«Le Grand Journal»: Pourquoi l'émission de Canal+ fait un énorme flop cette rentrée

DECRYPTAGE Le public n’est pas au rendez-vous cette saison et l’émission a enregistré jeudi sa plus mauvaise audience depuis 2006…

Anaëlle Grondin

— 

Maïtena Biraben présente «Le grand journal» de Canal+.
Maïtena Biraben présente «Le grand journal» de Canal+. — Xavier Lahache/Canal+

Après un (énième) lifting de son Grand Journal, Canal+ espérait conquérir les téléspectateurs cette rentrée. C’est loupé. Depuis sa rentrée, le 7 septembre, les audiences du talk-show n’ont cessé de dégringoler. L'émission a enregistré jeudi son plus mauvais score depuis 2006, à savoir 611.000 téléspectateurs seulement. Même pour le retour du programme lundi, avec Maïtena Biraben, aux manettes pour la première fois, et Manuel Valls en invité, il n’y a pas eu d’effet de curiosité. Les Français étaient seulement 915.000 en moyenne à s'intéresser à la première émission de la saison.

Des interviews trop longues, un rythme trop lent, des invités ennuyeux

Pourquoi cet échec ? « Il aurait fallu tout changer », répond la sémiologue et analyste des médias Virginie Spies, interrogée par 20 Minutes. « Là les changements étaient seulement cosmétiques, fait-elle remarquer. Le nom est le même. C’est une erreur incroyable. » Aliette de Villeneuve, responsable du pôle contenus et marketing des programmes à NPA Conseil, partage cet avis : « Les rédacteurs en chef n’ont pas voulu casser totalement le Grand Journal » tel qu’on l’a connu ces dernières années, déplore-t-elle.

Maïtena Biraben, sur qui reposaient tous les espoirs de Canal + cette saison, n’est pas du tout coupable de cette chute des audiences, estime Virginie Spies, même si sa nouvelle coiffure a engendré des débats sans fin sur les réseaux sociaux depuis lundi. « Sa façon d’interviewer Manuel Valls était bien, c’était intéressant », souligne la spécialiste. Mais c’est après que ça s’est gâté. « Ensuite, c’était du talk mélangé à des sujets de société, à de l’écologie… », tique-t-elle. « Je m’attendais à un Grand Journal plus détendu et divertissement, réagit de son côté Aliette de Villeneuve. Finalement, pas du tout. Il y a un côté plutôt pesant : les interviews sont longues, le rythme est lent. L’émission n’est pas assez dynamique. Les chroniqueurs sont assez figés. »

Or, ajoute-t-elle, « on sait qu’à cette heure-là sur les autres chaînes, tout s’enchaîne, ça rigole énormément ». L’experte médias est sévère envers les choix effectués cette rentrée : « Manuel Valls et Jean-Vincent Placé pour la première émission, c’est terriblement ennuyeux en access. Ça a plus ça place en deuxième partie de soirée. »

Une nouvelle version pas assez mordante et créative

Le nouveau ton du programme pourrait aussi expliquer pourquoi les téléspectateurs s’en vont voir ailleurs. Maïtena Biraben avait annoncé dans Le Parisien lundi une émission « polie ». « Ce n’est pas du tout vendeur. S’ils maintiennent ce ton, je ne sais pas ce qu’ils vont devenir », commente Aliette de Villeneuve. Le public aime le piquant. « Ce qui fonctionne encore bien c’est Le Petit Journal, fait remarquer à juste titre Virginie Spies. Il est dans la parodie, dans la mise en abyme. Il reste dans "l’esprit Canal" même si l’expression est galvaudée maintenant. »

Mais l’analyste ne jette pas la pierre à la société de production pour autant : « Flab, ce sont des gens qui savent faire. » Le souci est à un autre niveau, selon elle : « C’est comme s’il y avait une trop forte pression de la gouvernance, qui empêche la création. Or, le public aime la créativité. Il a besoin d’être surpris. C’est pour ça que les gens aiment aller sur YouTube. »

Une opportunité pour se réajuster ?

Virginie Spies pense que cela « va être très difficile de remonter la pente » pour Le Grand Journal. Aliette de Villeneuve est plus optimiste : « Je pense qu’ils ont l’opportunité de se réajuster et que Bolloré va le leur permettre. Après tout, c’est lui qui a entraîné ces changements un peu brutaux. Il peut accepter des audiences faibles au départ. Il faudra en revanche réagir très vite pour continuer. »