Isabelle Gélinas («Au nom des fils»): «J’étais heureuse de jouer un destin dramatique»

INTERVIEW Isabelle Gélinas incarne une mère en deuil et en lutte dans «Au nom des fils», le téléfilm de France 3 qui revient ce mardi soir sur le drame de Perros-Guirec, en 1998…  

Annabelle Laurent

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Isabelle Gélinas dans
Isabelle Gélinas dans — France 3

Le 22 juillet 1998, quatre scouts et un plaisancier qui avait tenté de les secourir meurent noyés au large de Perros-Guirec, dans les Côtes d’Armor. L’abbé Cottard, le dirigeant du camp de vacances d’une association catholique intégriste, avait été condamné à quatre ans de prison, grâce à l'obstination de deux femmes: la mère du plaisancier (jouée ici par Isabelle Gélinas) et celle de l’un des scouts (Léa Drucker), qui avait seule osé briser le mutisme des familles qui protégeaient l’abbé. 

Avec un scénario signé d'Hubert Prolongeau qui avait à l’époque couvert le fait divers pour Le Nouvel Observateur, Au nom des fils interroge avec force sur le fanatisme, et propose un nouveau rôle dramatique à Isabelle Gélinas, entre deux saisons de Fais pas ci.

Quel souvenir aviez-vous de ce fait divers? 

Je m’en souvenais, mais pas du mutisme des familles. Et ce qui est intéressant, c’est de voir à quel point les familles considéraient l’abbé comme un saint homme, à quel point une mère qui avait perdu son fils a pu être manipulée… C’est un film sur l’intégrisme catholique, et ça change. Dans les scènes tournées chez eux, on a l’impression d’être au 19e siècle chez les Mormons…

Comment avez-vous abordé ce rôle particulièrement dramatique?

J’étais heureuse de jouer un destin dramatique parce qu’on me propose toujours des personnages de comédie. Et je trouvais intéressant de jouer une femme qui se bat. C’est un beau personnage, c’est elle qui réveille la conscience de Léa [Drucker]. Pour elle, on ne peut pas faire le deuil tant qu’on ne sait pas. C’est une héroïne. Mais alors qu’on cherche souvent dans un personnage ce qui résonne en soi, ici c’était trop violent, je ne pouvais pas me projeter et m’imaginer avoir perdu ma fille. Je me suis reconnue dans le côté combat, pas dans la perte de l’enfant.

Par ici, notre reportage sur le tournage d'«Au nom des fils» à Dinard

Vous allez retrouver dans quelques mois au théâtre Bruno Salomone, alias Denis Bouley dans «Un petit jeu sans conséquence»!

Oui, la pièce est très bien écrite et c’est génial parce qu’avec Bruno, on se connaît par cœur.

A quoi ressemble un entre-deux saisons de «Fais pas ci, Fais pas ça»? 

On s’appelle, on reste en contact! On est très proches des enfants, qu’on a vus grandir, avec leurs appareils dentaires… Mon fils Elliott qui savait à peine lire à la saison 1 fait maintenant deux têtes de plus que moi. Dans cette équipe, aucun n’a plus d’ego qu’un autre, les gens ne sont pas narcissiques…Et puis le public adore... 

Mais du coup, beaucoup vous voient d’abord comme Valérie Bouley, ça ne vous gêne pas?

Comme j’ai des projets autres, non! Je ne me sens pas du tout enfermée. J’ai voulu arrêter parce que je commençais à me lasser de la musique. Valérie était tout le temps énervée, à crier «Mais Denis!». Ils m’ont dit que Cathy Verney et Michel Leclerc avaient prévu des trucs inouïs, et partir aurait été en effet idiot, la saison 7 était juste démente. J’ai été très gâtée pour mon personnage. Je vais d’ailleurs tourner dans le prochain film de Michel Leclerc [La Vie très privée de Monsieur Sim] avec Jean-Pierre Bacri, que j’admire au-delà de tout.