LCI sur la TNT: Les chaînes d'info BFMTV et iTélé sont-elles vraiment menacées?

MEDIAS Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) annoncera d’ici à la fin décembre l’éventuel passage de LCI sur la TNT gratuite…

Clio Weickert
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Les membres du Syndicat des journalistes de BFMTV face au conseil du CSA lors des auditions publiques du 3 décembre 2015
Les membres du Syndicat des journalistes de BFMTV face au conseil du CSA lors des auditions publiques du 3 décembre 2015 — C.WEICKERT

Les cartes pourraient être rebattues. Avant la fin du mois de décembre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), devra trancher si oui ou non, LCI peut changer de terrain de jeu et intégrer la TNT gratuite. Un travail de longue haleine puisque LCI s’était déjà vu refuser cette gratuité en 2014. Mais grâce à l’annulation des décisions de CSA par le Conseil d’Etat en juin pour un motif de procédure, la chaîne a pu retenter sa chance. Au grand dam de la concurrence…

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Car si LCI devrait bientôt être fixée sur son sort, par conséquent, les autres chaînes d’info aussi. Malgré les promesses du groupe TF1 de se différencier notablement de ses concurrentes, la colère gronde sur la TNT gratuite. Lundi, Alain Weill, le patron de BFMTV, a fait part de son inquiétude et annoncé qu’une réponse positive du CSA pourrait entraîner jusqu’à 100 licenciements. Dramatisation ou réelle épée de Damoclès ? Les chaînes d’info BFMTV et iTélé sont-elles vraiment menacées ?

« C’est l’info qui va trinquer »

« C’est une vraie crainte qui pèse sur nous », a confié à 20 Minutes Céline Bruel, journaliste et secrétaire du CE de BFMTV. « Ce n’est pas du tout de bon augure pour le marché des chaînes d’info car ça ferait moins d’audience donc moins de budget. Il y a un impact social, mais aussi rédactionnel, c’est donc l’info qui va trinquer », déplore-t-elle.

Jeudi 3 décembre, lors des auditions publiques des responsables du Syndicat des journalistes (SDJ) de BFMTV auprès du CSA, les huit sages du conseil ont pourtant tiqué sur les annonces du patron de BFMTV, notamment les menaces de licenciement, quelque peu alarmistes. « Quand LCI fait du chantage à l’emploi (la chaîne avait annoncé une cessation de diffusion le 31 décembre 2014, puis avait repoussé l’échéance à mi 2015), je pense que c’est du bluff », réagit Céline Bruel. « Ils ne sont pas près du dépôt de bilan. Nous, contrairement à TF1, nous ne sommes pas un grand groupe et si nos marges bénéficiaires sont entamées, on est mort. »

Un soupçon de dramatisation ?

Pour Philippe Bailly, fondateur du cabinet NPA Conseil, si les craintes des salariés peuvent être légitimes, toutes les déclarations sont à prendre avec des pincettes. « On est clairement dans une campagne de lobbying de part et d’autre. Chacun fait valoir ses armes et ses arguments, il y a une dramatisation du discours et des enjeux. » Quand à l’impact sur les audiences, selon lui, « historiquement, la création de nouvelles offres d’info a plutôt permis de les élargir, et de les accroître ».

Des perspectives difficiles à estimer, d’autant que LCI a promis de ne pas empiéter sur les plates-bandes de la concurrence. 80 % de ses programmes seront réservés à l’information, et la part des journaux télé ne pourra excéder 30 % du temps d’antenne, selon ses engagements auprès du CSA. « Si LCI propose plutôt de l’analyse et de l’approfondissement, sera-t-elle susceptible d’empiéter plutôt sur les chaînes d’info ou sur celles orientés vers le magazine et le documentaire ? », s’interroge Philippe Bailly.

« C’est un peu gonflé »

Mais au-delà des baisses d’audience et des partages de budgets publicitaires, la question du pluralisme de l’info se pose aussi. Pour Olivier Ravanello, journaliste et membre du SDJ d’iTélé, « plus il y a de sources d’info sérieuses, plus il y a de journalistes qui font bien leur métier, meilleur c’est pour l’info ». Une menace donc minime ? « Le fait qu’il y ait un acteur supplémentaire va nous obliger à être meilleurs, nous ne sommes pas dans une logique de gâteau à se partager », explique-t-il en ajoutant tout de même que la chaîne concurrente est un peu « gonflée » : « LCI aurait pu aller sur la TNT il y a dix ans. De notre côté, c’est dix ans d’investissement, dix ans de boulot. »

Les menaces sont donc encore difficiles à mesurer, mais les craintes et les crispations sont palpables. Et si le CSA rendra son verdict avant le 31 décembre 2015 concernant LCI et fixera l’avenir de certains, une autre ombre plane sur le petit écran : le projet d’une nouvelle chaîne d’info de France Télévisions…