NRJ12: Téléréalité, animateurs, concepts... Les défis à surmonter pour éviter le «crash» industriel

MÉDIAS Plusieurs challenges de taille attendent Guillaume Perrier qui a été nommé ce mercredi directeur général opérationnel du pôle télé du groupe NRJ…

Fabien Randanne

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Au siège de NRJ 12, en juillet 2012.
Au siège de NRJ 12, en juillet 2012. — JACQUES DEMARTHON / AFP

« Accident industriel ». L’expression est sortie de la bouche de Jean-Paul Baudecroux, le président du groupe NRJ qui, dans une interview publiée vendredi par Le Figaro évoquait ainsi les mauvais résultats de NRJ12 depuis la rentrée de septembre. Le pôle télé plombe les comptes du groupe (également propriétaire de Chérie 25) : son déficit, qui a crû de 50 % en 2015, atteint les 37 millions d’euros de pertes. Ce mercredi, Guillaume Perrier a été nommé directeur général opérationnel des chaînes du groupe NRJ. Un poste créé pour lui et qui s’avère hautement stratégique pour que les deux chaînes dont il aura la charge ne virent pas à la « catastrophe » industrielle. 20 Minutes dresse la liste des défis qui l’attendent du côté de NRJ 12.

  • Proposer des concepts VRAIMENT innovants

Diagnostic : Nouveau logo, nouvel habillage, nouveaux programmes, nouvelles têtes… A la sortie de l’été, NRJ 12 souhaitait faire souffler un vent de fraîcheur sur son antenne. Avec ce grand coup de neuf, la chaîne ambitionnait d’élargir son public en essayant de capter l’attention des 25-49 ans. Elle voulait ainsi réduire la voilure sur la téléréalité et miser sur des divertissements plus fédérateurs. Mais la version 2015 de L’Académie des Neuf n’a pas trouvé son public, pas plus que Le Labo de Damidot. Face à France, le talk-show de Jean-Marc Morandini, bénéficiait d’audiences satisfaisantes, oscillant entre 153.000 et 380.000 téléspectateurs. Mais des divergences sur la ligne éditoriale de l’émission – l’animateur, contrairement à ce que souhaitait la direction, voulait traiter de sujets « sérieux » tels que le terrorisme – ont conduit à sa déprogrammation au bout de quatre numéros.
 

Défi 1. La chaîne a opéré son revirement d’image avec des bouleversements sans doute trop radicaux plutôt que par petites touches, ce qui a déstabilisé son public traditionnel, sans attirer l’attention de nouveaux téléspectateurs potentiels. Si NRJ12 a pris des risques, ce n’est pas dans les concepts proposés, qui ne se démarquent pas par leur originalité. L’Académie des Neuf et Face à France sont des resucées à peine modernisées d’émissions cultes… des années 1980.

  • Trouver des personnalités capables d’incarner la chaîne

Diagnostic : Le groupe qui, selon Le Figaro, avait investi entre 50 et 70 millions d’euros pour recruter des figures telles que Benjamin Castaldi et Valérie Damidot, s’est planté. Les deux animateurs stars étaient peut-être trop marqués TF1 et M6 pour devenir instantanément les nouvelles figures de proues incarnant NRJ 12. Leurs émissions respectives – L’Académie des Neuf et Le Labo de Damidot – ont rapidement été déprogrammées. Dans le même temps, Mathieu Delormeau, jusque-là omniprésent à l’antenne sans que la chaîne ne se rende vraiment compte qu’il était une tête de gondole, a rejoint la bande de Touche pas à mon poste sur D8… « Il est toujours difficile d’installer de nouveaux programmes et de nouvelles personnalités, même si elles sont connues, dans des cases où la concurrence est très forte », analysait alors pour 20 Minutes Aliette De Villeneuve, responsable du pôle marketing des programmes au sein de NPA Conseil.

Défi 2. Cet hiver, NRJ12 a bien tenté de faire revenir Mathieu Delormeau dans son giron, mais l’ex-animateur du Mag a snobé ces appels du pied. Benjamin Castaldi est déjà parti vers d’autres horizons. Valérie Damidot est encore liée à la chaîne mais, officiellement, aucun nouveau projet ne lui a été confié. NRJ12 va donc revoir son casting et, pourquoi pas, miser sur le capital sympathie de Valérie Damidot afin de lui confier une émission au concept original, loin des opérations marouflage ou du domaine de la vulgarisation scientifique investi par Le Labo de Damidot et dans lequel personne ne l’attendait vraiment.

  • Assumer la téléréalité et la dépoussiérer

Diagnostic : Le pire, c’est que NRJ 12 s’est aussi pris les pieds dans le tapis sur un terrain qu’elle maîtrisait bien jusque-là : la téléréalité. Le Daily Mag, nouvelle version du Mag animé durant cinq saisons par Mathieu Delormeau, s’est soldé par un échec d’audience avec Karima Charni aux commandes. Les "ieuvs" font leur show, qui mettait en scène des séniors préparant, à Las Vegas, un spectacle rock, au côté de « djeun’s » était pensée pour rassembler les générations devant NRJ12. Mais ni les papys, ni les jeunots n’y ont trouvé leur compte et cette nouveauté a tiré sa révérence une semaine après son lancement. « C’était un format nouveau, assez original et décalé, cela n’est pas passé. D’autant plus qu’en face, sur NT1, Secret Story s’installait de manière durable », expliquait à l’époque Aliette de Villeneuve.

Défi 3. Bonne nouvelle : Le Mad Mag, nouvelle mouture du Daily Mag qui était une version corrigée du Mag (tout le monde suit ?), à l’antenne depuis le 23 février, réalise de meilleurs scores que son prédécesseur. Les audiences varient entre 268.000 et 449.000 téléspectateurs (le résultat le plus haut, enregistré le 21 mars) et NRJ 12 peut donc se satisfaire de cette émission animée par Ayem. La huitième saison des AngesPacific Dream – en cours de diffusion, glane elle aussi de relativement bonnes audiences, autour de 606.500 téléspectateurs en moyenne, mais on est loin des éditions les plus fastes (841.000 téléspectateurs en moyenne pour la saison 4 ; 781.000 pour la saison 6). Le défi va donc être de redynamiser une recette éprouvée et qui pourrait, à la longue, lasser le public ado, aussi volatile qu’un snap…