VIDEO. Pourquoi Michel Houellebecq fascine tant les médias

LITTERATURE Alors que Michel Houellebecq présente son nouveau roman Soumission sur de nombreux plateaux, «20 Minutes» a cherché à savoir pourquoi l’écrivain est aussi médiatisé…

Alice Coffin

— 

L'écrivain Michel Houellebecq, le 5 novembre 2014 à Paris
L'écrivain Michel Houellebecq, le 5 novembre 2014 à Paris — Miguel Medina AFP

Ce mardi, Michel Houellebecq était invité du journal de 20h de France 2. Mercredi matin, il sera celui de la matinale de France Inter puis de l’émission Boomerang. Jeudi soir, il présentera son nouveau roman Soumission, au Grand Journal puis au Petit Journal, sur Canal +. La fascination de la télévision pour Michel Houellebecq n’est pas nouvelle. Un intérêt «justifié tant Houellebecq est un phénomène culturel, social, industriel», note Maria Pourchet, romancière et sociologue des médias. Auteure d’une thèse sur Faces et envers des écrans de la littérature et du documentaire Des écrivains sur un plateau: une histoire du livre à la télévision, Maria Pourchet identifie trois syndromes pour expliquer cette médiatisation.

>> «Soumission» est-il un livre dangereux?

Houellebecq et le syndrome Conchita Wurst

Alors qu’on lui proposait de réfléchir à l’idée de «fascination des médias pour le crade, le dégueulasse», Maria Pourchet pointe plutôt le «goût de la télévision pour les phénomènes de foire». «C’est le côté beau monstre, l’aspect star dégueulasse, écrivain national clodo, qui font que les émissions culturelles sont si fans de Houellebecq. A la télé, il faut à la fois émerveiller et terroriser le public.»

Houellebecq et le syndrome Céline

Pour Maria Pourchet, la fascination de la télévision pour «les écrivains iconoclastes et provocateurs» n’est pas nouvelle. Elle cite «Bukowski qui manque de vomir sur le plateau de Pivot» comme archive référente.

Et surtout les apparitions de Céline «toujours très courtisé par la télé, même s’il lâchait ses chiens sur les journalistes. On a accès à ce qui a été diffusé par l’ORTF mais il y a beaucoup d’heures de rush qui n’ont pas passé la censure. Jouhandeau, Cocteau, la télé a toujours adoré ceux qui acceptent de rompre avec l’académisme.

Houellebecq et le syndrome Zemmour

Michel Houellebecq et les médias fonctionnent donc grâce à un moteur esthétique (syndrome Conchita Wurst), historique (syndrome Céline), et aussi, insiste Maria Pourchet «idéologique». Ce que permet Michel Houellebecq à la télévision, c’est «la transgression idéologique». Car «sous couvert d’actualité littéraire, il évoque les sujets qui relèvent du tabou, de l’intime: le cul, le tourisme sexuel, l’islam. Aucun chroniqueur ne pourrait ouvrir ces débats sans se faire allumer par le CSA. L’écrivain conserve une parole protégée, préservée, c’est une fonction sociale dont il dispose encore.»

Si on dit souvent que les médias se lassent, cela ne semble pas être le cas avec Michel Houellebecq. Pour Maria Pourchet, c'est que l’écrivain «n’a pas fini d’investir un espace dans lequel il travaille à une espèce de laideur totale, pour s’affranchir des codes du narcissisme et de la séduction propres à notre société».