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SERIESTahar Rahim: Comment le Prophète s’est mué en flic dans «Panthers»

Tahar Rahim: Comment le Prophète s’est mué en flic dans «Panthers»

SERIESCanal+ lance ce lundi soir à 20h55 l'ambitieuse «Panthers», au casting international. Tahar Rahim y joue un officier de police issu des cités de Marseille...
Tahar Rahim dans «Panthers», série diffusée à partir du 26 octobre 2015 sur Canal+.
Tahar Rahim dans «Panthers», série diffusée à partir du 26 octobre 2015 sur Canal+. - Haut et Court
Annabelle Laurent

Annabelle Laurent

Jacques Audiard a fait de lui un prophète. C’était en 2009, et Tahar Rahim était Malik El Djebena, le délinquant à la gueule d’ange dont la fulgurante ascension criminelle avait fait l'effet d'une bombe. Après deux Césars récoltés simultanément – fait unique – et plus d’une dizaine de rôles, le comédien de 34 ans bascule de l’autre côté ce lundi: écrite par l’Anglais Jack Thorne (Skins, Shameless) en collaboration avec le journaliste français Jérôme Pierrat, Panthers fait de Tahar Rahim un flic honnête mais indocile, Khalil, aux trousses des célèbres Pink Panthers qui viennent de frapper fort à Marseille. Enfant des cités, Khalil se décide à faire jouer son réseau, et renoue avec son passé.

20 Minutes a rencontré Tahar Rahim lors d’une rencontre presse où il est le frenchy d'un cast international: Samantha Norton et John Hurt, britanniques, et la star croate Goran Bogdan sont les trois autres têtes d'affiche. Il tutoie d’emblée, raconte son rôle avec enthousiasme, égratigne les séries françaises, gentiment. Spectateurs curieux de Panthers: voilà ce que le Prophète avait en tête.



Comprendre l’autre côté du miroir

Si Khalil, le personnage qu’il incarne, est devenu flic, c’est un pied de nez au destin. Enfant d’une cité du nord de Marseille, Khalil s’est rangé, à l’inverse de son petit frère. «Khalil était destiné à devenir un bandit, son frère était plus vulnérable. L’inversion de la destinée entre les deux frères, c’est ce qui m’a beaucoup intéressé, explique Tahar Rahim. Leurs positions ont changé, mais par leur personnalité. Quand Khalil revient dans sa cité, sa vraie nature remonte. Marseille agit comme un poison sur lui».

Rencontrer des flics venus de cité

«J’ai rencontré des policiers issus d’une cité, confie Tahar Rahim. Pour savoir ce qui fait qu’on devient flic quand on vient de là-bas. Pour quelles raisons, à cause de quelle rencontre? Ce travail-là était nécessaire pour que mon personnage soit crédible.»

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Se faire quelques soirées ciné

Il en cite trois : « J’ai revu Serpico, Bad Lieutenant et Police de Pialat. » Pour s’inspirer des maîtres, Al Pacino (dans le film de Sidney Lumet tourné en 1974), Harvey Keitel (derrière la caméra d’Abel Ferrara, en 1992), et Gégé Depardieu ?


«To some people, the most dangerous man alive: an honest cop», peut-on entendre dans le trailer original de Serpico.

Avoir « True Detective » en tête

The Wire, Breaking Bad, Les Soprano, The Knick, Peaky Blinders, Mr Robot… Tahar Rahim cite ses séries cultes, et celles dévorées récemment. True Detective? « Une référence quand on fait une série policière. Parce qu’on suit l’enquête, mais au final, les problèmes de couple de l’un, la folie de l’autre, son côté mystique et existentiel, c’est ça qui nous intéresse. La trame doit venir comme un squelette tenir toute la chair de ces personnages. »

Tahar Rahim dans Panthers. Crédit: Jonathan Olley/Haut et Court.

Etre un cow-boy, mais Français

Un Anglais (Jack Thorne, le créateur de la série) est-il vraiment le mieux placé pour écrire un personnage de flic marseillais ? Tahar Rahim dit y avoir trouvé son compte : « Il s’est permis de ramener un personnage français vers une vision très anglo-saxonne du flic. C’est presque un cow-boy, le mec ! Il n’en fait qu’à sa tête, il franchit les lois, et ce n’est pas forcément ce vers quoi un scénariste français irait en premier. » Un impératif, du coup : « C’était à nous de le tirer un peu plus vers la France. »

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Et se ficher de la vérité

On l’interroge : pourquoi un Français n'imaginerait-il pas un flic cow-boy ? « Parce qu’il y a trop de rapport à la vérité en France, rétorque l'acteur. Quand on y réfléchit, un commissaire comme celui-ci, ça n’existe pas des masses. Il est derrière ses papiers, il fait une intervention de temps en temps, la loi lui interdit d’entrer en premier : on l’a étudié, tout ça. Mais on a trouvé un intermédiaire, parce qu’à un moment donné, il faut y aller aussi ! On fait une fiction ! Le cinéma, c’est une forme de mensonge. C’est l’art du faux. Et parfois, bah oui, pour créer du spectacle, de l’empathie, de la légende, on transforme la réalité. »

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