Viol, don d'organe, immigration... Quand la télé dépasse les limites sous prétexte d'instruire le public

SCANDALE « Is This Rape ? », qui sera diffusé lundi à la télévision britannique rejoint une liste déjà fournie de programmes borderlines…

Fabien Randanne

— 

Une image de l'émission «De Grot Donor Show», diffusée en 2007 aux Pays Bas et qui était un canular pour sensibiliser le public au sujet du don d'organes.
Une image de l'émission «De Grot Donor Show», diffusée en 2007 aux Pays Bas et qui était un canular pour sensibiliser le public au sujet du don d'organes. — VINCENT JANNINK / ANP / AFP

L’émission n’a pas encore été diffusée qu’elle fait déjà scandale. Lundi, BBC 3 – l’équivalent britannique de France 4 – programme Is This Rape ? Sex on Trial, autrement dit « Est-ce un viol ? Le sexe en procès. » Le concept : une vidéo montrant un rapport sexuel fictif sera soumise à 24 adolescents qui devront dire si l’acte décrit semble ou non consenti. Les téléspectateurs pourront également se prononcer par téléphone.

L’annonce de ce projet a suscité un grand nombre de réactions, notamment du côté des associations de victimes d’agressions sexuelles et de viols. Un porte-parole de la BBC nie toute quête sensationnaliste et assure que les votes serviront à évaluer la compréhension par le public de la notion de consentement tel que l’entend la loi. Une mission de service publique, en quelque sorte. Cette émission n’est pas la première à frôler – voire dépasser – la ligne jaune en prenant le prétexte de la pédagogie. Retour sur quatre d’entre elles.

  • « De Grote Donor Show », un rein en guise de gros lot

En 2007, la chaîne néerlandaise BBR annonce la diffusion d’un jeu événementiel baptisé Le Grand show du donneur. Vingt-cinq personnes en attente d’une greffe de rein s’affronteront pour remporter un organe qui sera prélevé sur une femme de 37 ans en phase terminale. Les téléspectateurs pourront envoyer des SMS afin d’aider la donneuse à faire son choix. Les médias se déchaînent et dénoncent unanimement le cynisme du projet. Même le Premier ministre de l’époque est monté au créneau.

L’émission est tout de même maintenue et le jeu se déroule sans anicroche, mais à l’annonce du résultat final, coup de théâtre : le présentateur révèle que tout ceci est un canular et que la donneuse est en réalité une actrice. Ce coup monté visait à mettre en lumière le manque de donneurs dans le pays. Pari réussi : deux jours après la diffusion, 50.000 personnes avaient demandé à remplir un formulaire pour faire savoir qu’ils acceptaient le prélèvement d’organes.

  • « Weg Van Nederland », jeu avec frontières

En 2011, toujours à la télévision néerlandaise, le jeu télé Hors des Pays-Bas n’avait rien d’un canular. Il faisait concourir cinq jeunes immigrés en situation irrégulière depuis au moins neuf ans et déboutés de leurs demandes d’asile. Tous « expulsables », ils devaient répondre à des questions sur la culture et l’histoire des Pays-Bas et se prêter à divers défis tels qu’un jeu de chaises musicales sur des sièges de charter.

La gagnante, une jeune Arménienne, a remporté 4.000 euros… qu’elle ne pouvait toucher qu’une fois rentrée dans son pays d’origine. Face caméra, la « malheureuse élue », fautive d’être trop bien intégrée, a alors déclaré : « Avez-vous vu à quel point j’ai trouvé un chez-moi ? » Le cynisme était total et, selon un communiqué citant le rédacteur en chef de la chaîne VPRO, le but était de « montrer de quel genre de personne il s’agit et montrer que c’est mal de les expulser ».

  • « Blachman », les hommes « experts » en femmes

Une femme entièrement nue, scrutée sous tous les angles par deux hommes assis sur un canapé et qui ne lui épargnent aucun commentaire désobligeant sur son physique. C’est le concept de l’émission Blachman, du nom de l’animateur qui affirme : « Les hommes aiment regarder le corps des femmes et en parler entre eux, c’est naturel. Nous le faisons sans vulgarité et sans humilier personne (…) On ne juge pas la personne, on ne se le permettrait pas, mais son corps. Parce qu’en tant qu’hommes, nous sommes des experts. » Le show, diffusé au Danemark en 2013, a révolté une partie du public et s’est arrêté au bout de six numéros.

  • « Sex Box », quand le coït ne laisse pas coi

Comme son titre peut le laisser deviner Sex Box invite des couples, hétéros ou homos, à faire l’amour dans une grande boîte installée sur un plateau de télé. Le coït n’est pas filmé, mais il est important que le rapport ait lieu sur place puisque le but est de commenter les ébats dans la foulée avec un psy et un sexologue, entre autres.

Pour la chaîne britannique Channel 4, qui a programmé l’émission en 2013, c’est « une idée plutôt coquine et amusante qui permet à la sexualité d’être complètement privée mais à la conversation d’être authentique et immédiate ». Un talk-show plutôt qu’un talk chaud, donc, qui n’a pas intéressé la télévision française mais a été adapté cette année dans la pourtant si puritaine Amérique. Aux Etats-Unis, Sex Box a été déprogrammée au bout de cinq numéros, faute d’audience.