«Sur la route avec Sócrates»: Daniel Cohn-Bendit raconte sa Coupe du Monde désenchantée

TELEVISION Dans «Sur la route avec Sócrates» diffusé ce mardi soir sur Arte, Daniel Cohn-Bendit raconte la Coupe du monde telle qu’il l’a vécue sur les routes, à la rencontre de ceux qui s’étaient mobilisés contre le Mondial et les autres…

Annabelle Laurent

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L'ex-star du PSG, Raï a créé en 1998 la fondation Gol de Letra. Ici avec Daniel Cohn-Bendit dans Sur la route avec Socrate
L'ex-star du PSG, Raï a créé en 1998 la fondation Gol de Letra. Ici avec Daniel Cohn-Bendit dans Sur la route avec Socrate — Arte

«Gagner ou perdre, mais toujours pour la démocratie». Tout commence par cette banderole, déployée par Sócrates et ses coéquipiers des Corinthians à leur arrivée sur le terrain, en 1984. Daniel Cohn-Bendit était dans les tribunes, et sa fascination pour les joueurs qui prirent les commandes de leur club en pleine dictature militaire, y opposant la démocratie corinthiane, ne l’a jamais quitté. Trente ans plus tard, l’ancien député européen de 69 ans est ainsi parti sillonner le Brésil pendant la Coupe avec une question à la réponse inévitablement décevante: que reste-t-il des liens qui unissaient football et démocratie?

De la grande aux petites utopies

A bord d’un camping-car bringuebalant– «date de naissance: 1968, je ne l’invente pas», dit-il en voix off, omniprésente dans le film, «Dany» enchaîne les rencontres, dont certaines étaient présentes sur son blog quotidien «Dany's Day», sur info.arte.tv: Wladimir, un ancien joueur des Corinthians, Raï, l’ex-star du PSG et petit frère de Sócrates, qui racontent l’éloignement du football de la politique, le chanteur et ex-ministre Gilberto Gil, un sénateur ex-révolutionnaire qui s’est rangé… Mais aussi deux championnes de footvolley, les acteurs d’un centre de poésie coopérative dans la banlieue de Sao Paulo, ou des militants du Mouvement des sans-terre dont l'engagement font conclure à Cohn-Bendit, «c’est en vain que j’ai cherché l’utopie de Socrates: la grande utopie s’est morcelée en petites utopies».

Les petites utopies consolent le grand idéaliste qui dit, dans un moment de stress ultime pendant les tirs aux buts face à Chili, «invoquer les dieux de la Révolution», ou expose sa désillusion à ses différents interlocuteurs, comme quand il lance avec une sincérité confondante à Gilberto Gil: «Malgré les gouvernements de gauche, la dureté, la violence est toujours là, ça me désespère». 

Le foot, «pilier d'intégration de la nation»

«Pour l’instant, les Brésiliens se sentent dépossédés de la politique», analysait avec quelques mois de recul Cohn-Bendit en février à Paris. «Les sportifs ne font pas de politique, je trouve que c’est dramatique», dit-il encore, lui qui est si virulent au sujet de la FIFA, dont il faut selon lui achever «la dictature». «La lâcheté des fédérations nationales fait la force de la FIFA», poursuit-il.

Passionné de foot depuis toujours, lui qui dit avoir «appris à lire en lisant L’Equipe» et toujours «séché ses réunions politiques quand il y avait un match important», Cohn-Bendit croit encore fermement au pouvoir du ballon rond. «Je crois qu’un des piliers d’intégration dans la nation se fait dans le foot tous les dimanches. C’est là que les éducateurs mouillent la chemise pour leurs équipes, et en n'étant à peine reconnus». Il rappelle de lui-même son idée lancée en janvier d’une taxe des clubs de football français pour financer des actions sociales afin de lutter contre l’islamisme radical. Lucide: «Je sais que l’Equipe s’est foutue de ma gueule»... 

Dans le film, Gilberto Gil résume le pouvoir du football au Brésil par la phrase suivante: «Quand le ballon roule, c’est lui qui gouverne». Pas pour Cohn-Bendit, qui laisse rarement le ballon rouler sur une autre route que celle, si ce n'est de Sócrates, de la politique.