«Cash Investigation»: L'Azerbaïdjan va porter plainte contre l’émission d’Elise Lucet

TELEVISION Le numéro de lundi présentait ce pays du Caucase comme une « dictature » et son dirigeant comme un « despote », s’offusque son avocat…

20 Minutes avec AFP

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Elise Lucet.
Elise Lucet. — SCHOUSBOE Charlotte / ftv

La République d’Azerbaïdjan va porter plainte contre France 2 et Elise Lucet à la suite de l’émission Cash Investigation diffusée lundi, qui présentait ce pays du Caucase comme une « dictature » et son dirigeant comme un « despote ».

Les journalistes « Elise Lucet et Laurent Richard présentent dès l’ouverture de l’émission l’Azerbaïdjan comme l’une des dictatures les plus féroces au monde », a dénoncé ce mercredi l’avocat Olivier Pardo, qui défend l’Azerbaïdjan et déposera une plainte pour diffamation cette semaine contre les deux journalistes et la chaîne.

Le magazine d’investigation de France 2 est revenu lundi sur le voyage de François Hollande en Azerbaïdjan au printemps 2014. Après le tournage sur place, deux journalistes du magazine s’étaient fait confisquer les interviews d’opposants et de militants des droits de l’Homme qu’ils avaient réalisées.

L’Azerbaïdjan « décidé à ne plus rien laisser passer »

Elise Lucet revient ensuite dans le sujet sur la proximité d’élus français avec le pays du Caucase et interpelle l’épouse du président Ilham Aliyev, en visite à Paris, sur le sort de journalistes emprisonnées en Azerbaïdjan.

« Tout au long de l’émission, sans aucune démonstration et pour cause, son dirigeant est présenté de manière péremptoire sous le vocable de "despote" ou "dictateur" du Caucase », a déclaré Olivier Pardo à l’AFP. « Je ne connais pas de dictature qui siège au conseil de l’Europe, soumise à la Cour de justice européenne, qui ait aboli la peine de mort, et où Internet est libre pour tous », a lancé M. Pardo.

Selon lui, la république d’Azerbaïdjan est « décidée à ne plus rien laisser passer et attaquera tous ceux qui la diffameront ». « Un Etat est une personne juridique et peut agir en diffamation en se constituant partie civile, s’il s’estime diffamé », a expliqué Maître Basile Ader, avocat au barreau de paris et directeur de la rédaction de la revue spécialisée Legipresse.

Le juge devra trancher, en disant si les commentaires de l’émission sont diffamatoires ou si l’Azerbaïdjan est bien une dictature, a-t-il ajouté.

162e sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse 2015

Toute contestation publique du régime du président Aliev, 53 ans, réélu en 2013 pour un troisième mandat consécutif, provoque aussitôt, selon les associations de défense des droits de l’Homme, une réaction sévère des autorités de cette ex-république soviétique du Caucase.

Riche en gaz et en pétrole, l’Azerbaïdjan avait pris pendant six mois en 2014 la présidence tournante du Conseil de l’Europe, organisation chargée de la protection des droits de l’Homme et du renforcement de la démocratie en Europe. L’Azerbaïdjan arrive 162e sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans Frontières, qui y constate « une vague de répression sans précédent ».

Début septembre, une journaliste d’investigation azerbaïdjanaise a été condamnée à 7 ans de prison, notamment pour évasion fiscale, à l’issue d’un procès qu’elle avait estimé orchestré par le pouvoir.