«The Apprentice» sur M6: Trouver un job via la télé-réalité, est-ce vraiment une bonne idée?

TELEVISION Après « Patron Incognito » et l’espionnage d’entreprise, la chaîne adapte le programme d’embauche porté par Donald Trump outre-Atlantique…

Clio Weickert

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Bruno Bonell entouré des 14 candidats de «The Apprentice»
Bruno Bonell entouré des 14 candidats de «The Apprentice» — PIERRE OLIVIER/M6

Quatorze candidats, un seul et unique poste. Ce mercredi à 20h55, M6 a dégainé sa toute nouvelle téléréalité : The Apprentice — Qui décrochera le job ?. L’adaptation d’un programme américain porté outre-Atlantique par Donald Trump, requin de la finance et candidat à l’investiture républicaine pour la présidence des Etats-Unis. Le concept ? Une compétition féroce et à couteaux tirés pour décrocher le jackpot : un emploi.

La course au CDI

Avant, les férus de jeux télé remportaient des voyages, des voitures ou une petite cagnotte. Maintenant, ils peuvent désormais se battre pour un emploi. Mais pas n’importe lequel, un poste de « directeur de développement commercial », « un vrai job à forte valeur ajoutée », comme l’a expliqué lors de la conférence de presse Nicolas Coppermann, le président d’Endemol qui produit The Apprentice. Cerise sur le gâteau : c’est un CDI !

Répartis en deux équipes, les candidats s’affrontent sur des épreuves pratiques (vendre un service de pressing, créer une campagne de publicité pour de la nourriture pour animaux…). Si les plus efficaces sont récompensés, les moins performants doivent sauver leur peau et défendre leur cas auprès du recruteur et big boss : Bruno Bonnell, un PDG Lyonnais, fondateur de la société Awabot qui a été choisi par Endemol pour incarner le patron de The Apprentice.

 

Bruno Bonnell, pdg d’Awabot sera le patron de The Apprentice, à partir du 9 septembre sur M6. - Pierre Olivier/M6

 

De Donald Trump à Bruno Bonnell

Aux Etats-Unis, le « vous êtes viré ! » de Donald Trump, a assené le coup fatal à plus d’un demandeur d’emploi et fait frémir quantité de téléspectateurs. En France, il faudra se contenter d’un « vous n’êtes pas prêt, vous ne ferez pas partie de mon équipe », plus politiquement correct. Car si Bruno Bonnell a « une vraie tête de méchant », tel que le décrit Nicolas Coppermann, « c’est un vrai vecteur de transmission des valeurs humaines ». Et s’il a accepté d’incarner notre Donald Trump version française, c’est en partie pour « changer l’image de l’entreprise qui reste très caricaturale, sorte d’exploitation de l’homme par l’homme ».

Bruno Bonnell, nouvelle star de « The Apprentice » sur M6

A l’école du mérite…

Pour participer à la compét', les candidats ont dû remplir un seul et unique critère : comprendre l’anglais. Le reste, diplômes et expériences, niet. Dans The Apprentice, seuls la volonté et le mérite comptent. Interrogé par 20 Minutes après avoir visionné des extraits, Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, explique « Valoriser l’effort et l’envie d’avancer, c’est plutôt positif. » Ce qui pose problème selon lui, c’est l’étalage médiatique.

…Et de l’exhibitionnisme

« C’est très américain, on n’hésite pas à se dévoiler et à se donner en spectacle », décrypte le directeur de l’Institut supérieur du travail. « C’est de l’exhibitionnisme », développe-t-il, « voire de l’imbécillité. Une entreprise ne peut pas efficacement recruter devant des millions de téléspectateurs car c’est une communauté qui a aussi ses propres rites internes ».

Sans oublier ce système de recrutement compétitif. « Une embauche, c’est d’abord une relation entre un recruteur et une personne. La mise en situation d’un candidat avec d’autres ne permet pas de faire le tour complet de ses qualifications », déplore Bernard Vivier, d’autant qu’on lui a déjà rapporté des cas similaires dans certaines entreprises françaises. Des exemples anedoctiques pour le moment. A moins que la télé ne contamine aussi la réalité du monde du travail.