Pourquoi la nudité irrite-t-elle tant le comité Miss France?

BEAUTÉ A peine élue Miss Bretagne, Eugénie Journée a été destituée de sa couronne pour avoir posé à moitié nue…

Clio Weickert

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Sylvie Tellier à la présentation de l'association «Les Bonnes Fees» en septembre 2015
Sylvie Tellier à la présentation de l'association «Les Bonnes Fees» en septembre 2015 — LaurentVu/SIPA

Miss Bretagne, couvrez ce sein que nous ne saurions voir. A quelques mois du couronnement de la future Miss France 2016, le célèbre concours de beauté fait déjà parler de lui. Pour une photo dénudée, Eugénie Journée, élue Miss Bretagne samedi soir, s’est vu retirer sa couronne. Une punition sévère pour cause de « non-respect de la charte de déontologie » selon le comité officiel du concours, qui au fil des années, ne cesse de rappeler les jeunes femmes à l’ordre. Mais pourquoi la nudité irrite-t-elle tant Miss France ?

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Un programme familial 

Valérie Bègue, Laetitia Bléger, Laury Thilleman… Et désormais Eugénie Journée. Nombreuses sont les prétendantes à la couronne à s’être fait taper sur les doigts pour cause de chair trop exposée. Et malgré l’instauration du maillot de bain deux-pièces depuis quelques années, la nudité des Miss est constamment réprouvée. « Même si l’élection s’est modernisée, il y a des limites à ne pas franchir », explique Virginie Spies, analyste des médias et maître de conférences à l’université d’Avignon.

« C’est un programme très regardé et très familial, il ne faut prendre aucun risque », souligne-t-elle, « Miss France, c’est Sissi l’Impératrice ! Ça doit rassembler les enfants, les grands-parents et ne choquer personne ». Des pincettes à prendre avec les téléspectateurs, mais aussi avec les annonceurs de la chaîne. « Miss France, les producteurs et TF1 réfléchissent en termes d’audience mais aussi d’annonceurs. Il faut garantir à toutes les marques associées au concours de ne pas l’être à un scandale », ajoute l’analyste des médias.

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Tradition et savoir-vivre

Mais au-delà de ces impératifs d’audimat, le concours Miss France s’impose aussi de perpétuer des valeurs très « vieille France ». Pour Virginie Spies, qui ne s’étonne pas de cette sévère destitution, « ça correspond à l’image de miss France selon Geneviève de Fontenay ».

« Malgré le fait qu’elle n’y soit plus, le concours lui doit sa réputation. Sans cette image, cela deviendrait une élection comme les autres, or, les Français ont beaucoup d’affection pour Geneviève de Fontenay. Elle représente une sorte de garantie, d’une certaine éducation, d’une façon de se tenir ».

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Un procès d’intention

Pour François Jost, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne Nouvelle, cette horreur de la nudité va même plus loin que les principes de son ancienne ambassadrice, partie depuis fonder le concours Miss Prestige Nationale. « Je pensais que Sylvie Tellier était plus moderne, mais finalement c’est pire que Geneviève de Fontenay car là on exige une forte rigueur morale de la part de ces jeunes femmes ! », explique-t-il.

Selon ce professeur, ce n’est pas la nudité qui est punie : « Si on s’en tient à la photo, tout cela paraît relativement ridicule car elle est moins dévêtue que n’importe qui sur une plage. Ce que condamne le comité Miss France, ce n’est pas la nudité effective, mais l’intention d’avoir posé nue. C’est une condamnation morale ». En d’autres termes, le fait même qu’une miss songe à se dénuder s’oppose diamétralement aux valeurs dont le concours se veut garant. Peu importe donc la parcelle de chair exposée, Miss France ne doit pas se frotter à la nudité.