«Le Tombeau des Lucioles»: La guerre est-elle soluble dans le film d'animation?

TELEVISION Arte diffuse mercredi en prime time le long-métrage du Japonais Isao Takahata. Un film d'animation sur la guerre, en quoi est-ce exceptionnel?

J.M.

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Le tombeau des lucioles, de Isao Takahata. Lancer le diaporama
Le tombeau des lucioles, de Isao Takahata. — Akiyuki Nosaka / Shinchosha

Sortez les mouchoirs, Le Tombeau des lucioles est diffusé mercredi à 20h50 sur Arte. Le long-métrage du Japonais Isao Takahata, élevé au grade d'officier de l'Ordre des Arts et des Lettres par la France le mois dernier, suit la trajectoire des orphelins Seita, 14 ans, et sa petite sœur Setsuko, 4 ans, dans un Japon exsangue, touché par les bombardements américains en 1945. Sorti au cinéma en 1988, Le Tombeau des lucioles est l'unique film des studios Ghibli à n'avoir jamais été distribué en salles aux Etats-Unis par Disney. Sans doute parce qu'il ne visait pas le public habituel du studio américain.

La survie à hauteur d'enfant

«La renommée du Tombeau des lucioles tient à ce qu'il rompt de manière assez radicale et d'une manière inédite avec la tradition du cinéma d'animation destiné au jeune public, pointe Marcel Jean, délégué artistique de la Cité de l'image en mouvement, à Annecy. Le film est un mélodrame et si les protagonistes en sont des enfants, le propos, lui, est indéniablement adulte.» La faim, l'errance, la solitude... Le film évoque tout simplement la survie, à hauteur d'enfant.

A l'inverse, la guerre a été représentée en animation par le prisme de deux personnes âgées. Sorti deux avant Le Tombeau des lucioles et réalisé en Grande-Bretagne par un Américain d'origine japonaise, Jimmy Murakami, Quand souffle le vent «possède un humanisme et une thématique qui peuvent être rapprochés du chef-d’œuvre de Takahata», remarque Marcel Jean. Là aussi, le film d'animation rompt avec le public familial. «C'est un film très anachronique par rapport aux années 1980, car totalement pour adultes, et d’une dureté insensée», renchérit Serge Bromberg, ancien directeur du festival d’Annecy. 

Bugs Bunny à l'attaque

Mais le film d'animation mettant en scène la guerre remonte aussi loin que la rencontre de la pellicule avec les bombes. «Déjà, dans les années 1940, l’animation était un moyen de faire connaître les conflits armés, remarque Serge Bromberg. Les studios Warner par exemple faisaient partir Bugs Bunny en guerre contre les forces ennemies.» En 1943, les studios Disney réalisent à des fins de propagande Victoire dans les airs. Un film qui mêle animation et prises de vues réelles et qui vise à faire comprendre au public américain les enjeux de la Seconde Guerre mondiale.

Plus près de nous, c'est grâce à l'Israélien Ari Folman que la guerre parvient à toucher les adultes. «Valse avec Bachir utilise l’animation pour montrer des choses qui n’ont pas pu être filmées.» Soit l'Intervention militaire israélienne au Liban de 1982. «Le langage cinématographique permet de parler de la guerre de manière plus dépassionnée, analyse Serge Bromberg. Le dessin d’un homme mort est moins spectaculaire qu’un cadavre. On peut ainsi échapper à la tyrannie et à l’obscénité de l’image réelle.»

La guerre dans le court

En tout cas, si le long-métrage d'animation s'est encore saisi timidement du conflit armé, le court prend le pas. «L'an dernier, au festival d'Annecy, nous avons souligné le centenaire du début de la Grande Guerre et nous avons eu l'embarras du choix parmi les nombreux films produits sur ce sujet, assure Marcel Jean. La plupart des grands noms du court-métrage - Norman McLaren, Raoul Servais, Frédéric Back, Youri Norstein - jusqu'à des vedettes montantes comme Théodore Ushev ou Paul Wenninger, ont abordé la question.»