Fabrice Luchini lors de sa première apparition au cinéma
Fabrice Luchini lors de sa première apparition au cinéma — Groupe Canal+

INTERVIEW

«Quand je l'ai rencontré, à 16 ans, Fabrice Luchini était garçon coiffeur» dit Philippe Labro

Le premier film de Philippe Labro, «Tout peut arriver» est programmé dimanche à 23h40 sur D8...

«Chère amie. Chère consoeur. Good Luck. Salut.» Se faire raccompagner par Philippe Labro après une interview, c’est goûter au cocktail vieille France et américanophilie. Celui-là même qui est à l’œuvre dans Tout peut arriver. Le premier film de l’écrivain et homme de médias Philippe Labro réalisé en 1969 est diffusé dimanche 22 février à 23h40 sur D8.
Le film est inédit à la télévision. Lors de la projection organisée parisienne, au cinéma Mac-Mahon, étaient réunis, côté salle, Christine Ockrent et Bernard Kouchner, Jean-Paul Belmondo, Marc-Olivier Fogiel, Laurence Ferrari, Roselyne Bachelot, Nagui, Alain Minc. Et à l’écran Catherine Deneuve, Chantal Goya, ou Fabricne Luchini pour sa première apparition au cinéma. Jean-Claude Bouillon y incarne un reporter revenu en France après deux ans aux Etats-Unis. Un film à la «deprimata » - c’est un mot de Labro – nonchalante, dans lequel il est aussi question d’une femme disparue, et beaucoup des hommes et de leurs soucis existentiels.

Vous étiez content de l’accueil fait au film à la projection ?

Oh l’autre soir les gens qui étaient là et qui ne sont plus des gamins étaient beaucoup des amis, des confères. J’ai voulu fabriquer un petit peu de buzz comme on dit puisque la diffusion sur D8 arrivait.

Vous en pensez quoi de ce premier film ?

Je ne vois que les répétitions, le narcissisme, les manques. C’est très difficile de parler de son propre film. Mais finalement, je crois aussi que c’est un document, cela montre la France de la fin des années 60, et que certaines séquences frappent fort. J’ai eu un papier dans Télérama qui tout à coup me découvre!

Le film est autobiographique. Le héros est journaliste. Il peut se permettre d’envoyer un papier par semaine et de parcourir la France à voiture sans trop rendre de comptes. Cela se passait vraiment comme cela?

C’est le charme et le bonheur de ma génération. On pouvait selon la bienveillance des patrons foutre le camp sur les routes pour prendre des notes. Cela s’appelle des Choses Vues. Ce n’est pas moi qui ai inventé l’expression, c’est Victor Hugo. Ce métier se pratiquait en trouvant une cabine téléphonique pour dicter le texte à un texto. Moi j’ai vécu cela. Les sténos me disant «Non Monsieur Labro là il faut une virgule». Je faisais des articles en dialoguant avec elles sans jamais les avoir vues. Elles avaient leurs cartes de presse, les sténos.

Pourquoi c’était toujours des femmes qui prenaient les notes sous la dictée?

Je ne sais pas. Mais ce n’était pas un métier mineur les sténos, c’’était très important pour la profession.

Parmi les personnes croisées sur la route par le journaliste, il y a Fabrice Luchini!

Je l’ai rencontré exactement dans les circonstances que je mets en scène dans le film. Un jeune garçon coiffeur de 16 ans qui voulait devenir comédien. Je faisais un reportage dans le premier drugstore de province à Angoulême. Dans l’après-midi j’ai rencontré ce garçon en train de danser, comme je le montre. Il était étonnant dans son comportement, sa gestuelle. Il m’a parlé en verlan, il s’est mis à citer Nietzsche, Baudelaire, en tant que garçon coiffeur. Je lui ai dit tu viens faire mon film, il n’attendait que cela!

La mère de Vincent Lindon, Alix Lindon, joue aussi dans votre film ?

Oui dans une séquence que j’aime beaucoup. Vincent était bouleversé, il a pleuré dans mes bras après l’avoir vue. Il m’a dit «tu m’as rendu  la voix de ma mère».