insistante ? » Mais maintenant, tout le monde le sait, et cela peut même aider à décrocher des interviews, comme celle de Michel Sapin, ministre des Finances, dans la numéro de mardi soir au sujet des paradis fiscaux et des «Panama Papers».

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Lorsque vous êtes à l’écran, lors d’une caméra cachée ou d’un échange musclée, vous devenez un point de repère pour le téléspectateur, une incarnation humaine de l’investigation…

C’est vrai, il n’a jamais été question de faire une émission de journalistes pour les journalistes. Une émission exigeante, oui, mais pour le grand public. A regarder comme un film ou une série. Les gens m’arrêtent dans la rue pour me féliciter, me dire de continuer, et ils ont entre 18 et 92 ans, sont chômeurs comme CSP+.

Quel est votre degré d’investissement dans les enquêtes ?

A l’heure actuelle, je suis impliquée dans six enquêtes, pour lesquelles autant de journalistes bossent non-stop pendant un an. Moi, je ne peux pas être à 100 %, mais je suis leur travail, multiplie les briefs… pas de 20 minutes mais de trois ou quatre heures. Nous travaillons beaucoup. Je dois être à la hauteur, être là au bon moment. Il n’est pas question de tirer la couverture à soi, personne n’est dans son coin, nous fonctionnons comme une équipe, un collectif.

Certaines agences de com' proposent des coaching anti-Elise Lucet, qu’en pensez-vous ?

On crée de l’emploi ! C’est leur réponse, c’est symptomatique et assez drôle. Pour moi, c’est simple, si vous êtes face à une équipe de bons journalistes, qui ont enquêté pendant plusieurs mois sur votre boîte, il ne vaut mieux pas tourner la tête ou pratiquer la politique de la chaise vide, il faut juste répondre. Se préparer, et répondre.

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Avec «Le Monde», «Cash Investigation» est le seul média français à avoir enquêté sur les «Panama Papers». Un aboutissement ?

Je parlerais plus d’étape. C’est surtout le résultat du travail de notre journaliste Edouard Perrin, déjà à l’origine du scandale LuxLeaks, pour lequel il est d’ailleurs mis en examen au Luxembourg pour détournement d’informations. Il faut vraiment que la défense des lanceurs d’alerte concerne aussi les journalistes. Nous avons mis en place un calendrier de diffusion avec Le Monde, et donc nous évoquons Michel Platini, la Société générale, Patrick Balkani ainsi que Gérard Autajon, méconnu du grand public mais roi de l’emballage et l’une des plus grandes fortunes de France. Je suis également aller à la rencontre de Madame de Rothschild au sujet d’une grosse somme d’argent et de sa provenance pour le moins douteuse. Michel Sapin sera ensuite avec moi en plateau, pour faire plusieurs annonces.