«Gomorra», la série (Canal+): La mafia filmée sur son territoire

SERIES TV Stefano Sollima, réalisateur de la série italienne qui débute ce lundi à 20h50 sur Canal+, raconte le tournage dans les banlieues de Naples où agit la Camorra… 

Annabelle Laurent

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"Gomorra" débarque ce lundi 19 janvier sur Canal+
"Gomorra" débarque ce lundi 19 janvier sur Canal+ — Sky Italia

Ultra-réaliste, crue, percutante. Gomorra, la série italienne arrive ce lundi sur Canal+, près d’un an après sa diffusion sur Sky Italia où elle fut un très gros succès d’audience, et vendue depuis à plus de 40 pays. 

Depuis la parution en 2006 de son enquête dénonçant les agissements de la Camorra, la mafia napolitaine, le journaliste et écrivain Roberto Saviano vit toujours caché sous protection policière, mais ne renonce pas. Déjà associé au film de Matteo Garrone qui avait remué Cannes en 2008, il a également accompagné les six scénaristes sur l’écriture en 12 épisodes de la série, même s’il n’a pas pu se rendre sur le tournage pour des raisons de sécurité.

Car c’est à Scampia et Secondigliano, les banlieues du Nord de Naples où agit la Camorra et où la guerre de la drogue fait rage, qu’a été tournée la série. Sur les lieux où se sont vraiment déroulés les faits qui inspirent le scénario: une évidence pour le réalisateur Stefano Sollima (auteur de la série Romanzo Criminale), rencontré en mai dernier à Séries Mania, qui estimait ainsi «respecter un contrat avec le téléspectateur». «Pour tourner Gomorra, il fallait assumer le risque et aller jusqu'au bout».

L'opposition des élus locaux 

Dès le départ, les élus locaux n’ont pas voulu du tournage. «On venait tout juste d’arriver, ils nous ont rejetés comme si c’était nous, la Camorra», explique Stefano Sollima, qui évoque des problèmes «avec tout le monde!» pour faire accepter le tournage.

En janvier 2013, un élu de Scampia, Angelo Pisani, avait d'abord interdit les caméras et s'était opposé à Roberto Saviano par tribunes interposées. Il écrivait: «Arrêtons de faire de l'argent sur le dos de Scampia, arrêtons la démagogie. La mystification cinématographique ne fait que renforcer la Camorra qui aime se nourrir de cette publicité romancée.» 

«Les responsables locaux préfèrent attaquer l'adaptation télévisée du problème plutôt que le problème lui-même», rétorquait Saviano. «Le problème à Naples, c’est qu’on ne sait jamais quand on s’adresse à un mafieux ou à un politique, note Stefano Sollima. Je me suis peut-être disputé avec quelqu’un de la Camorra sans le savoir. Mais j’ai survécu, donc ça ne devait pas être si grave», dit-il en ne plaisantant qu'à moitié. 

«La Camorra a renversé un de nos acteurs en scooter»

La confrontation fut plus directe un jour où l’équipe filmait de loin cinq acteurs qui roulaient en scooter dans les rues de Scampia. «Une voiture qui devait patrouiller pour contrôler le territoire en a renversé un!, raconte Stefano Sollima. Et quand ils ont vu les caméras, ils ont dit qu’ils étaient désolés, "c’était une erreur, on n'avait pas compris!"».

«Ils sont venus s’excuser platement auprès de l’acteur, auquel ils ont même proposé un peu de drogue pour se faire pardonner», raconte Sollima, amusé. Il évoque également des lieux qu’il a finalement fallu éviter «parce qu'il y avait eu des coups de feu et des gens avaient été pris pour cible». 

Gomorra La Série - Les premières minutes


Les habitants engagés comme figurants 

Ultra-réaliste comme l'était déjà le film de Garrone, la série choisit de raconter la lutte entre deux clans rivaux de l'intérieur, à travers les yeux des membres de la Camorra uniquement. Dès le départ, Stefano Sollima souhaitait «concilier l’aspect spectaculaire d’un certain cinéma de genre avec une réalité beaucoup plus documentaire». Pas au point d’intégrer des habitants au casting, car tous les protagonistes sont acteurs professionnels. A l'inverse du film de Garrone, qui avait sollicité beaucoup d'acteurs amateurs. 

En revanche, «si on tournait dans une rue ou dans un immeuble, on engageait tout le monde. Quelque part, on leur apportait quelque chose, il y avait un échange», explique Sollima. Pas les revendeurs de drogue, «on a évité d’avoir des jeunes qui l’étaient vraiment, précise le réalisateur. Mais il nous est arrivé de nous rendre compte que certains figurants avaient une certaine expérience en la matière!».