Sarah-Jane Sauvegrain est Alexia, la transsexuelle éclatante de la série «Paris»

PORTRAIT Elle crève l’écran dans le rôle d’une chanteuse de cabaret transsexuelle dans la série «Paris», lancée ce jeudi sur Arte. «20 Minutes» l’a rencontrée…

Annabelle Laurent

— 

Sarah-Jane Sauvegrain dans Paris
Sarah-Jane Sauvegrain dans Paris — Arte

Elle est la lumière de Paris. Dans cette mini-série de Virginie Brac (Engrenages, Les Beaux Mecs) et réalisée par Gilles Bannier, Sarah-Jane Sauvegrain est Alexia. Alexis, dans une autre vie. Un garçon devenu chanteuse d’un cabaret à Pigalle et peut-être le plus attachant des personnages de cette ambitieuse série chorale, à l’écriture fine, réaliste et au casting qui sonne juste.

Le culot de chanter

Vingt-quatre heures dans la capitale, plusieurs destins - le Premier ministre, des voyous, une syndicaliste de la RATP… - et Alexia, liée à tous, pivot de l’intrigue, qui «au milieu des strip-teaseuses, là où ça sent l’alcool et la transpi, a le culot de venir chanter une petite chanson douce… Et ça, j’aime bien», lance Sarah-Jane Sauvegrain, de son timbre de voix grave si singulier entendu dans Ainsi soient-ils, où elle joue la belle-sœur Anne-Cécile Chanseaulme, ou en 2009 dans La Vie Au Ranch de Sophie Letourneur.

Alexia fera date dans la galerie des personnages trans, en fiction française (au même titre que Transparent outre-Atlantique). Solaire, empathique, elle est, dans Paris, l’une des plus personnes les plus solides. Il en faut, de la force, pour tendre les bras à sa mère (la géniale Nanou Garcia) qui la rejette. «Sa transformation est presque aboutie, et elle est dans un rayonnement, un positivisme… Elle est une sorte d’exemple», commente sa jeune interprète de 26 ans. Alexia se donne à travers la scène, et les séquences musicales envoûtent.  On vit la série avec la captivante musique, composée par le leader du groupe General Elektriks Hervé Salters, toujours en tête.

Une femme qui résiste

Sarah-Jane aussi a chanté. Un peu par hasard, plus jeune, dans des cafés-concerts. Au premier essai pour Paris, elle choisit une chanson de Marlene Dieterich, Je m’ennuie, la chante alors qu’elle a 39° de fièvre… Son énergie passe quand même. Gilles Bannier ne trouvait pas de transsexuelles pour le rôle, il avait vu des hommes, puis des femmes, et c’est elle.

L'actrice était «ravie» de jouer Alexia, une personne «qui résiste, puissante». Au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris dont elle est sortie en juillet, elle transformait souvent les hommes en femmes, avec «les rôles dont personne ne veut». Dans L’Illusion comique de Corneille, elle fait de Géronte le personnage de Gérontine. «Faut dire qu’au théâtre, c’est toujours les mecs qui ont le bon rôle. Les femmes doivent jouer soit la soumission, soit les cuculs la praline, soit les veuves éplorées…».

Raconter des histoires

Pour se préparer au rôle, elle a rencontré des transsexuelles puis, avec deux heures de maquillage par jour, les faux cils, le postiche sur les cheveux, «[elle] la vivai[t] un peu, la transformation». «On a essayé de jouer sur une hyperféminité», explique-t-elle encore, espérant «une seule chose»: «Que les transsexuelles aiment.» Elle évoque l’histoire de Leelah, une ado transgenre qui s'est donnée la mort en décembre aux Etats-Unis. 

Elle raconte en détail. Elle aime parler, et parle bien. «Je fais ce métier parce que j’aime les textes, et raconter les histoires». Elle voulait réaliser. Fille de comédiens, elle ne souhaitait «pas être un pantin», jusqu’à finalement remplacer, à 20 ans, une comédienne malade. Mais elle a tourné deux courts-métrages, un moyen, écrit «plusieurs longs» et suit son idée.

«Je n’ai peur que d’un truc: qu’on m’enferme.» En tragédie ou comédie, au théâtre ou au ciné. De retour du tournage à New York de Big House, le premier long-métrage d’un certain Jean-Emmanuel Godart, elle jouera en février Les Caprices de Marianne au nouveau théâtre d'Angers. «Mais pas une Marianne nunuche, surtout pas». On s’en doute.