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«Friends»: Non, Chandler n'est pas un «homophobe et tocard misogyne»

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Pour une journaliste américaine, Chandler Bing est un «homophobe et un tocard misogyne» qui a très mal passé les années. Droit de réponse!...
Chandler Bing (Matthew Perry)
Chandler Bing (Matthew Perry)
alaurent
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Tout fout le camp. On a osé s’attaquer à Chandler Bing. On croyait pourtant être tous d’accord: ses sarcasmes sont aussi vitaux à Friends qu’est à la bande le canapé libre de Central Perk ou l’absence de Janice dans un rayon de 50 mètres. Roi du malaise, de l’autodénigrement, de l’humour comme mécanisme de défense, Chandler est (pour nous) le plus drôle, sans doute le plus attachant des six. Mais voilà qu'oh scandale des Internets, il se retrouve taxé d’«homophobe» et de «tocard misogyne» par une journaliste américaine sur Slate, dans cet article traduit par Slate.fr. Parce que ça nous fait mal (oui, mal): droit de réponse.

«Did I just say: "If I were a guy?"»

Première critique adressée à Chandler, son «incessante paranoïa à l’idée d’être perçu comme manquant de virilité», qui ferait au final de lui rien de moins qu’un «homophobe». En tout cas pour «un spectateur de 2015 pourvu d’une connaissance même extrêmement floue des discussions sur le genre d'aujourd'hui» (l’article parle d’obsolescence du personnage aujourd’hui, donc inutile d’y rétorquer que «c’est à replacer dans le contexte de 1994»).

Oui, la parano de Chandler Muriel Bing vis-à-vis de son «manque de virilité» est l’un des principaux ressorts comiques du personnage. Depuis la saison 1, où, quand il raconte catastrophé (à l’épisode 8) qu’une collègue a voulu lui arranger un rendez-vous avec un homme, les Friends confient avoir tous déjà pensé qu’il était gay, jusqu'à la saison 10, avec «If I were a guy… Did I just say, If I were a guy?».

En dix saisons, on compte des dizaines de blagues sur son orientation sexuelle, des dizaines de «panic gay moments» recensés par Slate, Joey lui lançant dans l'une de leurs fameuses accolades: «Tu as l'air de te sentir insulté. Je ne suis pas assez bien pour toi, c'est ça?».

«No Homo»

On ne compte plus les comédies de type «bromance» qui exploitent cette peur récurrente (aux fondements analysés et théorisés, par exemple par Didier Eribon) dans l’amitié entre hommes, d’être assimilé à un couple gay, et oui, c’est facile, et potentiellement lourdingue. Mais dans le cas de Chandler, tout est à relier à son histoire familiale: son père gay devenu vedette d’un spectacle à Las Vegas, sa mère, auteure de romans sulfureux et à la sexualité débridée. Il déteste Thanksgiving depuis celui où son père lui a annoncé qu’il était gay et se séparait de sa mère, laquelle précisait «parce qu’il préfère coucher avec le domestique» («More turkey, Mr. Chandler?»). Et c’est en partie cette fragilité héritée de l'enfance qui rend son personnage touchant.

«Friends», progressiste ou homophobe?

Cet article d'Entertainment Weekly rappelle qu’en 1996, à la fin de la saison 2, la question du public était plutôt de savoir si au final, Chandler n’était pas gay même s’il affirmait le contraire. «Comme le coming out est souvent un long processus, ce ne serait pas fou qu’il s’en rende compte», expliquait la porte-parole de l'association Gay & Lesbian Alliance Against Defamation (GLAAD) en assurant: «Beaucoup de gays voient Friends [qui venait de montrer l'union de Susan et Carol] comme le type de séries où ce coming out pourrait arriver». Le créateur David Crane avait même dû trancher: «Chandler n’est pas gay».

Pour l'association GLAAD, Friends était donc progressiste, comme cela a souvent été jugé, car en avance sur la question du mariage lesbien, de la gestation pour autrui, ou de l'adoption, entre autres. Cet article de Slate le soulignait. Pas du tout, Friends est homophobe, répliquait déjà en 2011 un montage de Tijana Mamula: parce que la série utilise à des fins comiques l’histoire de Susan et Carol ou les doutes sur l’orientation sexuelle de Chandler, elle «normalise une homophobie socialement acceptée», disait-elle. L’éternel débat autour de la responsabilité de la fiction (peut-on reprocher à une fiction de ne pas transmettre les «bonnes» valeurs?), du rire et de la liberté d'expression. Parce que la série fait rire du malaise de Chandler après un «hug» avec Joey, elle véhiculerait un comportement homophobe...?

Merci de n'exprimer aucune gêne

Au nom des idées progressistes qu’il faudrait défendre, Chandler n’aurait pas non plus le droit d’exprimer de gêne vis-à-vis de son père travesti, «sa gêne permanente paraît extrêmement déplacée». Chandler serait «méchamment sarcastique» vis-à-vis de mister Bing. Face à la scène ci-dessous, on a plutôt envie de lâcher une petite larme, pas vous?

Et dans ses relations chaotiques avec les femmes - 21 au total jusqu’à trouver l’amour avec Monica, plutôt que d'y voir des preuves d'une «misogynie» d'un loser «menaçant», on voit juste un loser qui a envie de crier:


Dernière chose, Joey n'aurait aucun «intérêt» à le garder pour ami. Un ami qui pour se faire pardonner de lui avoir volé sa petite amie Kathy va jusqu'à rester enfermé dans une boîte une journée entière, entre mille autres exemples de ses preuves d'amitié pour lui, Ross, Rachel, Monica et Phoebe. Bref, Chandler, we love you.


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