«Gérard Depardieu, grandeur nature»: «Au moment de "Charlie", c'est la seule star à avoir été détournée sur Internet»

INTERVIEW Le photographe Richard Melloul a recueilli des confidences inédites de Depardieu, pour un documentaire intime diffusé ce jeudi soir sur France 5 et projeté à Cannes…

Annabelle Laurent
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Gérard Depardieu pose pour Richard Melloul dans "Gérard Depardieu, grandeur nature", diffusé le jeudi 21 mai sur France 5
Gérard Depardieu pose pour Richard Melloul dans "Gérard Depardieu, grandeur nature", diffusé le jeudi 21 mai sur France 5 — Tony Comiti

Château de Tigné, vallée de la Loire. Dans l’embrasure du portail de son domaine viticole, Gérard Depardieu se plie en grognant aux consignes du photographe Richard Melloul. Les deux hommes se connaissent depuis trente ans, et cette fois, une caméra filme la scène : après l’avoir suivi des années sur ses tournages et dans sa vie privée, Richard Melloul a souhaité consacrer au célèbre et scandaleux « Gégé » un film diffusé ce jeudi soir sur France 5 à 21h40, et à Cannes, pour « Cannes Classic ».

Au cœur des 52 minutes, une longue interview où l’acteur se confie librement sur son enfance, ses débuts, mais aussi sur les morts qui l’accompagnent au quotidien, Patrick Dewaere, son fils Guillaume, Maurice Pialat. Pour parler de lui, évoquer les Valseuses ou Cyrano, Bertrand Blier, Jacques Weber, Michel Blanc ou Pierre Richard se relaient, tous plus dithyrambiques les uns que les autres sur le talent de celui qui s’illustre ces dernières années par son exil, ses frasques, son amitié avec Poutine, ou ses diverses punchlines.

Comment est née l’envie du film ? N’a-t-on pas déjà tout dit sur Gérard Depardieu ? Fin mars, un documentaire de Gérard Miller, en avril un livre de son frère

Mon film a une grande différence avec tous les autres : il est fait avec lui. Aujourd’hui tout le monde parle de lui, sans lui. Gérard Miller ne l’a pas rencontré. Même son frère a parlé de lui sans lui avoir demandé. Mon film apporte d’autres d’informations. Il ne s’était pas raconté face caméra depuis longtemps, or il n’est plus le même aujourd’hui. Je voulais montrer que ce qu’on disait depuis deux ans, depuis l’histoire de la Belgique, c’était vrai, mais qu’il y avait aussi autre chose.

Votre film ne dit pas que ce qui a été dit depuis deux ans est vrai…

Ça a déjà été assez fait. Je voulais qu’on voie le Depardieu qui est quelqu’un de touchant, de plus vulnérable que ce que l’on croit, qui s’intéresse aux autres.

La polémique est éludée, à part Jacques Weber qui en parle de lui-même pour lâcher : « Que toutes les petites natures qui se permettent de dire des choses sur lui la ferment définitivement », au moment d’ailleurs où Sophie Marceau le traite de « prédateur » qui « bouffe tout le monde »

Pour moi il y a une anecdote assez drôle. Au moment de Charlie, il y a peut-être 200 personnalités qui ont posté des messages de solidarité. Gérard l’a fait comme tout le monde. Et c’est le seul qu’on ait détourné. Avec « Je suis Chablis », « Je suis bourré ». Au début, quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’il était fou ! J’ai cru à une provocation de sa part. J’ai compris ensuite que c’était un détournement. Il avait affiché son soutien de manière généreuse comme tout le monde.

Ce sarcasme n’est-il pas simplement le résultat d’une grande déception après tant d’admiration pour le personnage, et l’acteur ? 

Je pense que l’admiration auprès du public est intacte. C’est auprès des médias qu’elle a changé.

A l’origine du film, il y avait donc cette envie de rétablir une vérité, de se concentrer sur son talent ?

Non, l’idée est venue du 40e anniversaire des Valseuses. Je lui ai proposé de faire quelque chose, et on a commencé l’interview. C’était il y a un an. On a tiré un bout de fil, et on en est venus à d’autres personnages de sa vie… ça a duré 2h30. En la réécoutant, je me suis dit qu’on pouvait aller beaucoup plus loin. Parce qu’il s’est senti en confiance. Si je dure depuis si longtemps avec les gens avec qui je travaille, c’est parce que je reste à ma place.

Vous qui avez travaillé avec Marcello Mastroianni, Muhammad Ali, Vanessa Paradis ou Michel Sardou, que retenez-vous en particulier des séances avec Depardieu ?

Il a un sens inné de l’image. Mais les séances avec lui, c’est comme chez le dentiste, il faut que ça dure le moins longtemps possible. Les comédiens, ce ne sont pas des mannequins. On a toujours défini le cadre avant. Et il y a quelque chose d’important avec Gérard : il n’a jamais demandé à regarder une photo avant sa publication.