Quand Riot Grrrl chantait «suce mon clito», l'histoire du punk féminisme

FÉMINISME Arte diffuse «Riot Grrrl - Quand les filles prennent le pouvoir», un documentaire sur les jeunes américaines musiciennes et activistes féministes de la période grunge...

Alice Coffin
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La musicienne et activiste féministe Kathleen Hanna
La musicienne et activiste féministe Kathleen Hanna — Point du jour

La semaine dernière, dans une interview accordée à Libération, la chanteuse Björk expliquait: «Il m’est difficile de m’associer au monde de David Bowie. (...) Il fait partie de ce monde patriarcal qu’est le rock’n’roll.» Le documentaire Riot Grrrl - Quand les filles ont pris le pouvoir diffusé samedi à 22h20 sur Arte et signé Sonia Gonzalez commence par peu ou prou les mêmes mots. «Pendant des décennies, le rock c’était avant tout une histoire d’hommes», explique la voix-off. Avant de poursuivre d’un: «Mais, il y a 25 ans, des filles ont fait la révolution.» C’est l’histoire de cette révolution féministe et punk que raconte Riot Grrrl, nom du mouvement donné aux différents groupes de musiciennes activistes nées au tournant des années 1990 sur la côte nord-ouest américaine.

Gossip reprend leurs titres

Les Bratmobile et Allison Woolfe ou les Bikini Kill et Kathleen Hanna, amie intime de Kurt Cobain par ailleurs, toutes deux interrogées par Sonia Gonzalez, comme de nombreuses autres musicactivistes majeures des Riot Grrrl, demandent aux filles de venir au premier rang lors de leurs concerts, et aux garçons de dégager au fond, et chantent Mets-toi à genoux et suce mon clito ou Fille Rebelle. Quand elle parle j’entends la révolution. Ses baisers ont le goût de la révolution. Ces dernières paroles sont extraites de Rebel Girl, titre emblématique des Bikini Kill repris par Beth Ditto et Gossip.

Un exemple qui en dit long sur la postérité et l’importance de Riot Grrrl pour les générations suivantes de musiennes et d’activistes. Les Pussy Riots ont ainsi déclaré lors d’une conférence de presse: «Le mouvement Riot Grrrl nous a directement inspirées parce que le punk est directement accessible à tous. On ne savait pas vraiment jouer mais on a essayé.»

Blackout des médias

Malgré cette importance avérée dans la culture musicale et féministe, le documentaire de Sonia Gonzalez est un des premiers témoignages sur Riot Grrrl. Faut-il y voir les effets d’un classique effacement des femmes de l’Histoire? Pas seulement. «Comme je le raconte dans le film, elles ont opéré un blackout des médias. Elles ont décidé de refuser de leur parler.» Ce, notamment, après de nombreux articles manipulateurs visant à créer des polémiques entre les différents groupes représentatifs du mouvement Riot Grrrl. «Cette méfiance et cette volonté de contrôler leur propre image explique aussi qu’il y ait extrêmement peu d’archives. Elles étaient pour la plupart vidéastes ou photographes mais se sont très peu filmées ou prises en photo.».

Le girlcott médiatique alors en vigueur perdure encore aujourd’hui. «C’est la première fois que ces filles acceptent de parler dans un documentaire, note Sonia Gonzalez. Au début elles étaient très réticentes. Je leur ai expliqué que le mouvement n’était pas du tout connu en France, que moi cela faisait des années que je souhaitais en parler vu que depuis mes 15 ans, je trouve qu’il est difficile pour une fille d’aller à des concerts et qu’il ya toujours autant de misogynie dans le milieu.»

Riot Grrrl est diffusé ce samedi à 22h20 sur Arte. Des vidéo bonus sont également accessibles sur le site de la chaîne.