Canal+ à Cannes: Le désaveu de Maïtena Biraben?

MEDIAS Le nouveau dispositif du «Grand Journal» et l'arrivée d'Ali Baddou à Cannes sont-ils les premiers signes d'un désaveu de Maïtena Biraben...

V. J.

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Maïtena Biraben prend les commandes du Grand Journal le 7 septembre 2015
Maïtena Biraben prend les commandes du Grand Journal le 7 septembre 2015 — Augustin Détienne/Canal+

Maïtena Biraben privée de Cannes ? Ali Baddou pour représenter Canal + pendant le Festival ? Ces derniers jours, la rumeur enflait au sujet de l’absence du Grand Journal sur la Croisette, signe clair d’un désaveu de son animatrice. Lundi, le directeur général du groupe, Maxime Saada, prenait la parole dans Le Parisien pour dévoiler le dispositif cannois, une annonce faite habituellement en avril et donc une précipitation « pour couper court aux rumeurs avant que ça devienne n’importe quoi », explique-t-on du côté de la chaîne cryptée. Le Grand Journal sera donc bien à Cannes… mais aussi à Paris. « Mécaniquement, les audiences baissent pendant le Festival. Cette année, on courait à la catastrophe. Le Festival voulait un meilleur écrin », commente une source interne à la chaîne, citée par Puremedias.

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Maïtena Biraben, chef d’orchestre

Deux plateaux, deux ambiances mais un seul chef d’orchestre, assure la chaîne : Maïtena Biraben. Entourée de Victor Robert et Lauren Bastide, l’animatrice traitera de l’actualité nationale et recevra des invités depuis la capitale, tout en assurant des allers-retours incessants avec la plage de l’Hôtel Martinez. « Le plateau cannois est en cours de conception, mais vous retrouverez autour de la table Augustin Trapenard, Didier Allouch, Laurent Weill, Cyrille Eldin par intermittence et sûrement des experts cinéma pour un total de 6 ou 7 personnes », précise le service communication de Canal +. « Antoine De Caunes est un homme de cinéma, il avait une légitimité à être sur la Croisette, explique le sociologue des médias François Jost. C’est moins le cas de Maïtena Biraben. » Mais il n’est pas impossible qu’elle passe faire un petit coucou. Ce dédoublement a été pensé et mis en place en réaction aux critiques récurrentes contre Le Grand Journal lors du Festival de Cannes et pour assurer une cohérence éditoriale à l’émission.

Fini donc Le Grand Journal 100 % paillettes et champagne, l’idée est de faire éclater la bulle cannoise et de ne pas se retrouver avec une actualité grave annoncée par un animateur tiré à quatre épingles, prêt à partir en soirée, sur fond de soleil couchant. Difficile de le formuler autrement, mais les attentats sont passés par là. Reste qu’un autre animateur phare de la chaîne sera, lui, à Cannes, tous les jours, en deuxième partie de soirée et en crypté. Selon Canal +, il n’est pas question de faire d’Ali Baddou le visage « officiel » de Canal à Cannes, mais plutôt de multiplier la visibilité de la chaîne. Or, l’approche magazine du présentateur du Supplément s’adapterait mieux au Festival de Cannes. Il reprendra d’ailleurs les équipes et les codes de son émission pour ce nouveau rendez-vous, qui ne sera pas une déclinaison du Supplément (à l’instar du Supplément Interdit en décembre) et qui cherche encore son titre.

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Après avoir divisé Le Grand Journal en deux depuis janvier pour booster les audiences, le dispositif cannois 2016 est un nouveau réajustement stratégique : la fête à Cannes, l’info à Paris. Le souci, commente François Jost, c’est que pour la fête, le fun, Le Grand Journal s’est fait doubler par Touche pas à mon poste et par C à vous, tourné de plus en plus vers le rire et l’effet de bande. Ils se sont fait piquer le fameux "esprit Canal" ». Que lui reste-t-il ? D’être plus sérieux, mais se pose alors la question de la légitimité de Maïtena Biraben : « Elle est une animatrice multi-cartes, mais sans personnalité journalistique bien définie. C’est son principal handicap. Et elle n’est pas entourée de vrais journalistes, comme à l’époque de Jean-Michel Aphatie, Natacha Polony et Karim Rissouli. »

A la tête du Grand Journal jusqu’en 2022

D’un côté, les jeunes zappent sur Touche pas à mon poste, de l’autre, les désabonnements se multiplient, jusqu’à 400 000 en 2015, et au milieu, Le Grand Journal est toujours la vitrine de la chaîne et Maïtena Biraben la « tête de pont du Canal + de l’ère Bolloré » comme l’écrit Libération dans un récent portrait. Une situation délicate, difficilement tenable, même si Vincent Bolloré a répété plusieurs fois que l’animatrice restera à la tête du Grand Journal jusqu’en 2022. Mais comme le signale François Jost : « Bolloré est très attentif à la rentabilité, et un contrat, ça se casse ». L’intéressée avouait elle-même dans Paris Match que si elle n’atteint pas son objectif, « la règle veut qu’on pense à [la] remplacer ». Mais le spécialiste des médias va plus loin que le cas de Maïtena Biraben et se demande si, finalement, Le Grand Journal ne serait pas la première victime de la fin (ou du début de la fin) de l'« infotainment », avec pour preuve la séquence polémique de Cyrille Eldin avec Fleur Pellerin qui a coûté son poste à une chargée de production éditoriale de l’émission.