La TNT, ce n’est pas ce que vous croyez

TELEVISION La télévision numérique terrestre fête ses dix ans, et les clichés perdurent…

Benjamin Chapon

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Kim, candidate des Marseillais en Thaïlande, sur W9
Kim, candidate des Marseillais en Thaïlande, sur W9 — Benoit RICARD/W9

En théorie, TF1 est une chaîne de la TNT. Tout comme France 3 et M6, et D8 et Numéro 23 et iTélé… Toutes les chaînes reçues sans décodeur sont diffusées, depuis dix ans, par la diffusion numérique terrestre. Parmi ces 25 chaînes, on continue pourtant de faire la différence entre «chaînes de la TNT», sous-entendu les nouvelles chaînes, et «chaînes hertziennes», sous-entendu les chaînes historiques.

Comme dans le monde de la radio, où 35 ans après la fin du monopole de Radio France, certains professionnels continuent de parler des «radios périphériques» pour désigner les stations qui diffusaient depuis l’étranger avant 1981 (RTL, Europe 1, RMC…), NRJ 12 et RMC Découverte seront peut-être encore des «chaînes de la TNT» en 2040. Et avec ce vocabulaire perdurent certains clichés sur la TNT, plus ou moins justes.

QUIZ. Quelle chaîne de TNT êtes-vous?

La TNT, c’est trash

Oui, mais pas plus que les autres chaînes. Récemment, les plus gros scandales liés à des émissions de téléréalité flirtant avec le bon goût ont surtout eu lieu sur des chaînes hertziennes. Aux débuts de la TNT, les petites chaînes, NRJ12 notamment, ont beaucoup misé sur ces programmes bon marché. Leur succès a encouragé les chaînes historiques à investir également dans la téléréalité. Après tout, Loft Story est né sur M6 et Secret Story est encore et toujours diffusé sur TF1.

La TNT, c’est cheap

Oui. Les chaînes qui fêtent leurs dix ans se caractérisent par leurs moyens limités. C’est là leur principale différence avec les chaînes traditionnelles. Même D8, plus «grosse» chaîne de la TNT avec 120 millions d'euros de budget, ne peut pas rivaliser avec ceux des chaînes historiques, de deux à huit fois supérieurs.

La TNT, c’est rien que des rediffusions

En grande partie, oui, mais avec un certain succès. Les meilleures audiences de la TNT en 2014 ont été réalisées par des rediffusions de films. Le public aime réviser ses classiques. Même les grandes chaînes savent qu’une bonne vieille rediffusion est souvent synonyme de succès. En multidiffusant ses programmes, la TNT est ainsi en adéquation avec deux modes de consommation modernes de la télévision: le binge watching (42 épisodes des Simpsons d’affilée…) et le replay, la télé de rattrapage.

La TNT, c’est racoleur

BFM TV et iTélé sont régulièrement décriées pour leur traitement en temps réel de l’actualité. Pourtant, comme nous l’expliquait récemment un cadre d’iTélé à propos de l’attaque terroriste du musée Bardo à Tunis, «tout le monde critique mais tout le monde reprend nos infos.»

Sur la TNT, y a rien

Le fameux «Y a rien à la télé» a survécu à l’arrivée de 19 nouvelles chaînes. Cette lassitude du téléspectateur s’explique, selon le sociologue Denis Muzet, plus par «une réaction symptomatique de l’époque» que par la réalité des programmes, plutôt variés. Même si les jeunes chaînes produisent encore peu de programmes maisons, elles ont la possibilité de diffuser des séries télés étrangères inédite. Pour la sémiologue et analyste des médias Virginie Spies, «la force des chaînes de la TNT c’est qu’elles sont plus petites et plus réactives. Il y a moins d’enjeux.»