Wagner Moura, le Pablo Escobar de Netflix: «Il faut légaliser toutes les drogues»

INTERVIEW «20 Minutes» a rencontré Wagner Moura, l'interprète de Pablo Escobar dans «Narcos», série explosive de Netflix disponible dès ce vendredi 28 août... 

Annabelle Laurent

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Wagner Moura incarne Pablo Escobar dans la nouvelle série de Netflix, Narcos.
Wagner Moura incarne Pablo Escobar dans la nouvelle série de Netflix, Narcos. — Netflix

Il ne parlait pas un mot d’espagnol. De Pablo Escobar, il ne connaissait pas grand-chose. Sans compter qu’il n’avait, physiquement, rien de l’homme bedonnant qu’était le légendaire parrain de la drogue. Alerte spoiler: Wagner Moura, l’acteur brésilien choisi par Netflix  - et le producteur exécutif José Padilha - pour incarner le rôle titre de sa nouvelle série explosive Narcos, s’en sort très bien.

Quatre affiches cocaïnées pour la série de Netflix sur Pablo Escobar

Vu dans Troupe d’élite (2007), film culte au Brésil, et plus récemment dans l’hollywoodien Elyseum (2013), l’acteur de 39 ans impressionne dans un rôle dans lequel il s’est investi à 100%, soucieux d’être fidèle à la fascinante figure du plus célèbre des narcotrafiquants autant qu’à l’histoire de la naissance des cartels de cocaïne à la fin des années 80, et de leur lutte acharnée avec les forces de l’ordre.

Qu’avez-vous pensé quand le réalisateur brésilien José Padilha («Troupe d'Elite») vous a proposé le rôle ?

Quand il m’en a parlé, l’idée était de faire la série en anglais. Ensuite ils ont pris la très bonne décision de le faire en espagnol... Ce à quoi j’ai répondu «OK, super!»... Mais je ne parlais pas du tout la langue! José Padilha est un très bon ami et un réalisateur vraiment unique, j’aime la façon dont il essaie de faire comprendre des choses au public d’une façon très pop... J’avais surtout en tête de ne pas le décevoir. Alors je suis allé à Medellin, plusieurs mois, seul, dans un programme pour étrangers. Je me suis retrouvé dans une salle de classe au milieu d’ados. Jouer un rôle dans une autre langue, c’est de la folie. Parfois j'en riais tout seul tant c’était absurde. Au début, les autres acteurs me corrigeaient tout le temps sur le plateau.  

Comment vous-êtes vous documenté? 

Je crois que j’ai lu et vu tout ce qui a été écrit et filmé sur Pablo Escobar. L’image que j’avais, c’était un gros type étendu sur un toit [la photo que prirent de lui les militaires, en 1993, après l’avoir tué]. Les histoires du Brésil et de la Colombie sont proches, le narcotrafic a une résonnance évidente pour moi et je ne me suis jamais senti comme un étranger en Colombie, mais je savais malgré tout très peu de choses de lui. Les livres que je préfère sont ceux publiés par ses proches. Sa maîtresse Virginia Vallejo, probablement la femme la plus intelligente qu’il ait fréquenté, plus intelligente que lui d'ailleurs, a écrit un livre génial: Amando a Pablo, Odiando a Escobar (Aimer Pablo, Haïr Escobar). Son fils a écrit un livre, son frère aussi... Ce qui est intéressant, ce sont les contradictions entre les livres. Les gens mentent donc sur Pablo... J’adore ça, les mensonges sont géniaux.

Escobar fait encore l’objet d’un culte. Aviez-vous la crainte de l’idéaliser, ou au contraire de le diaboliser ? 

Je me souciais surtout du traitement de l’histoire. Je ne voulais pas que ce soit une série américaine sur des héros américains qui vont dans un pays pauvre sauver les gens des mains d'un sale type... Même si les acteurs américains sont très importants [les agents de la CIA], les vrais héros de l’histoire sont Colombiens, ceux qui ont résisté et lutté contre le narco-terrorisme.

Quel a été l’accueil là-bas? Les Colombiens auraient des raisons d’être perplexes à l’idée que Netflix s’empare de leur histoire, qui plus est de ce sujet controversé...

J’imagine que certains ont pu l’être, c’est très probable. Mais cette méfiance n’est pas arrivée jusqu’à moi. La telenovela El Patron Del Mal [diffusée sur France ô] a beau avoir été faite par des Colombiens, elle a généré beaucoup de controverse. Donc j’imagine que notre série en créera aussi, certainement. Mais je suis serein; on a tous fait de notre mieux pour être justes et fidèles à l’histoire. Pour moi, en tant que latino-américain, c’est très, très important.

«Pablo Escobar, patron du mal» sur France Ô: Une apologie du roi de la cocaïne?

Lui consacrer une série, n’est-ce pas aussi perpétuer le mythe? 

La fascination ne cessera pas. Escobar était très charismatique. Il est évident pour moi qu’il était mauvais, la pire personne au monde, mais je pense qu’il est très sain pour un pays de parler de son passé pour espérer un futur meilleur. Je vais réaliser l'an prochain un film sur la dictature des années 60 au Brésil: dans la nouvelle génération, personne ne sait vraiment ce qui s’est passé, les meurtres, les tortures. Les trentenaires, nous sommes tellement obnubilés par notre carrière, notre famille...

Que pensez-vous de la lutte actuelle contre le narcotrafic?

Mon opinion est très personnelle: pour moi, c'est un immense flop. La guerre contre les Narcos est inefficace, c’est prouvé. Beaucoup de vies sont gâchées. La drogue devrait être légalisée. Toutes les drogues, même s’il devrait y avoir une approche différente pour chacune. L’approche que l’on a du problème tue tellement de gens. C’est un problème de santé, d’addiction. Ce n’est pas l’affaire de la police ! Le nombre de gens qui meurent dans la guerre contre le narcotrafic est tellement supérieur à celui de ceux qui meurent d’overdose...