Harry Roselmack: Assister à la mort, «c’est l’une des expériences les plus fortes que j’ai vécues»

DOCUMENTAIRE Dans «Harry Roselmack: aux frontières de la vie», diffusé mardi soir sur TF1, le journaliste a suivi pendant deux ans cinq personnes en fin de vie...

Joel Metreau

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Harry Roselmack, avec Gérard et Claude Hury, présidente de l'association Ultime liberté, à Montbéliard. Lancer le diaporama
Harry Roselmack, avec Gérard et Claude Hury, présidente de l'association Ultime liberté, à Montbéliard. — tf1
  • La loi Leonetti qui encadre depuis 2005 la fin de vie en France va être réexaminée cette année dans le cadre d'une proposition de loi.
  • Harry Roselmack a accompagné cinq personnes en fin de vie pour son documentaire qui se veut une «immersion».
  • Le journaliste justifie la diffusion filmée d'un suicide assisté en Suisse auquel il a assisté...

Parler de la mort, pas évident à la télévision. Harry Roselmack: aux frontières de la vie, diffusé le mardi 6 janvier à 23h15 sur TF1, aborde toutefois un sujet d’actualité brûlant: la fin de vie. Un débat sans vote aura lieu à l'Assemblée nationale, le 21 janvier. L'occasion de discuter et de revoir la loi Leonetti, qui interdit l'acharnement thérapeutique et autorise l'arrêt des traitements dans certains cas, sans établir un droit à l'euthanasie.

 

Suicide assisté en Suisse

Au long du documentaire, qui a nécessité deux ans d'enquête et de tournage, Harry Roselmack accompagne cinq personnes, malades, en fin de vie: Gérard, 52 ans, qui hésite à se donner la mort, Isabelle, 44 ans, qui refuse le suicide assisté, ou encore Anne qui souhaite l’euthanasie. Pour cette dernière, l'équipe s'est rendue en Suisse, un des rares pays à autoriser le suicide assisté, et à filmer son injection par elle-même d'une dose mortelle de médicaments. Une séquence choc de décès sous l'œil des caméras.

Harry Roselmack, au chevet de Anne, à Montreux, avant son suicide assisté. - TF1

«Elle a voulu témoigner de la liberté qu’elle avait»

Du voyeurisme? «Anne a voulu témoigner de la liberté qu’elle avait et que ça pouvait être vécu de la manière la plus sereine possible», réplique Harry Roselmack, précisant que c'est elle qui avait convié l'équipe de tournage. Le journaliste assène: «L’une des particularités de l’immersion, ce n’est pas seulement de dire les choses, mais de les vivre avec nos témoins.»  S’il déclare ne pas avoir à porter le deuil d’Anne, il ajoute néanmoins: «C’est l’une des expériences les plus fortes que j’ai eue à vivre comme journaliste et comme homme. Assister à la mort de quelqu’un vous touche.»

Du côté de TF1 aussi, la question épineuse de ce qu'on peut montrer de la mort s'est posée. «Quand le tournage a commencé, on s’est demandé de quelle manière traiter ce thème sur une chaîne grand public, explique Catherine Nayl, directrice de l'information de la première chaîne. Que doit-on aborder? Jusqu’où peut-on aller dans cet événement privé et intime qu’est la mort? En ne filmant pas Anne jusqu'au bout, on serait passé à côté du débat.» Pour elle, la «pudeur» n'était pas à la hauteur des débats suscités par la fin de vie.

Un médecin français qui aide à mourir

En plus des «témoins», figurent à l'écran deux personnes du corps médical. En Suisse, le médecin qui pratique le suicide assisté, et en France, le docteur Bernard Senet, qui ne se cache pas d'avoir aidé des patients à mourir. Sans visage flouté. «C’est un acte militant qu'il assume totalement», pointe Olivier Escriva, réalisateur du documentaire. Les maladies dont souffrent les témoins, elles, ne sont jamais mentionnées («Ce n’est pas notre thématique»), pas plus que ne sont interrogés des législateurs ou des membres de la justice («Ce n’est pas une enquête»).

Toutefois le point de vue d'Harry Roselmack se laisse deviner: «Il n’est pas amoral pour quelqu’un qui souhaite maîtriser la fin de sa vie de le faire dans un cadre précis et défini, avec des gens volontaires et assermentés à le faire, affirme-t-il. Aujourd’hui en France, des gens subissent la façon dont ils meurent et je le déplore.»

Pas d'autre immersion dans l'immédiat

«On ne part pas sur une autre immersion», indique Harry Roselmack. «Si je repars sur une immersion, la thématique devra être forte et le casting idéal. C’est de moins en moins en facile. Le nombre de thèmes n’est pas infini.» «L’immersion, c’est un format spécifique et une écriture particulière, qui ne doivent pas être banalisés », explique Catherine Nayl, directrice de l’information à TF1. Un pilote sur une émission d’exploration des comportements et sur le mensonge a toutefois été réalisé, mais aucune date de programmation n'est pour l'instant prévue.