Viola Davis: «Je souhaite qu'on parle sans filtre des problèmes de racisme aux Etats-Unis»

SERIE L’actrice américaine incarne une énigmatique enseignante en droit dans Murder, la nouvelle série d’été de M6…

Dolores Bakèla
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Viola Davis
Viola Davis — M6/ABC

« Annalise Keating est sexy et mystérieuse et je n’avais jamais joué un tel rôle. » Ainsi parle Viola Davis de son rôle dans How To Get Away With A Murder, rebaptisée Murder pour ses débuts français sur M6 (ce mardi soir, puis chaque mercredi, et en replay). Comme Taraji P. Henson, la désormais culte Cookie de la série Empire, aussi bientôt sur M6, l’actrice de 52 ans, qui se dit « timide », dégage un mélange de simplicité et de sophistication qui en impose et séduit, à défaut de faire peur, comme son arrivée dans un palace parisien pour l’interview, en talons et robe longue plissée et élégante pouvait le laissait craindre.

Un rôle à humaniser

Et cette recrue de « Shondaland », du nom de la société de production de Shonda Rhimes, la célèbre showrunner de la série à qui on doit également Grey’s Anatomy ou Scandal parle vrai, d’Hollywood à son rôle d’une prof de droit à poigne, dont les étudiants vont être embarqués dans une histoire de meurtre. À ceux qui s’étonnent que l’actrice, passée par la prestigieuse Julliard School de New York et croisée au cinéma dans Traffic ou plus récemment La Couleur des Sentiments ait accepté ce premier rôle à la télévision, Viola Davis répond avec sa voix grave et ferme : « Vous n’êtes pas bankable, ni digne d’une récompense si vous n’avez jamais eu un premier rôle. Jouer dans Murder est une chance d’apprendre, d’évoluer et de me permettre d’être en mesure de participer à d’autres projets que j’ai envie de faire ». L’interprète confesse que Shonda Rhimes lui a donné « la chance » de collaborer et comme souvent, elle a préparé son rôle avec minutie, en dialoguant énormément avec l’équipe, malgré le rythme de travail soutenu. « Annalise est tellement hystérique que je ne peux pas croire qu’une femme comme ça existe dans la vie. Je voulais incarner une femme de tous les jours, qui tombe le masque, amener quelque chose de neuf, de plus humain, loin de la superwoman toujours parfaite qu’on voit à la télévision, explique Viola Davis. Je me suis mise au service des téléspectatrices qui peuvent se sentir mal d’avoir des héroïnes toujours au top, au cheveu toujours impeccable. »

Une nouvelle représentation des femmes noires américaines à la télévision

D’ailleurs, une des scènes de la saison 1, déjà diffusée intégralement aux Etats-Unis, la montre, tombant la perruque, suscitant une vague de commentaires et ouvrant une discussion importante sur la représentation des femmes noires américaines à l’écran. « Je savais que cela ferait parler, bien que ce ne soit rien. Il m’arrive d’enlever ma perruque en pleine conversation, parce que j’ai chaud ! La nouveauté, c’est de voir la réalité de la vie à la télévision. Je trouve qu’il faut continuer d’aller dans cette direction pour montrer notre beauté et notre complexité en tant que femmes non-blanches. »

Passionaria surtout de son métier, Viola Davis rappelle que son travail, c’est de « donner vie à des personnages », même si elle assume sa responsabilité de femme publique. Originaire de Caroline du Sud, -elle sourit quand on l’évoque-, où un terrible acte terroriste a récemment eu lieu à Charleston, Viola Davis réagit : « Nous devons commencer à parler sérieusement, sans filtre, sans trop intellectualiser, honnêtement, des problèmes de racisme aux Etats-Unis, dans les écoles, les lycées, les universités. Parce que jusque-là, on esquive toujours le débat, le dialogue. Il faut changer de politique aussi, notamment concernant le port d’armes. » Actrice et personnage public qui parle vrai jusqu’au bout.