Dix ans de BFMTV: «Depuis, les chaînes de télé cherchent à toujours montrer au-delà du studio»

INTERVIEW La chaîne d’information en continu a dix ans ce samedi 28 novembre. Philippe Bailly, fondateur du cabinet NPA Conseil, revient sur ses débuts et les conséquences de son lancement…

Anaëlle Grondin

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Ruth Elkrief présente le premier journal de BFM TV, le 28 novembre 2005.
Ruth Elkrief présente le premier journal de BFM TV, le 28 novembre 2005. — MEIGNEUX/SIPA

A l’issue d’un compte à rebours lancé le matin même, BFM TV inaugurait officiellement son antenne le 28 novembre 2005 à 18h avec la présentatrice Ruth Elkrief. iTélé, filiale du groupe Canal +, existait depuis 1999, et LCI, du groupe TF1, avait été lancée cinq ans plus tôt.

Malgré cette concurrence, BFM TV est devenue en quelques années la première chaîne d’information en France, faisant évoluer au passage la manière de consommer de l’info dans l’Hexagone. Philippe Bailly, fondateur du cabinet NPA Conseil spécialisé dans les médias, revient sur les débuts de BFM TV et les conséquences de son arrivée à l’antenne.

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BFM TV a-t-elle bouleversé le PAF dès son arrivée il y a dix ans ?

BFM TV est arrivée en décalé par rapport aux autres chaînes, fin 2005. Les équipes ont eu peu de temps pour se préparer et arrivaient avec des moyens limités. Dans mon souvenir, le moment où BFM TV a émergé c’était au moment de la présidentielle de 2007, avec le débat entre François Bayrou et Ségolène Royal. C’est le premier gros coup qui a fait sa notoriété.

Ce côté priorité au direct - slogan de la chaîne lors d’éditions spéciales - et priorité aux images, la théâtralisation de l’information, c’est ce qui a réussi à BFM TV et c’est ce qui a obligé les autres chaînes à évoluer.

Quelle a été la conséquence de la montée en puissance de cette chaîne sur l’information en France et le reste des médias français ?

Il y avait déjà à l’époque iTélé et LCI. BFM TV n’était pas la première chaîne d’information en continu. En revanche, c’est celle qui est devenue structurante. Jusque-là, les chaînes d’information restaient institutionnelles dans leur traitement, orientées vers le débat et l’analyse. BFM TV a très vite imposé sa patte « priorité au direct ». Pour vous donner un exemple de la façon dont cela influence le reste des médias : maintenant, les chaînes cherchent à toujours montrer au-delà du studio. Très souvent, que ce soit sur BFM TV, iTélé ou dans les JT de 20 H des chaînes historiques, on voit en direct le journaliste dans la cour de l’Elysée, par exemple. On ouvre une fenêtre hors du studio quand bien même il n’y a pas de valeur ajoutée considérable. C’est très rare aujourd’hui qu’il y ait un reporter en plateau ou en studio. Cela fait partie des codes visuels que BFM TV a imposés.

Quels sont les défis à relever pour la « première chaîne d’info de France » aujourd’hui ?

C’est une question qui va aussi se poser pour la chaîne d’information à venir du service public. Une part croissante de l’audiovisuel se concentre sur d’autres écrans que l’écran de télévision. Aujourd’hui les chaînes d’information restent conçues pour l’écran de télévision. Elles devront faire évoluer ce traitement de manière à mieux adresser d’autres écrans. Cela pourrait être une manière différente de cadrer les sujets ou retrouver le même confort que ce que proposent aujourd’hui les grands sites de divertissement. Quand on est abonné à Netflix, par exemple, on commence un programme qu’on peut reprendre à l’endroit où on l’a laissé sur un autre écran. BFM TV pourrait aussi rendre possible le téléchargement du journal du moment sur notre téléphone qu’on va pouvoir regarder ensuite dans le métro, et avoir un traitement adapté à ce mode de consommation.

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