«Adam recherche Eve»: D8 va-t-elle trop loin avec sa téléréalité nudiste diffusée en prime time?

TELEVISION Les candidats seront entièrement nus à l’écran dans l’émission hebdomadaire qui commence ce mardi soir.  Leurs sexes seront floutés, mais pas leurs fesses ni leurs seins…

Anaëlle Grondin

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Image de l'émission de DO, Adam recherche Eve
Image de l'émission de DO, Adam recherche Eve — D8

Ne soyez pas choqué si vous zappez sur D8 ce mardi soir. Vous risquez de voir des Français déambuler sur une île déserte en tenues d’Adam et Eve. Et sans feuille de vigne. Bienvenue dans le monde merveilleux de la téléréalité nudiste «Adam recherche Eve». Un programme inédit en France dans lequel trente candidats de 25 à 35 ans viennent dans l’espoir de rencontrer l’âme sœur.

Contrairement à la version originale diffusée aux Pays-Bas qui montre absolument tout à l’antenne, la version française de l’émission floute les sexes des participants (quand ils ne sont pas cachés grâce à des cadrages bien pensés). Mais tout le reste de leur anatomie apparaît à l’écran… à une heure de grande écoute. D8 ne risque-t-elle pas de se faire taper sur les doigts par le Conseil supérieur de l’audiovisuel?

Le CSA a instauré des règles pour les programmes érotiques et pornographiques diffusés à la télévision française. Mais il n'y a pas d'interdiction particulière concernant la nudité. Une grande part de responsabilité est laissée aux chaînes. Par ailleurs, le Conseil ne peut se prononcer sur un programme avant sa diffusion. Il agit soit sur autosaisine, soit sur plainte (de téléspectateurs ou associations, par exemple).«On ne sanctionne pas a priori. On attend d’avoir vu. C’est le principe de la liberté, sinon, ce serait de la censure. Le CSA est dans la même situation du public, on juge sur pièce», explique Mémona Hintermann-Afféjee, présidente du groupe de travail Jeunesse et Education au CSA

La Hollande, l'autre pays de la fesse

En floutant dès le départ les sexes des candidats, D8 a pris ses précautions pour éviter les foudres du CSA a posteriori.  Xavier Gandon, directeur des programmes et de l'antenne de D8, regrette «un peu» de ne pas aller jusqu’au bout comme dans la version originale qui montre tout.«Les Hollandais ont une approche différente de la nudité et du corps humain, estime Mémona Hintermann-Afféjee. Voilà pourquoi nous n’avons pas la même législation en la matière. On n’a pas tous le même regard, on n’est pas tous calibré pareil. En France, la société est diverse et la vue d’un corps humain peut choquer certains dans notre espace socioculturel assez mélangé.»

Xavier Gandon explique à 20 Minutes que «l’idée n’était pas d’envoyer un signal de programme trash ou polémique». «On a regardé ce qui s’était fait, poursuit le directeur des programmes. Il n’y a pas plus de fesse ou de seins que dans un épisode de Fais pas ci, fais pas ça dans un camp naturiste diffusé il y a quelques semaines. Je pense qu’en France dans la fiction ou les programmes de flux y a pas de problème par rapport à ça. On ne voit rien de plus que sur une plage l’été.» La chaîne n’a pas l’air plus inquiète que cela. La semaine dernière encore, elle n’avait toujours pas décidé si le programme comporterait la signalétique de catégorie II «déconseillé aux moins de 10 ans» ou non.

Un programme grand public

Xavier Gandon assure que la chaîne n’a, en revanche, pas hésité à choisir une heure de grande écoute pour diffuser Adam recherche Eve. Le directeur des programmes et de l'antenne de D8 trouve que l’émission est «amusante et renouvelle le genre dating» à la télévision. «On a été influencé par deux choses, précise-t-il. D’abord, la qualité de la production. On a été très content de l’adaptation française. Ensuite, c’est une émission qui a rencontré un grand succès à 20h50 dans d’autres pays d’Europe comme l’Espagne et les Pays-Bas. Ça nous a encouragés à le proposer en prime time.»

D8 attend bien entendu un joli succès d'audience pour son programme. Les membres du conseil du CSA, eux, ne seront pas forcément devant leurs téléviseurs. «Le groupe Canal+ est très conscient des règles en vigueur, estime Mémona Hintermann-Afféjee. Au conseil du CSA, on ne va pas tous se rassembler devant D8. S’il y a des plaintes, on étudiera la question.»