Trois raisons de faire honneur à «The Honourable Woman» ce lundi soir sur Canal+

SERIES TV Canal+ entame ce lundi soir la diffusion de la série d’Hugo Blick, thriller avec Maggie Gyllenhaal sur fond de conflit israélo-palestinien…

Annabelle Laurent

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Maggie Gyllenhaal dans The Honourable Woman (Canal+)
Maggie Gyllenhaal dans The Honourable Woman (Canal+) — © Drama Republic

Neuf épisodes pour un thriller politique addictif, brillamment écrit et interprété. Après avoir mis à l’honneur l’espionnage, en février avec The Americans (saison 3) et fin avril avec Le bureau des légendes, Canal + entame ce lundi soir la diffusion de The Honourable Woman, la mini-série du Britannique Hugo Blick qui avait fait sensation à l’été 2014 outre-Manche sur Sundance TV. Trois raisons de plonger sans attendre dans les secrets de la famille Stein.

Pour l’écriture maîtrisée d’Hugo Blick

«We all have secrets», répète le générique. Femme d’affaires millionnaire, Nessa Stein (Maggie Gyllenhaal) a pris les rênes de la fondation créée par son père, un marchand d’armes anglais sioniste assassiné sous ses yeux quand elle avait huit ans. Avec l’aide de son frère Ephra (Andrew Buchan, le père de Dany dans Broadchurch), elle œuvre désormais pour la réconciliation entre Israël et Palestine. Convaincue d’une chose : «Le mur le plus solide que l’on puisse offrir à Israël, c’est l’égalité des chances», comme elle le formule le jour de sa nomination à la Chambre des Lords, en lançant la phase 3 d’un projet pour connecter la Cisjordanie à un réseau de fibres optiques et y installer le haut débit. Quand l’associé palestinien qui devait remporter le marché est assassiné, les Stein sont placés sous la double surveillance de la CIA et du MI5.

«À qui faire confiance? Comment savoir? Derrière les apparences, ce qu’ils disent, ce qu’ils font?», poursuit le générique. Entremêlant les secrets familiaux et les intrigues d’Etat, l’intime et la géopolitique, Hugo Blick nous plonge dans un thriller au rythme envoûtant, construit sur une patiente (et complexe) progression avant un basculement à l’épisode 4. Dès lors, impossible de lâcher. «Les secrets ne nous appartiennent pas. Nous leur appartenons», résume un personnage à l’épisode 5, alors qu’un lourd passé remonte à la surface et menace de faire tomber les masques.

Lubna Azabel (Atika Halabi) et Andrew Buchan (Ephra Stein). Drama Republic. 

Pour Maggie Gyllenhaal

Déterminée, portée par son «honorable» idéalisme mais hantée par les blessures de son passé, Nessa Stein est constamment sur un fil. La subtilité avec laquelle Maggie Gyllenhaal conjugue ses forces et ses failles lui a valu tous les éloges, doublés des honneurs conjoints des Golden Globes et des SAG Awards (meilleure actrice dans une mini-série). Si Hugo Blick l’a choisie, c’est «pour son rythme, et pour la façon dont elle voit le monde», nous confiait le showrunner à notre rencontre en septembre dernier à l’occasion du Festival de fiction TV de la Rochelle.

L’actrice est entourée d’une galerie de personnages féminins que l’on avait rarement autant vue du côté du pouvoir. Avec notamment Janet McTeer en dirigeante du MI-6, prenant l’ascendant sur son inférieur hiérarchique Stephen Rea (Utopia), par ailleurs génial de drôlerie. Andrew Buchan est aussi bouleversant que dans Broadchurch.

Stephen Rea (Sir Hugh Hayden-Hoyle) / Drama Republic. 

Pour son regard distancié sur le conflit israélo-palestinien

Difficile d’imaginer un terrain de fiction plus délicat que le conflit israélo-palestinien. Hugo Blick s’en sort habilement, sans prendre parti, opposant au point de vue de la famille Stein celui de Gaza et de la Cisjordanie à mesure que l’intrigue politique devient centrale. Ce qui ne l’a pas dispensé d’un débat lors de la diffusion au Royaume-Uni à l’été 2014, tombée au moment où trois adolescents israéliens enlevés en Cisjordanie avaient été retrouvés morts près de Hebron.

«Qui aurait pu savoir que la mini-série de la BBC débuterait pendant une guerre?», s'interrogeait le quotidien Haaretz en août 2014

«La série ne porte pas sur le conflit, mais sur les conséquences de ce conflit à travers les agissements de cette famille», rappelait Hugo Blick à notre rencontre, expliquant s’être rendu pour la préparation du tournage à Hebron, alors «calme». ,«La région avait été un peu oubliée à cause de la Syrie», un an avant la résurgence de la violence et la mort des trois Israéliens. De quoi ressentir combien le conflit était «cyclique, comme un volcan qui gronde». De la série, le quotidien israélien Haaretz a signé une critique très mesurée, racontait Hugo Blick. «Il faut faire très attention. On peut créer un projet qui provoque le débat, mais sans mettre de l’huile sur le feu. C’est ce que j’ai fait… du moins je l’espère.»