Molotov TV peut-il révolutionner la télé?

TELEVISION Encore en phase de développement et à quelques semaines de son lancement, le service se donne pour objectif de « réinventer » le petit écran…

Clio Weickert

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Image d'illustration de Molotov TV
Image d'illustration de Molotov TV — Molotov TV

« La télé. Réinventée ». Sur sa page d’accueil, Molotov vise haut. Créé par Jean-David Blanc (le fondateur d’Allociné), Pierre Lescure (le père de Canal +), Jean-Marc Denoual (ex-directeur de la distribution des chaînes thématiques payantes du groupe TF1) et Kevin Kuipers (cofondateur de Gamekult et de Senscritique), le service a pour ambition de « bouleverser les usages des téléspectateurs, et proposer un tout nouveau modèle d’accès aux programmes et aux chaînes ».

Mais en quoi consiste Molotov exactement ? Et pourrait-il vraiment redistribuer les cartes ? 20Minutes a demandé à Pascal Lechevallier, président du cabinet de conseil de WhatsHotMedia et spécialiste de la dématérialisation et des médias, de nous apporter son éclairage.

Quel est le principe de Molotov ?

Un nouveau service dit « OTT » (over-the-top), signifiant qu’il fonctionne sur Internet, donc sans besoin des box ADSL ou satellite, ni des antennes hertziennes. « C’est une nouvelle façon de consommer la télévision », décrypte Pascal Lechevallier. « On passe de la télévision qui avait un fil à la patte – le téléviseur ou la box —, à une expérience qui ne nous oblige plus d’être devant la télévision pour regarder la télévision. Le point d’ancrage sera désormais l’ordinateur, soit sur une application, soit sur le site ».

Que propose ce service ?

Molotov est un service de distribution de chaînes de télévision, plus de 80 au total comme annoncé ce mercredi, dont celles de TF1, France Télévisions, M6, Arte, Lagardère Active (Gulli…) etc. Le tout proposé en direct, replay et « à la demande » (avec un accord probable avec INA Premium), gratuit, hormis des bouquets payants comme OCS et beIN Sports. « Ce que j’en ai vu, c’est un produit ergonomique, très sympathique en termes de fonctionnalité », explique le spécialiste de la dématérialisation et des médias, « mais ce n’est pas parce que vous avez conçu un beau produit qu’il va être adopté les yeux fermés par le public ».

Molotov peut-il véritablement « bouleverser les usages des téléspectateurs » ?

« Nous réinventons la façon dont est proposée la télévision », a déclaré Pierre Lescure. Mais pour Pascal Lechevallier, bouleverser les usages n’est pas si simple : « In fine, c’est toujours le consommateur qui décide. C’est lui qui est en train de modifier son rapport aux médias et à la consommation de vidéos, par l’évolution de la technologie, mais aussi du fait qu’elle lui permet d’avoir plus de liberté ».

D’où selon lui, le succès de Netflix en France. « Quand les services de SVOD comme Netflix sont arrivés sur le marché, ils ont trouvé leur place parce que ça correspondait à un besoin de liberté du consommateur d’avoir ce qu’il voulait, quand il voulait. Le succès, c’est le consommateur qui le fait ». Il faudra donc attendre encore quelques semaines pour en juger dans le cas de Molotov.

Enfin, Netflix et les box des FAI doivent-ils se faire du mauvais sang ?

« Nous allons vers la fin des box » a prophétisé Jean-David Blanc. Une menace réelle ? « Croire que Molotov va mettre toutes les box des FAI au rebut et à la retraite tous les services de la vidéo à la demande qui existent sur le marché, c’est aller un peu vite en besogne », explique le président du cabinet de conseil de WhatsHotMedia. Quant à menacer Netflix, c’est une « aberration » : « Molotov est un service de distribution de chaînes de télé. Comment voulez-vous comparer ce projet de start-up avec 35 personnes, à Netflix, qui a 65 millions d’abonnés et 3 000 ingénieurs ? Netflix est un service de vidéos à la demande par abonnement, basta ! ».

S’il est encore bien trop tôt pour juger ou craindre quoi que ce soit, Pascal Lechevallier voit pour le moment d’un bon œil la naissance de Molotov. « C’est le début d’une nouvelle histoire, ça contribue à l’effervescence du marché et c’est très bien », conclut-il. Pour la pratique, rendez-vous dans quelques semaines, courant novembre 2 015 a priori.