«Deutschland 83»: Pourquoi la guerre froide réchauffe les séries d’espionnage ?

SERIE Le KGB, la Stasi et la CIA s’affrontent à nouveau, sur le petit écran, sur fond de crise des Euromissiles. Et ça fonctionne…

Anne Demoulin
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Jonas Nay (Moritz) et Maria Schrader (Leonora) dans «Deutschland 83».
Jonas Nay (Moritz) et Maria Schrader (Leonora) dans «Deutschland 83». — Conny Klein/UFA Fiction

Le rideau de fer tombe sur les séries télé. Après The Americans, Allegiance, The Assets, la série allemande Deutschland 83, créée pour la chaîne RTL et diffusée chaque lundi à 20h55 sur Canal+ et saluée par la critique, plonge le téléspectateur dans les arcanes de l’espionnage et du contre espionnage russo-américain de l’ère Reagan. Pourquoi la guerre froide réchauffe-t-elle à nouveau les scénarios du petit écran ?

Un moment historique sous haute tension

« L’action de ces séries se déroule aux alentours de 1983 à un moment de reprise des hostilité entre l’Est et l’Ouest avec la crise des Euromissiles », constate Marjolaine Boutet, historienne spécialiste des séries télévisées, qui coordonne les numéros «Guerre en séries» pour la revue scientifique TV/Series. Un moment historique sous haute tension, susceptible de servir de toile de fond à des intrigues palpitantes.

Une histoire connue, mais avec un nouvel angle

Dans les séries américaines des années 1980, la guerre froide était représentée d’un point de vue très manichéen, « qui reflétait l’idéologie de l’époque », note l’experte.

A l’exception The Assets, annulée par ABC, faute d’audience, toutes ces séries racontent la guerre froide du point de vue de l’Est. The Americans qui raconte le quotidien de deux agents du KGB installés à Washington juste après l’élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis, tandis que Deutschland 83 narre les aventures d’un jeune agent de la Stasi, envoyé à l’Ouest pour espionner la campagne de manœuvres militaires dissuasives baptisée Exercice Able Archer 83, menée par l'OTAN en novembre 1983.

« La guerre froide est montrée du point de vue des “vaincus” et montre comment les communistes ont vécu cette défaite », analyse Marjolaine Boutet. Une façon pour les scénaristes d’avoir des personnages plus complexes, plus en rapport avec les attentes des téléspectateurs aujourd’hui. Deutschland 83 montre « une société dure, mais des citoyens qui y croyaient. Un hommage aux Allemands de l’Est, réduits au silence après la réunification », note la spécialiste.

Une certaine nostalgie

« Les séries qui mettent en scène la guerre froide jouent aussi la carte de la nostalgie un peu enfantine des années 1980, où le monde semblait plus simple », remarque encore Marjolaine Boutet.

Ces séries jouent aussi la carte de la nostalgie sur le plan esthétique. « Elles mettent en scène l’espionnage à l’ancienne, avec ses perruques, ses gros émetteurs et ses valises à double-fond et tous ces gadgets à la James Bond », résume l’historienne, mais aussi toute une série d’objets vintage, issus des deux blocs. Dans Deutschland 83, on roule en Trabant en écoutant sur son Walkman (l’ancêtre du lecteur MP3) Am Fenster du groupe City [sorti en 1977, un grand classique du rock est-allemand]. La chute du mur n'est pas loin.