Delphine Ernotte veut plus de publicité et de redevance pour France Télévisions

TELEVISION Dix jours après sa prise de fonction, la nouvelle présidente du groupe audiovisuel public s’est confiée à l’Association des journalistes médias…

Anaëlle Grondin

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Delphine Ernotte a pris ses fonctions de présidente du groupe France Télévisions le 22 août 2015.
Delphine Ernotte a pris ses fonctions de présidente du groupe France Télévisions le 22 août 2015. — MEIGNEUX/SIPA

Après une polémique sans fin et une période de tuilage « trop longue » et « horrible », pendant laquelle Delphine Ernotte était une « spectatrice impuissante », la nouvelle patronne de France Télévisions a fini par prendre ses fonctions le 22 août.

Dès sa première semaine, elle a « été aux conférences de rédaction, voir les responsables d’unités de programmes, faire le tour des chaînes, voir les équipes qui s’occupent du numérique, les nouvelles écritures… » Ce lundi, Delphine Ernotte rencontrait une quarantaine de journalistes autour d’un déjeuner organisé par l’Association des journalistes médias. L’occasion d’aborder des enjeux majeurs auxquels le groupe audiovisuel est confronté et d’expliciter certains points de son plan stratégique.

Retour de la publicité après 20H ?

Le gouvernement est réticent à l’idée de rétablir la publicité en soirée, supprimée sous Nicolas Sarkozy, estimant que « les conditions ne sont pas réunies ». Mais Delphine Ernotte y est « favorable », pour « trouver des ressources propres qui permettent d’assurer le développement de cette entreprise, qui je le rappelle, perd de l’argent depuis des années », explique-t-elle. Son leitmotiv : « Ce n’est pas idéologique, c’est pragmatique ».

Un élargissement de la redevance télé ?

Delphine Ernotte a également affirmé être « favorable à une réforme de la redevance ». Beaucoup de pays européens l’ont fait, souligne-t-elle, « pour prendre en compte le fait que l’écran de télévision n’est pas le seul réceptacle aux programmes de télévision ». « Dans un foyer, il y a toujours un moyen de recevoir des programmes », comme le smartphone, la tablette ou l’ordinateur. « On cocherait le fait qu’on ait un moyen de recevoir les programmes audiovisuels, imagine la patronne de France Télévisions. On peut aller jusqu’à même fiscaliser cette redevance, c’est-à-dire faire dépendre le montant de cette redevance aux niveaux de revenus pour avoir la plus grande justice sociale ». Delphine Ernotte a toutefois reconnu que cette réforme serait « un risque politique » à prendre. 

Si jamais l'élargissement de la redevance télé et le retour de la publicité après 20H ne sont pas envisageables, Delphine Ernotte a d'autres pistes pour financer le développement du groupe : augmenter les recettes provenant de la production interne et de la diversification.

Une chaîne d’information sur le numérique mais aussi à l’antenne ?

Delphine Ernotte a confirmé ce lundi que la création d’une chaîne d’information était une priorité. Celle-ci est prévue pour septembre 2016. Que proposera cette chaîne de neuf par rapport à LCI, iTélé et BFM TV ? « Donner des clés de compréhension, des points de vue différents, de la matière à débat », a répondu Delphine Ernotte, sans parvenir à convaincre son auditoire. Et pour cause, les chaînes d’information existantes proposent également des émissions et des débats à côté des tranches d’information pure.

A qui s’adressera cette nouvelle chaîne ? Etonnement, aux jeunes principalement. « Aujourd’hui, les jeunes générations regardent iTélé, BFM TV, LCI quand ils regardent de l’information à la télévision en plus du Web. Il faut s’adresser à cette population qui ne regarde pas le 20H. Il va falloir être créatif », a indiqué Delphine Ernotte. La patronne de France Télévisions envisage le numérique comme canal de diffusion pour commencer, mais elle aimerait une diffusion à la télévision à terme. « J’ai rencontré une fois les ministres de tutelle, qui ne sont pas du tout opposés à une chaîne d’information. Qu’il n’y ait pas de chaîne d’information en continu publique, c’est quand même une aberration », fait-elle valoir. Pourtant, Fleur Pellerin a déclaré la semaine dernière qu’aucune décision n’avait été prise. Confrontée à ces propos, Delphine Ernotte a taclé la ministre de la Culture : « Je n’ai besoin de l’autorisation de personne pour lancer une chaîne d’information sur le numérique. »

Des contenus revus et corrigés à partir de 2016 ?

« Hyper frustrée » de ne pas avoir eu son mot à dire sur la grille de rentrée, Delphine Ernotte a annoncé une « vraie nouvelle grille de programme pour septembre 2016 ». Parmi les enjeux majeurs, elle a précisé qu’il fallait produire des programmes qui peuvent davantage s’exporter, s’engager plus vite sur un pilote, raccourcir les délais pour lancer des fictions, « genre extrêmement prisé du public » et qui offre un « champ de co-productions possibles avec l’international. ». Entre une saison 1 et une saison 2, les délais « sont super longs », « on a le temps de laisser tomber l’attention », a-t-elle déploré. « C’est à la fois dans les modes d’écriture, la rapidité à décider, les risques qu’on prend, qu’il va falloir un peu changer les choses », a ajouté Delphine Ernotte. La PDG du groupe audiovisuel a par ailleurs souligné : « Je n’oppose pas la qualité et l’audience. A quoi ça sert de faire des programmes si personne ne les regarde ? »