«Digital Detox»: C'est comment la vie sans le Net?

TELEVISION Le journaliste Pierre-Olivier Labbé raconte avec autodérision son expérience de déconnexion longue durée dans un film diffusé sur la chaîne cryptée ce mercredi 25 février à 20h55…

Anaëlle Grondin

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Le journaliste Pierre-Olivier Labbé a vécu 90 jours sans smartphone ni Internet pour un film diffusé sur Canal+ le mercredi 25 février en prime time.
Le journaliste Pierre-Olivier Labbé a vécu 90 jours sans smartphone ni Internet pour un film diffusé sur Canal+ le mercredi 25 février en prime time. — CAPA TV

Il dégainait son smartphone 150 fois par jour, passait 4 heures quotidiennes sur Facebook, ne pouvait pas s’empêcher de consulter Twitter ni Snapchat tout au long de la journée. Le mobile de Pierre-Olivier Labbé était «un prolongement de [lui]-même» il y a encore un an. Comme plusieurs de ses confrères à l’étranger, Susan Maushart en Australie ou encore David Roberts aux Etats-Unis, le journaliste, «devenu esclave d’une technologie intrusive», a voulu tenter l’expérience -aussi tendance qu'extrême aujourd’hui- de la déconnexion longue durée. Il en a fait un film de 90 minutes pour Canal+, Digital Detox, diffusé ce mercredi à 20h55.

Digital Detox -

 

Fini Google, Facebook, Skype, du 1er septembre au 1er décembre dernier pour Pierre-Olivier Labbé. Un défi a priori difficile à relever. «Tout est dans notre smartphone: nos contacts, un accès à la culture et à l’information, nos photos, notre musique. Les psys ont raison de parler de "doudou numérique"», commente Pierre-Olivier Labbé, interrogé par 20 Minutes. Pour commencer, le réalisateur de 42 ans a choisi un sevrage de cinq jours «loin de tout» en Lozère avant de retrouver son quotidien à Paris. Il redécouvre les cartes routières, le contact avec les gens pour demander son chemin, la lecture, les cartes postales. «Je me sens serein», affirme-t-il dans son documentaire.

Ce sentiment de bien-être (certainement facilité par l’air de la campagne) ne dure qu'un temps. Pierre-Olivier Labbé, fasciné par l’évolution technologique depuis des années, a immédiatement ressenti un manque de «l’Internet pratique», celui «des virements bancaires, des achats de billets de train, de Google Maps». Ce sentiment est apparu bien plus tard pour «l’Internet social», celui des réseaux sociaux. Toutefois, il dit avoir au bout de deux mois «connu une vraie désociabilisation».

«Pendant les événements de janvier, j’aurais craqué» 

«Tout est beaucoup plus compliqué sans Internet», admet-il. Le journaliste reconnaît que son film n’aurait pas pu voir le jour sans l’utilisation d’Internet avant le tournage des 90 jours (pour trouver un fixeur à Séoul, la ville la plus connectée au monde où il s’est rendu, préparer son voyage et ses interviews dans la Silicon Valley, où la «digital detox» a -paradoxalement- vu le jour). Pierre-Olivier Labbé avoue que tenir cinq mois et non trois aurait été vraiment très difficile: «Si j’avais été déconnecté lors des événements de janvier [l’attentat à Charlie Hebdo et la prise d’otage porte de Vincennes], je ne sais pas comment j’aurais fait, je pense que j’aurais craqué. Je me serais reconnecté.» 

Son expérience lui a toutefois permis d’apprendre à gérer sa vie connectée autrement pour ne plus se laisser «bouffer» par Internet. S’il réutilise quotidiennement son smartphone depuis deux mois, le journaliste a «changé [son] comportement». «J’ai totalement paramétré mon mobile pour ne plus recevoir de notifications, c’est moi qui décide quand consulter les applications; je ne me sers plus de mon smartphone comme réveil pour que ce ne soit pas le dernier objet consulté le soir et le premier le matin et je m’octroie de vrais moments de déconnexion quand je suis à table ou avec des amis», raconte-t-il. «Il n’y a aucune raison de se passer d’Internet. Il faut arriver à moduler sa consommation», explique-t-il en s'empressant d'ajouter: «Mais je ne veux pas être moralisateur sur le comportement numérique. Chacun fait comme il veut.»

La déconnexion, «l’un des plus grands luxes de la fin de ce siècle» 

Selon lui, «ça va être de plus en plus difficile de se déconnecter demain» avec tous les objets et environnements connectés qui vont se démocratiser. «La déconnexion sera l’un des grands luxes de la fin de ce siècle», affirme le journaliste. «L’industrie du luxe l’a bien compris». Pierre-Olivier Labbé donne l’exemple d’un grand hôtel de la place Vendôme où il a réservé une «nuit déconnectée» pour son film: «Il est plus cher aujourd’hui de s’offrir une nuit déconnectée à l’hôtel qu’une nuit dans une chambre avec Wi-Fi.» Tout un symbole.